Dimanche 29 juillet 2007


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Pourquoi parler d’ « apprenant » plutôt que d’ « élève » ? La première fois que le mot d’ « apprenant » est parvenu à mes oreilles, c’était lors de mon tout premier cours de fle. Au début, cela m’a fait sourire, mais mon sourire s’est transformé peu à peu en moue dubitative lorsque j’ai vu que l’ensemble des profs utilisaient le même terme.
 

Je sentais bien qu’il y avait là quelque chose d'anormal, mais je n’arrivais pas à formuler clairement le problème. Jusqu'à ce que récemment je lise La guerre des langages1, un petit texte de Roland Barthes, et là, tout s’est éclairé !
 

Dans ce passage, Barthes révèle que l’utilisation de certains mots à l’exclusion d’autres peut avoir pour origine une basse lutte d’influence entre différents camps. Pour le fle, ces camps sont : les fleistes, les linguistes, les concepteurs du CIEP, les profs de lettres et les gens du commun… Ainsi, chacun a son terme pour désigner la même personne : apprenant, locuteur ou énonciateur (oui, il y a encore des luttes internes entre linguistes), utilisateur et élève.
 

Le terrain par excellence de cette guerre est l’université. Rappelons qu’à l’origine, les études de fle prenaient pour cadre d’autres départements comme ceux de lettres et de linguistique. Mais le fle accédant au succès qu’on lui connaît pris bientôt son indépendance par rapport à ces départements.
 

Cette indépendance a engendré pour les fleistes un désir de reconnaissance et la volonté de montrer leur spécificité vis-à-vis des autres disciplines. Quant aux départements de linguistique et de lettres, cette autonomie était perçue comme une remise en cause de leur propre discipline, jugée insuffisante pour assurer la mission de fle. La jalousie et la rancoeur prirent le pas sur le respect et l’esprit d’ouverture.
 

Une amie qui était en lettre moderne me racontait l’incompréhension haineuse qu’ont certains profs de lettres vis-à-vis du fle. Lorsqu’elle les informa de son projet de faire son master en fle et non en lettres, certains lui répondirent que les cours de fle revenaient de droit aux profs de lettres ! Ce qui montre une rare incompréhension (en même temps qu’une rare bêtise) de ce qu’est le fle par rapport aux lettres.
 

Ce genre de réaction a malheureusement des conséquences concrètes. Discutez avec les secrétaires de vos départements, elles vous diront peut-être le mal qu’elles ont à trouver des salles pour vos cours. Car, lors de l’élaboration des plannings, les départements de fle étant nouvellement créés, ils doivent attendre que les départements plus anciens (et donc plus légitimes !) fassent leur choix. Et ce n’est qu’ensuite que les départements de fle peuvent grappiller ce qui reste. Face à cette situation, avoir ses propres mots permet de s’affirmer dans sa différence et d’acquérir le pouvoir symbolique d’exister (et donc d’avoir des salles pour faire cours !).
 

Un terme comme « apprenant » permet aussi de faire plus sérieux, plus scientifique, vis-à-vis des linguistes, qui ne sont pas en reste en matière de rancœur. Cela permet également d’exister par rapport au grand public, dont tout ce petit monde universitaire a pour point commun de ne pas vouloir partager le langage.
 

Bref, le mot « apprenant » n’a pas pour objet de mieux comprendre la réalité pédagogique et de vous aider à mieux faire votre travail. Il est le mauvais fruit d’une guerre des langages que se livrent les différentes disciplines au sein du système universitaire. C’est sa seule raison d’être. Et il en va de même pour bon nombre de termes.
 



1 Barthes Roland, La guerre des langages, Œuvres complètes, Seuil, t. II, p. 1610-1613
par Max Cofler publié dans : Didactique du fle
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Vendredi 27 juillet 2007

 

Pour donner à penser sur ce qu’est la didactique aujourd’hui et sur ce qu’elle pourrait être demain, je vous propose une petite citation de Jan van Ravens, expert néerlandais dans le domaine de l’éducation et consultant pour des organismes internationaux tel l’Unesco.
 


Cette citation est tirée d’un rapport du Ceri sur trois forums organisés par l’OCDE à New York, Grenade et Tokyo sur le thème des mécanismes du cerveau et de l’apprentissage. Plus précisément, l’ouvrage s’intitule : Comprendre le cerveau, vers une nouvelle science de l’apprentissage et je vous en recommande chaudement la lecture. Si vous voulez en savoir plus sur ce livre, je vous renvoie au site de l'OCDE. Voici donc ce que dit M. van Ravens sur le possible avenir des sciences de l’éducation :


 
(…) un effort explicite a été fait dans le domaine médical pour parvenir à une « médecine fondée sur des connaissances avérées », correspondant à une éradication générale de l’intuition et des croyances populaires en faveur d’une application des connaissances médicales dans la pratique quotidienne. L’éducation est prête pour ce type d’évolution : se dégager des programmes fondés sur la tradition et le compromis politique, pour s’engager sur la voie de programmes fondés sur les connaissances avérées fournies par les sciences de l’apprentissage, elles-mêmes fondées sur les résultats de la recherche sur le cerveau, dans la mesure du possible. (Comprendre le cerveau, vers une nouvelle science de l’apprentissage, OCDE, 2002, p. 41)
 

Ainsi, de la même manière qu’il fut un temps où les médecins étaient aussi ridicules que ceux dépeints par Molière, peut-être que dans un futur plus proche qu’on ne le pense, on tournera en dérision les pratiques éducatives actuelles. Qui sait ?
par Max Cofler publié dans : Didactique du fle
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Mercredi 25 juillet 2007


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Comment maîtriser une classe turbulente? Peut-on obtenir le silence en cours ? La discipline est-elle encore possible au XXIème siècle ? Peut-on convaincre Karim d’attendre la fin du cours pour fumer son bédo ?
 


A en croire les professeurs proche de la retraite, il faut désespérément répondre par la négative à toutes ces questions. Et il semble qu’il faille sombrer dans la dépression pour les plus forts d’entre nous, quant aux plus faibles, ma foi, il existe heureusement des moyens modernes pour en finir sans douleur.


 
Il est vrai que la réalité fait frémir. Cela commence dès la salle des profs, lors de votre première rentrée, vous savez, LA rentrée où vous avez le trouillomètre à zéro. Là, les collègues qui se sentent concernés par votre sort vous donnent une tape dans le dos et vous déclarent d’un regard sombre : « Il va falloir serrer la visse ! ». Lorsque vous vous approchez de la salle de classe, les élèves sont éparpillés un peu partout, vous ouvrez la porte et toute la troupe se précipite à votre suite dans un joyeux bazar fait de rire, de cris et de bousculades. A la suite de quoi ils s'assoient dans la salle et ce n'est qu'au bout de 10 minutes que vous parvenez à leur rappeler votre existence !


 
Pourtant, on vous a donné la solution : « Il faut serrer la visse ! ». Mais qu’est-ce à dire concrètement ? Avez-vous lu Le Petit Prince ? Si vous ne l’avez pas fait, vous devriez, car ce merveilleux ouvrage traite, entre autres, du problème fondamental mais pourtant inaperçu, de la dangerosité des baobabs. Le sol de la planète du Petit Prince recèle un grand nombre de graines, il y a les bonnes graines comme les graines de rosiers qu’il faut préserver, mais il y a les mauvaises graines, dont les plus terribles sont les graines de baobabs. Ces dernières, à force de croître peuvent tout simplement détruire la planète avec leurs grosses racines. C’est pour cela que chaque matin, le Petit Prince prend sa pelle et va déraciner les pousses de baobabs avant qu’il ne soit trop tard.
 


Voilà le problème. Si vous laissez passer une petite chose (un port de casquette en classe, un mot déplacé, un geste inapproprié), les élèves vont automatiquement passer au niveau supérieur. Et très rapidement, vous allez vous retrouver avec d’énormes baobabs dans votre classe et ce sera la fin, votre planète-classe sera inexorablement désintégrée !

Bon, en fait, contrairement à ce que j'ai dit plus haut, en réalité, les élèves sont en général calmes le premier cours. Pourquoi ? Parce qu'ils ne savent pas encore à qui ils ont affaire. C'est pour ça qu'il est très important de surveiller la pousse des baobabs dès le début et, donc, de "serrer la visse" ! Si vous ne jouez pas au "méchant" au début, il y a de grande chance que vous perdiez le contrôle ensuite. Mais là encore, comment serrer cette fameuse visse ?


 
Selon moi, tous les problèmes de discipline viennent du fait que le prof ne maîtrise pas la nature du terrain. Par exemple : pourquoi les élèves discutent-ils avec autant d’aisance ? Tout simplement parce qu’ils se groupent par affinité. Les amis avec les amis. C’est pour ça qu’ils ont beaucoup de choses à se dire ! Conclusion : ne serait-ce pas au prof de placer les élèves dans la classe ?


 
Ainsi, au lieu de faire l’appel de votre bureau alors que tout le monde est rentré et où vous ne maîtrisez déjà plus rien, faites donc l’appel dehors avant de rentrer. Et décidez vous-même où vous allez placer les élèves. Ce peut être tout simplement par ordre alphabétique à partir de la table de devant tout à droite jusqu’à la table de derrière tout à gauche. Bien entendu, ceci doit se faire dès le premier cours. Ce sera plus difficile à faire après plusieurs cours car les baobabs auront poussé !
 


Donc ce que je retiens du Petit Prince, c’est qu’il faut faire gaffe aux baobabs et être maître du terrain.
par Max Cofler publié dans : Conseils pédagogiques
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Lundi 23 juillet 2007



Il y a quelques jours, dans « Que faire d'une chanson en classe de FLE ? », je m’interrogeais sur la meilleure exploitation à faire du Torero de Cabrel. Je n’étais pas très heureux dans mes recherches sur le net, mais j’ai eu un peu plus de chance aujourd’hui. Car j’ai trouvé un site s’expliquant mieux sur le COMMENT faire mon cours. Il s’agit d’un article de Michel Boiron intitulé Chansons en classe, mode d’emploi paru sur le site Le français dans le monde.
 


En lisant cet article, je me suis aperçu que la structure même de la séance classique installait d’emblée l’étudiant dans une situation de passivité déplorable : les étudiants sont assis, doivent se taire et écouter religieusement la chanson. Ce qui n’incite évidemment pas à l’activité. Il faudrait donc les dynamiser dès le départ. Mais comment ?


 
La solution de Michel Boiron consiste à donner le thème de la chanson dans un premier temps. Dans le cas du Torero, ce serait les fameux sujets dont on ne savait que faire dans le précédent billet : la ville, la campagne, la nature et l’amour. Ces thèmes seraient distribués à des équipes chargées de leur associer tous les mots qu’ils peuvent connaître.


 
Cette procédure a le mérite d’impliquer d’emblée les étudiants dans une activité. Ce qui les rendra certainement plus attentifs lors du cours et même pour l’écoute. Par ailleurs, cela permet éventuellement de rappeler les mots les plus simples et les plus courants dans la tête des plus faibles.


 
Ensuite, on peut leur proposer des travaux d’écriture comme rédiger un texte, voire une chanson, avec les mots trouvés. A la fin, les groupes récitent (ou même chantent) leurs créations. Bien entendu, cela ne peut se faire qu’avec des groupes relativement avancés. Pour les plus faibles, on peut donner le texte où manquent des bouts de phrases, des vers ou des strophes. Enfin, nous pouvons procéder à l’écoute de la chanson.


 
D’une manière générale, ce que je retiens, c’est qu’il faut essayer de penser à l’envers. Je m’explique, lorsque nous avons une chanson, notre première intention est de la faire écouter aux élèves afin qu’ils remplissent un texte à trous. Mais il semble bien meilleur de d’abord travailler sur la chanson par le biais d’une recherche de vocabulaire et par une petite rédaction, et d’ensuite seulement de diffuser le morceau. Ce dernier apparaît alors, non plus comme un point de départ qui devient rapidement ennuyeux à force de répétition, mais comme une finalité guidant le cours et, pourquoi pas, suscitant l’intérêt chez les élèves.
 
par Max Cofler publié dans : Idées de cours
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Dimanche 22 juillet 2007
Aujourd'hui, je vous propose une valeur sûre : le "Dessinez, c'est gagné !"


PREMIERE PHASE
 
1/ Faites des groupes.
 
2/ Mettez chaque groupe en ligne devant le tableau.
 
3/ Demandez à chaque groupe de désigner une personne pour aller devant le tableau. (Attention, c’est un piège ! Normalement, ils vont envoyer celui ou celle qui parle le mieux, or la personne au tableau ne devra justement pas parler !)
 
4/ Distribuez une photo type Doisneau à chaque groupe.
 
5/ Chaque groupe doit décrire ce qu’il y a sur la photo à son représentant devant le tableau.
 
6/ Le représentant doit dessiner ce qu’on lui décrit.
 
7/ Une fois le dessin achevé, chaque groupe essaie de deviner ce qu’ont dessinés les autres groupes.
 
 
 
DEUXIEME PHASE
 
8/ Demandez aux groupes d’élaborer un petit scénario en imaginant ce qui s’est passé avant et après la photo. Précisez que l’histoire doit être drôle.
 
9/ Demandez aux groupes de raconter collectivement leurs histoires devant la classe.
 


Remarque : ce cours est souvent assez drôle car les étudiants dessinent évidemment très mal et il est bien difficile de reconnaître les photos sur le tableau. Les histoires peuvent également être tout à fait imaginatives. Mais il est possible que les élèves les moins inspirés ou les moins à l’aise en français aient du mal à inventer une histoire digne de ce nom. Il faudra donc prévoir vous-même un petit scénario pour chaque photo afin de donner, éventuellement, un coup de pousse aux plus faibles.
par Max Cofler publié dans : Idées de cours
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Samedi 21 juillet 2007

 Torero.jpg



Ce matin, 10h. Je me lève. On est en vacances. Le ciel est bleu. A peine ai-je allumé la radio que Francis Cabrel vient me cueillir avec sa chanson « Le torero ». Tout est bien. Moment magique comme seul peut en offrir une matinée d’été.
 
Et là, en faisant chauffer mon lait, je me suis dit que cela semblait une bonne chanson à étudier en classe. Le rythme est lent, l’articulation claire et le vocabulaire assez simple. Mais surtout, ce qui m’a frappé, c’est l’originalité du narrateur qui n’est rien d’autre qu’un taureau !
 
Bizarrement, bien que cette chanson soit un classique, je suis resté longtemps sans comprendre les paroles, qui sont tout à la fois très originales donc (puisque exprimant le point de vue d’un animal) et très émouvantes (puisque le taureau raconte sa fin tragique dans une arène).
 
La nature pour le moins singulière du narrateur explique peut être que j’ai mis du temps à saisir le sens véritable de cette chanson, tant je n’avais pas spontanément l’idée de m’identifier à un taureau dans une arène. Il pourrait donc être amusant de faire écouter ce morceau en demandant aux élèves d’essayer de déterminer qui parle. Il n’est pas certain qu’il trouve d’emblée la bonne réponse.
 
Cependant, comme d’habitude, si mon intuition me semble bonne au départ, j’en perçois très vite les limites quand je me pose le problème de sa réalisation. Premièrement, comment exploiter concrètement cette chanson ? Facile, on fait quelques écoutes pour identifier le narrateur. Mais cela ne va certainement pas prendre tout le cours et surtout, cela fait un peu léger du point de vue des connaissances enseignées !
 
Alors quoi ? Il reste la tarte à la crème de la chanson à trous. J’aimerais un jour trouver quelque chose de plus original ! Peut être donner les paroles ou les strophes (suivant le niveau des élèves) dans le désordre et leur demander de rétablir l’ordre. Je pense que je ferai ça la prochaine fois, ça a l’air plus dynamique et plus amusant (bien que je ne sois pas certain que ce soit plus original !).
 
Mais ensuite, que faire derechef ? La première idée qui me vient est encore une tarte à la crème. On peut faire un petit débat pour ou contre la corrida dont cette chanson serait l’introduction magistrale. Mais problème : ça risque d’être un faux débat puisque tout le monde sera certainement du côté du taureau, surtout après s’être identifié au pauvre animal lors de la chanson !
 
Il faudrait donc trouver autre chose pour rebondir. Pour me donner des idées, je fais un petit tour sur Internet. Je tombe sur un article de Magali Lemeunier-Quéré intitulé « Exploitation d’un document authentique : "Octobre" de F. Cabrel »  sur le site Edufle. Là je me dis : « Pile ce que je cherchais ! » mais la déception s’abat bien vite sur moi lorsque je constate qu’elle ne fait que me resservir la tarte à la crème de la chanson à trous !
 
Mais il y a plus, d’une manière générale, elle se propose trois objectifs (dont je reproduis l’exacte formulation ci-dessous) pour exploiter cette chanson :
 
1/ Grammaire : le futur pour introduction au futur antérieur
2/ Mobiliser les 4 compétences autour d’un document authentique
3/ Thème : ville et campagne, nature, amour
 
En lisant ça, le mot « Boring ! » fuse instantanément dans mon esprit et vient torpiller ma belle motivation toute neuve que j’avais ce matin. Et si ça ne me donne pas envie à moi, alors qu’est-ce que ça va être pour les élèves ! La perspective de réduire une si belle chanson à sa grammaire n’est guère engageante, surtout quand on vient me parler du futur antérieur !
 
En fait, en y repensant à deux fois, peut-être que oui, il faudrait leur toucher deux mots du futur antérieur au cas où. Oui pour le vocabulaire de la ville, de la campagne, de la nature et de l’amour. En réalité, je ne suis pas fondamentalement en désaccord avec les objectifs proposés. Simplement, je me rends compte qu’on me parle seulement du « quoi faire en cours ? ». Mais ça, je le sais déjà ! Moi aussi, j’ai ma chanson de Cabrel et mon idée sur QUOI faire en cours. Mais mon problème n’est pas le QUOI, mais le COMMENT !
 
Or, si les didacticiens sont généralement dithyrambiques sur le « quoi », ils le sont nettement moins sur le « comment ». L’une des rares informations fournies sur le « comment » concerne l’expression orale : « En binôme, demandez aux apprenants de repérer les indices textuels qui permettent de savoir à qui parle le chanteur et pourquoi (références à l’enfance). »
 
Ce qui me gêne ici, c’est que le « comment » qu’on nous propose ressemble furieusement à un métadiscours à la croisée de l’explication de texte et de l’analyse grammaticale. Franchement, vous vous imaginez dire : « A présent, cherchez les indices textuels qui permettent de savoir à qui parle le chanteur ? ». Et vos étudiants vous répondre en chœur : « Le narrateur utilisant principalement la deuxième personne du singulier ainsi que la première personne du pluriel, nous pouvons supposer qu’il s’adresse à une personne appartenant à son cercle d’intimes, probablement sa petite amie.» ? Moi pas.
 
Bien entendu, il est difficile de se prononcer sur ce qu’envisage vraiment cette didacticienne comme activité concrète de cours puisque aucune indication précise n’est fournie. Pour ma part, j’aurais spontanément tendance à organiser une compétition par équipe, non pas sur le truc des indices textuels, mais sur d’abord le remplissage des trous : « La première équipe qui remplie tous les trous a gagné ! »
 
Et ensuite, je ne sais pas, peut-être récupérer mon idée de débat, mais non plus pour que les étudiants disent véritablement ce qu’ils pensent, mais plutôt pour jouer une comédie de débat avec un défenseur des animaux hystérique, un défenseur de la corrida cynique et peut-être même le taureau lui-même ! Pourquoi pas ?
 
Tout cela demande réflexion. Réfléchissons donc :-)
par Max Cofler publié dans : Idées de cours
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Mardi 17 juillet 2007

Comment faire pour que vos étudiants retiennent mieux ce que vous écrivez au tableau ? C’est simple, il suffit d’écrire seulement dans la partie droite du tableau. Comment n’y avez-vous pas pensé plus tôt ! ?

 

 

En fait, les psychologues Américains Richard Nisbett et Timothy Wilson ont fait une expérience assez déroutante. Ils ont joué aux vendeurs de chaussettes à la sortie d’un supermarché. Prétextant une enquête de consommation, ils demandèrent aux clients d’évaluer la qualité de quatre paires de chaussettes parfaitement identiques alignées de gauche à droite. Fort étonnament, la plupart des gens choisirent la paire de droite ! (Cf. Psychological Review, “Telling More Than We Can Know”, Volume 84, Number 3, May 1977, p. 243-244)

 

 
 
Comment expliquer ce phénomène? Les études sur le cerveau nous apportent trois informations éclairantes :
 
1/ Le cerveau est constitué d’un cerveau gauche spécialisé dans le langage et la logique et d’un cerveau droit spécialisé dans la créativité artistique et les images.
 
2/ L’ensemble des nerfs reliant les organes perceptifs au cerveau sont croisés. Ce qui signifie que, par exemple, votre œil gauche est relié à votre cerveau droit et votre œil droit à votre cerveau gauche, et idem pour toutes les autres parties du corps (voir le schéma ci-desous).

  Inversion-copie-1.gif


3/ Pour des raisons encore mal éclaircies, le cerveau gauche est dominant chez 90% des humains.
 
Conclusion : comme le prouve l’expérience de Nisbett et Timothy, l’humanité a un penchant naturel à droite, du fait de la dominance du cerveau gauche et du croisement des nerfs qui aboutit concrètement à une hypersensibilité pour ce qui se passe à droite du champ de vision !
 
Bien entendu, le cerveau est un organe beaucoup trop complexe pour pouvoir simplifier son fonctionnement comme je viens de le faire. En réalité, je ne sais pas si les étudiants sont plus réceptifs à ce qui se passe à droite du champ de vision plutôt qu’à gauche. Alors que conclure de tout cela ?
 
Pour ma part, je tirerais volontiers une conclusion, non sur la manière de faire la classe, mais plutôt sur la manière de faire de la didactique. Il est assez évident que l’avenir de la didactique ne se jouera pas sur des pinaillages conceptuels du type : « Est-ce que je dois parler d’élève, d’apprenant ou d’utilisateur ? » Mais bel et bien sur le terrain de la science. Est-ce que vous vous rendez compte de toutes les implications si on arrivait à prouver scientifiquement que les élèves sont plus sensibles à ce qui se passe à droite de la salle de classe plutôt qu’à gauche !
 
Bien entendu, cette hypothèse peut sembler loufoque dans un premier temps. Mais exactement comme était loufoque l’hypothèse selon laquelle les gens choisiraient une paire de chaussettes par ce seul fait qu’elle se situe à droite, jusqu’à ce que cela soit dûment prouvé par une expérience.
 
Pour finir, bien entendu, toute cette histoire d’écrire à droite du tableau ne vaut que pour les profs de français. Parce que si vous êtes prof de japonais ou de chinois, alors il faut écrire à gauche, car c’est du coup le cerveau droit (qui s’occupe des images, vous vous souvenez ?) qui devient dominant pour les langues idéographiques :-)
par Max Cofler publié dans : Didactique du fle
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Samedi 14 juillet 2007

Delf-copie-2.png


 
Delf ? Dalf ? Au cours de mes études de FLE, aucun prof n’a jamais pris la peine de m’expliquer à quoi renvoyaient ces sigles bizarres. Bien au contraire, tout le monde me donnait du : « Bon, comme je suppose que tout le monde sait ce qu'est le Delf, ce n'est pas la peine de revenir dessus. Je vais donc continuer mon cours tranquillement..."
 
Inutile de vous dire que lorsque j’ai rencontré, lors de mes différents stages, des profs de FLE d’une cinquantaine d’années (qui n'avaient donc pas connu les études de FLE) ils étaient complètement sidérés de voir qu’un étudiant en FLE ignorait totalement ce qu’était le Delf (ainsi que le Cadre de référence européen d'ailleurs).

 
Et il a fallu attendre une formation pour être jury aux examens de ce fameux Delf pour qu’on m’explique enfin de quoi il retournait ! Alors voilà, je vais vous expliquer tout ça.

 
Le Diplôme d’Etudes en Langue Française (DELF) et le Diplôme Approfondi de la Langue Française (DALF) sont deux tests permettant de prouver sa compétence en français. Mais quelle est la différence ? C’est simple, le premier s'applique au niveau débutant et intermédiaire tandis que le second concerne le niveau avancé.
 
Ces diplômes définissent leurs examens par rapport au Cadre de référence européen. C’est un gros pavé écrit par des spécialistes de toute l’Europe pour déterminer quelles sont les compétences à acquérir pour apprendre une langue.
 

Il est sorti de ce travail une classification en trois catégories. Le niveau A pour les débutants, subdivisé en A1 et en A2 ; le niveau B pour les intermédiaires subdivisé en B1 et B2 et enfin le niveau C pour les experts qui est, cela ne vous étonnera pas, subdivisé également en C1 et C2. Plus précisément :
 
  
 
Le niveau A1
 
C'est vraiment le niveau découverte. On n'a presque pas d'exigence pour ce stade. Il s'agit juste de pouvoir réciter des formules toutes faites. En général, toute personne qui tente ce niveau l'obtient car il s'agit principalement de motiver les gens à apprendre le français et, par la même occasion, à dépenser de l'argent pour obtenir ces fameux diplômes (il ne faut pas oublier l'aspect commercial de la chose).
 

Le niveau A2
 
C'est le niveau de survie. On peut se débrouiller dans la vie quotidienne. On peut faire des transactions simples au supermarché par exemple. On a une capacité à décrire. La personne connaît les formules de politesse, peut demander des nouvelles, peut parler de ses loisirs, des activités quotidiennes, de discuter de ce qu’on veut faire, de demander son chemin.  On exige là au moins 200 heures de cours et on estime qu’il doit connaître environ 850 mots.
 
Le niveau B1
 
Alors là ça ne rigole plus ! Le niveau B1 est très important car il marque un véritable fossé avec A1 et A2. C’est le fameux NIVEAU SEUIL ! Encore un truc que tout le monde rabâche sans jamais l’expliquer. Alors le niveau seuil, c’est tout simplement le niveau d’autonomie, estimé à 400 heures de cours.

 
La personne peut faire face aux situations attendues comme aux situations inattendues. Le progrès majeur est donc une capacité d'improvisitation permettant d'affronter tous problèmes de la vie quotidienne. Par exemple, la personne fait face à un contrôleur dans le train sans avoir de billet. Elle est obligée de se justifier très rapidement. Il n’y a pas de temps de préparation pour répondre.

 
Elle fait encore beaucoup de fautes, mais elle peut communiquer. Particulièrement, elle peut justifier son opinion face à un contradicteur, même si elle reste emprisonnée dans un petit nombre de formes syntaxiques. Par ailleurs, on commence à aborder le domaine de l’abstrait car ils doivent rédiger des essais. Ils connaissent les coutumes, les valeurs, les usages de la culture française. J’ai pu noter, à titre personnel, que pas mal de personnes parle très bien le français sans presque rien connaître de la France.
 
 
 
Le niveau B2
 
Le niveau B2 constitue encore un fossé avec le niveau précédent. Il faut connaître environ 4500 mots et il y a 600 à 800 heures de cours. Il y a déjà beaucoup moins de fautes dans ses phrases. Le français est standard et la personne peut parler de sujets généraux et de ses centres d’intérêts. Elle a une capacité à argumenter avec efficacité. Elle peut également comprendre une discussion dans une ambiance bruyante, elle n'exige plus de condition spécifique. Elle a une conscience de ses limites et de ses capacités. Elle arrive à se corriger immédiatement. .
 
 
Le niveau C1
 
Alors là, pour avoir ça, il faut parler presque comme un natif. Ici, il n’est plus question de dire combien de mots ni combien d’heures de cours il faut avoir pour la simple et bonne raison que ce n’est plus que du travail personnel. Malheureusement pour notre ego de prof, personne n’atteindra jamais ce genre de maîtrise entre les quatre murs d’une salle de cours :-(
 
Il s’agit d’utiliser la langue avec finesse et il n’est bien évidemment plus question de faire des fautes énormes. La personne est capable de s’exprimer sur tous les sujets et en plus, elle maîtrise les différents registres de langue comme le registre familier. Elle est capable de faire des analyses fines et de varier les styles. La caractéristique du niveau C, c’est l’aisance et la spontanéité. La personne ne se contente plus de parler en français, elle pense en français !
 
 
Le niveau C2
 
Le C2 est le niveau quasi-natif mais avec la culture en plus ! C’est d’ailleurs ce qui pose un grave problème. Les épreuves ici sont d’un niveau intellectuel très avancé puisqu’il faut rédiger des dissertations mais également discuter avec des contradicteurs qui sont en général des profs de facs ! Bref, on ne mesure plus la capacité à parler le français, mais la capacité à exécuter certains exercices (comme la dissertation ou la discussion argumentée) qui n'ont rien avoir avec le français. On peut dire que le C2 mesure plus le QI qu'autre chose. J'ai connu des gens de niveau C1 capable de lire Gracq ou Proust qui refusaient de passer le C2 à cause de sa difficulté, non pas au niveau du français, mais au  niveau intellectuel !
par Max Cofler publié dans : FLE ? Questions fréquentes
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