Dimanche 30 septembre 2007


La tolérance est de l’ordre de la passivité. Lorsqu’un prof dit qu’il tolère un élève en classe, on comprend qu’il accepte sa présence en cours mais qu’il n’apprécie pas particulièrement son comportement. Il se passe la même chose au niveau d’une société : le Gaulois peut très bien tolérer l’étranger qui vit à côté de lui, mais ce n’est pas pour autant qu’il y a compréhension, ni non plus d’animosité d’ailleurs. Il y a simplement acceptation de la présence d’autrui mais cela ne va pas plus loin. C’est la voie de l’indifférence : on ne cherche pas à connaître autrui, ce dernier ne cherche pas à me comprendre, et tout le monde vit sa vie dans son coin. Ca, c’est pour quand ça se passe bien.
 

Car la tolérance peut connaître différents degrés. Par exemple, dans tel pays, peut-être que le fait d’être blanc sera tout à fait insignifiant, mais si vous ajoutez que vous êtes homosexuel, vous pourriez éventuellement être mal vu, pris à parti verbalement ou même molesté bien que la loi vous protège. Si ma mémoire est bonne, le Pacs en France n’est pas passé comme une lettre à la poste. Il y a bel et bien eu un débat animé à l’Assemblée, et bien sûr dans la société française, pour savoir si on accepterait cet ersatz de mariage gay. Alors imaginez ce qui peut se passer dans le pays d’un Armaninedjad qui va jusqu’à nier l’existence d’homosexuels en Iran !
 

Mais sans aller jusqu’à ces exemples caricaturaux, on peut tout simplement observer le comportement des Américains. Il est connu que lorsque leurs militaires viennent s’installer dans un pays, ils importent avec eux le mode de vie américain : les voitures américaines, la nourriture américaine, les supermarchés américains et bien sûr la langue américaine. Ils ne se disent pas spontanément : « Tiens, et si nous essayions de comprendre la culture des gens du coin. » Ce qui ne signifie pas que les Américains soient intrinsèquement méchants ou intolérants, cela veut simplement dire que l’interculturel ne fait pas partie de leur logiciel intellectuel. Et on sait combien ce manque est problématique pour eux lorsqu’ils doivent gérer des populations (comme en Irak par exemple) dont ils ignorent tout.

 
On mesure donc par contraste avec la tolérance, qui fonctionne a minima et qui connaît différents degrés, l’exigence de l’interculturel qui ne se satisfait pas d’une simple acceptation passive, mais qui implique une reconnaissance explicite et une compréhension profonde d’autrui. Si la tolérance est je crois heureusement présente dans beaucoup de pays, l’interculturel me semble beaucoup plus rare. Et pour tout dire, je me demande même si elle a jamais existé avant l’Union. Car si la tolérance est partagée par bon nombre de pays, l’approche interculturelle me semble une création spécifiquement européenne.

 
Et même dans ce cas, on peut encore se demander si l’interculturel existe réellement au sein même de l’Union. Car après tout, nous autres Français, après toutes ces années, connaissons-nous vraiment si bien que ça les mentalités des Allemands, des Anglais et des Espagnols ? Je n’en suis pas sûr. Et c'est bien pour cela que le Cadre fixe pour objectif la sensibilisation à l'interculturel dans les cours de langues.


Tout cela pour dire que si la distance qui sépare l'intolérance de la tolérance relève du truisme, force est de constater que la distance qui existe entre la tolérance et l'interculturel est le plus souvent ignorée.  Pourtant, si nous voulons vraiment faire avancer l'interculturel dans l'Union, il faudra commencer par prendre conscience de cette différence.


(Note : sur le même thème, vous pouvez également lire L'interculturel est-il un ethnocentrisme ? )
par Max Cofler publié dans : Didactique du fle
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 20 septembre 2007


L’interculturel est un sujet intellectuellement complexe et moralement délicat car il mêle la pédagogie à l’idéologie. Je citerai ici pour illustrer mon propos un extrait de Former les apprenants de FLE à l’interculturel rédigé par Haydée Maga et publié sur Franc parler. :
 

« La prise en compte de la culture dans l’enseignement des langues étrangères est indispensable, non seulement pour communiquer efficacement, mais aussi parce qu’elle représente un enjeu éthique. Combattre la xénophobie et l’ethnocentrisme, éviter les préjugés et les discriminations est plus que jamais une préoccupation des pédagogues et des acteurs de l’éducation. » Plus loin, elle ajoute que la finalité éducative de l’école est désormais « élargie à un projet humaniste à l’échelle du monde (compréhension entre les peuples, enrichissement mutuel…). »
 

Je perçois dans ce passage une difficulté non pas dans ce qui est dit mais plutôt dans ce qui n’est pas dit. On nous présente ici trois affirmations parfaitement légitimes, mais dont il faut soigneusement tracer les limites pour ne pas tomber dans des erreurs extrêmement dommageables :
 
1/ la formation à l’interculturel permet de mieux communiquer dans une langue étrangère
2/ la formation à l’interculturel répond à un « enjeu éthique »
3/ la formation à l’interculturel répond à « un projet humaniste à l’échelle du monde »
 
1/ la formation à l’interculturel permet de mieux communiquer dans une langue étrangère : Il n’y a pas de débat sur le versant pragmatique de la formation à l’interculturel. Si vous êtes Français et que vous souhaitez envoyer un C.V. dans un pays anglophone, il est évidemment primordial de savoir qu’il faut mettre en avant ses expériences et non pas ses diplômes. Ce qui est en gros l’inverse en France. Autre exemple, si on vous invite à une soirée au Québec, sachez qu’il faut emmener sa propre nourriture car, contrairement à la France, le dîner n’est pas servi !
 

Cependant, on voit bien dans ces exemples que le « mieux communiquer » concerne des comportements. Quand un Québécois vous dit : « Je t’invite ce soir chez moi. » la sensibilisation à l’interculturel va vous aider à comprendre ce que signifie précisément cet énoncé dans la bouche d’un Québécois et vous n’aurez ainsi pas de « problème de communication ». On peut par conséquent adopter deux points de vue sur l’interculturel. Un point de vue pragmatique où on considère les comportements sociaux propres à une culture. Et un point de vue idéologique où on observe les valeurs propres à cette même culture, ce qui nous amène à notre deuxième point.
 
 
 
2/ la formation à l’interculturel répond à un « enjeu éthique » : Je suis plus réservé sur le versant idéologique de l’interculturel. Tout d’abord, appelons un chat un chat, ce qu’on appelle ici une formation à l’interculturel est en réalité un cours de morale, où il s’agit d’inculquer certaines valeurs aux apprenants. Ainsi, l’enseignant a pour objectif de faire comprendre à ses apprenants qu’il est MAL d’être xénophobe ou d’être ethnocentriste. Et que si les apprenants discriminaient d’aventure un individu parce qu’il est noir, un tel comportement serait sévèrement réprimé non seulement d’un point de vue moral, c’est-à-dire du point de vue de la société, mais aussi et surtout d’un point de vue pénal, c’est-à-dire qu’ils pourraient être traduits devant les tribunaux. Reconnaissons que nous sommes ici bien loin du simple projet pédagogique d’enseigner une langue.
 

Cependant, si l’ « enjeu éthique » est à des années lumières de l’enseignement des langues, il n’en demeure pas moins pleinement légitime pour peu qu’on le situe dans son cadre d’origine : l’Europe. Car le projet de sensibiliser les apprenants à l’interculturel prend sa source dans le Cadre européen commun de référence pour les langues. Texte qui a pour vocation d’harmoniser l’enseignement des langues en Europe pour, à terme, permettre aux Européens de mieux communiquer entre eux. Ce qui répond parfaitement au projet politique de l’Union visant à faire vivre ensemble des peuples différents. Il n’y a donc strictement rien à redire sur ce point. En faisant un cours sur l’interculturel au sein de l’Europe politique, le prof de langue effectue un travail citoyen et moral pour affirmer des valeurs de tolérance et de respect qui sont les nôtres.
 
 
 
3/ la formation à l’interculturel répond à « un projet humaniste à l’échelle du monde »
 
Le vrai problème surgit lorsqu’on met de côté ce cadre institutionnel et géopolitique dans lequel évolue l’interculturel pour le projeter dans d’autres cultures. Du coup, on aboutit à « un projet humaniste à l’échelle du monde ». Le prof de FLE passe alors du statut d’enseignant à celui de représentant politique de l’Union, voire à celui d’Evangéliste de l’interculturel. En d’autres termes : faire de l’interculturel à l’extérieur de l’Union n’est-ce pas, quelque part, de l’ethnocentrisme ? La question peut paraître d’une ironie particulièrement mordante mais il se trouve que je la pose avec le plus grand des sérieux.
 

Rappelons nous les leçons de l’histoire : l’ethnocentrisme ne se donne jamais tel qu’il est. Il se dissimule toujours derrière le masque de la bonté d’âme. Ainsi, les prêtres catholiques du XVIème siècle ont évangélisé les Indiens d’Amérique du Sud pour sauver leurs âmes de la damnation éternelle. Les colons français ont apporté la civilisation aux Africains pour les sortir de leur état de barbarie. Plus récemment, les Américains ont envahi l’Irak pour leur apporter la liberté. Bref, il y a toujours une bonne raison pour être ethnocentriste et croire que ce qui vaut pour nous vaut pour le monde entier. Qui sait si l’interculturel n’est pas la nouvelle bonne raison de l’Occident pour aller expliquer aux autres peuples comment ils doivent vivre ?
 

Pour ma part, je n’ai pas de réponse tranchée sur la question. J’ai juste des idées contradictoires autant que dérangeantes qui s’entrechoquent dans ma tête à ce sujet. D’un côté, j’ai une croyance indéfectible en la bonté du principe interculturel (même au-delà du simple cadre pédagogique). D’un autre côté, je constate que mes ancêtres défendaient des idées considérées a posteriori comme révoltantes avec vraisemblablement la même force de conviction qui est la mienne aujourd’hui en ce qui concerne l’interculturel. J’en suis exactement à ce point : l’histoire distille un soupçon malsain parmi mes convictions les plus profondes.

(Note : Je poursuis la réflexion sur l'interculturel dans Tolérance vs Interculturel)
par Max Cofler publié dans : Didactique du fle
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Samedi 15 septembre 2007

Je voudrais répondre à un commentaire laissé par Miss Purple au bas du billet « Le Master FLE est-il nécessaire pour être prof de FLE ? » qui soulève un problème très intéressant. Bien que ce ne soit pas exprimé explicitement en ces termes, la question posée est de savoir si l’enseignement est un art ou une technique. On saisit l’importance de la réponse à cette interrogation vis-à-vis de la formation FLE. Car si la pédagogie est un art, c’est-à-dire si elle nécessite un don inné, alors le Master FLE ne sert à rien puisque le prof sait toujours déjà enseigner. Une personne non titulaire d’un Master peut donc parfaitement enseigner pour peu qu’il ait ce don. Mais si la pédagogie ne relève pas du don, alors il faut évidemment suivre une formation technique pour pouvoir enseigner.

 
Bien entendu, c’est le commun des mortels qui pense spontanément la pédagogie comme un don qui ne peut pas s’apprendre, ce qui implique que seules quelques personnes peuvent enseigner. Et ce sont les didacticiens qui considèrent la pédagogie comme une technique, c’est-à-dire une connaissance que l’on peut s’approprier en travaillant, ce qui implique que n’importe qui peut enseigner. Dans cette histoire, tout le monde à tort et tout le monde à raison.

 
L’erreur de la vision technicienne des didacticiens consiste à ne pas prendre l’art au sérieux. J’ai entendu parfois des "ingénieurs" de l’enseignement (constatez le parti pris technicien de ce nom de baptême) déconsidérer la conception de l’enseignement comme art avec une pointe de mépris dans la voix. Ils semblent penser que les artistes sont des cinglés batifolant tout nus dans la nature sous l’emprise de substance interdite.

 
Mais les artistes n’ont rien avoir avec cette caricature. Prenez Picasso ou Kandinsky, une fois que vous avez vu un de leur tableau, n’importe lequel, vous êtes capable de reconnaître instantanément une autre œuvre de ces auteurs. De la même manière, bien qu’il faille une sensibilité littéraire assez développée, une petite citation peut suffire à identifier un romancier en particulier. Et cela marche pour tous les autres arts : le cinéma, la musique, la bande dessiné, etc. Ce qui démontre que l’artiste ne construit pas ses œuvres au hasard, mais avec des règles bien précises, c’est-à-dire avec une technique !

 
Après, les tenants de l’enseignement comme art commettent l’erreur inverse. Ils accordent trop d’importance au don, ce qui est une manière ici de ne pas prendre la technique au sérieux. Ils pensent que le talent vous tombe tout rôti dans le bec, sans le moindre travail. Mais même le grand Léonard a pris des cours de peinture quand il était petit. Il a acquis les techniques de base de la peinture dans l’atelier de Verrocchio, même si c’était ensuite pour les dépasser avec son célèbre sfumato. Par ailleurs, il a mis pas moins de quatre ans à peindre la Joconde, l’œuvre la plus célèbre de toute l’histoire de l’art ! Il y a donc bien une nécessaire acquisition de connaissance technique et un travail acharné pour être un bon artiste.

 
Une fois qu’on a pris l’art et la technique au sérieux, on peut retirer toute la « substantifique moelle » d’un parallèle entre l’art et l’enseignement. Ainsi, la première qualité requise pour être prof, tout comme pour être artiste, c’est évidemment la créativité. Créativité qui se manifeste par une sensibilité à fleur de peau permettant de sentir les besoins et les attentes des apprenants, une grande imagination pour modéliser dans sa tête les prochaines séances afin de déterminer ce qui va bien ou mal se passer et pouvoir faire le meilleur cours possible, un talent pour créer du nouveau afin de ne pas ennuyer les élèves, etc.

 
On comprend ce qui rapproche l’artiste de l’enseignant, à savoir un don donné par la nature, mais qui doit être formé par une technique pour atteindre son plein épanouissement. Mais il faut aussi saisir leurs différences pour bien comprendre ce qu’est enseigner. Car on ne peut évidemment pas poursuivre la comparaison jusqu’à dire que le prof fait de l’art au sens ou l’artiste en fait. Selon moi, on peut et on doit appréhender sa classe comme une œuvre d’art. Mais il faut s’entendre sur ce qu’on appelle « œuvre d’art ».

 
Aujourd’hui, ce terme a un sens exclusivement esthétique, mais on oublie le sens premier du mot "art", qui est le savoir-faire de l’artisan. Savoir-faire qui ne peut produire qu’un objet à la fois et qui se distingue par conséquent de la technique qui peut produire une infinité d’objets identiques. Prenez un artisan potier à qui on commanderait 1000 pots identiques, ils auront bien entendu la même forme et se ressembleront énormément, mais ils seront pourtant tous différents par ce seul fait qu’ils ont été conçus un par un. Mais si vous commandez 1000 pots dans une usine, ils seront tous parfaitement identiques car ils sortiront du même moule.

 
Appliqué à l’enseignement, l’exemple du potier nous met devant deux perspectives. Une perspective artisanale où chaque cours est unique et une perspective technique où les cours sont normés et peuvent être reproduits à l’infini. Mais tout le monde sait que la première optique est la seule qui résiste à l’épreuve des faits. Même avec le même prof, les mêmes élèves, le même cours, la même salle, vous n’obtiendrez jamais deux séances identiques.

 
La raison évidente de ce phénomène réside dans le fait que les profs travaillent avec des êtres vivants : les apprenants ! Et ces derniers, parce que ce sont des êtres vivants et non des robots, ne se comportent jamais tout à fait de la même manière, tout comme le prof. D’où l’éternel reproche fait aux didacticiens d’être « trop abstrait ». En effet, ne prenant pas suffisamment en compte le caractère vivant de leur objet d’étude, ils plaquent sur une réalité singulière des termes techniques abstraits, ce qui produit une distance infranchissable entre leur discours et notre réalité.

 
En résumé, il faut laisser libre cours à son expression personnelle. Un cours doit être à l’image de son concepteur, ce qui sous-entend chez l’enseignant une indépendance d’esprit radicale vis-à-vis de toute autorité. En effet, on est en droit d’attendre l’autonomie intellectuelle de la part d’un prof pour décider ce qu’il est bon de faire ou pas en cours. Par conséquent, on peut tout à fait être prof sans avoir suivi de formation. Mais, dans ce cas, il faut vraiment avoir l’instinct de la pédagogie chevillé au corps. Mais malgré tout, l’enseignant ne doit pas négliger le discours technique de la didactique car cela lui permet de nommer certains phénomènes de sa pratique, et par conséquent de les connaître et de les maîtriser.
 
 
par Max Cofler publié dans : Didactique du fle
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 7 septembre 2007

C’est une question importante car on n’a malheureusement pas toujours la possibilité d’aller à l’étranger, ou de fréquenter des étrangers dans son pays, pour apprendre ou perfectionner une langue. D’où l’interrogation de certains élèves, et aussi de certains profs, comment apprendre une langue sans le bain linguistique du pays ?

 
Avant tout, il faut se mettre d’accord sur la forme que doit prendre cet apprentissage. Pour parler une langue plus que correctement, il n’y a pas de secret, on doit vivre avec. Ce doit donc être un travail quotidien, un petit effort de 15 à 20 minutes par jour par exemple. Bien sûr, si on peut faire plus, tant mieux, mais on n’a pas toujours le temps.

 
Pour les débutants, ce qui marche plutôt bien c’est la méthode Assimil, qui fonctionne justement sur le mode « petit effort quotidien ». Chaque jour, une leçon constituée d’un petit texte en langue cible (avec sa traduction en regard) dont on doit écouter la lecture sur un CD. Cela permet d’entrer dans la langue sans trop de difficulté. Pour l’avoir testée moi-même, je puis témoigner que c’est assez efficace (je sais ce que vous vous dites, mais non ! Je n’ai pas d’actions dans cette entreprise !).

 
Toutefois, pour des élèves plus avancés, la méthode Assimil se révèle insuffisante, d’où la nécessité de passer à un niveau supérieur. Et nous avons aujourd’hui des moyens modernes tout à fait extraordinaires pour parvenir à ce but. Le premier d’entre eux étant la télévision. Ca, c’est incroyable ! Si on a la chance de pouvoir regarder le câble tous les jours dans la langue cible, on fera de grands progrès en peu de temps. Ca rentre tout seul ! Et si on ne dispose pas du câble, il reste les DVD. Mais il y a bien évidemment un problème de taille : cela coûte atrocement cher.
 

Alors ce qui coûte le moins cher, c’est de prendre un livre dans la langue en question et de le lire, mais attention, de le lire à haute voix ! Ainsi, vous aurez dans la bouche la langue cible même si vous ne la maîtrisée pas complètement. C’est le seul moyen que je connaisse pour travailler l’expression orale tout seul. Si vous faites ça régulièrement, couplé si possible avec la télé et les DVD pour prendre l’accent, normalement, les progrès devraient être sensibles.

 
Si vous connaissez d’autres trucs pour travailler une langue tout seul, je vous en prie, n'hésitez pas à les communiquer dans les commentaires de cet article. Je pense que tout le monde sera ravi d’apprendre ce genre de chose.
 
Merci d’avance.
par Max Cofler publié dans : Conseils pédagogiques
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Lundi 3 septembre 2007


 
Si vous allez consulter le comte rendu du deuxième Forum des centres FLE de 2006, vous serez peut-être, tout comme moi, dérangé par ce que vous lirez. Ce rapport a été rédigé sous la forme d’un question/réponse et les propos tenus sur l’utilisation du manuel en classe me paraissent quelque peu surprenants.
 

Pour ma part, je suis a priori contre l’utilisation du manuel car je considère que cela a des conséquences désastreuses sur la structure même du cours. En effet, introduisez un manuel dans une salle de cours et qu’obtenez-vous ? Une classe entière le nez dans un bouquin ! Par conséquent incapable de parler et d’interagir. Or, que peut-on bien faire d’autre dans une classe de langue sinon parler ? De plus, le manuel enferme le professeur dans un déroulement linéaire de la séance puisqu’il est sensé, en théorie, descendre chaque exercice un par un. Peut-être n’êtes-vous pas aussi radical que moi, ce que je peux comprendre car le manuel n’a tout de même pas que des inconvénients, mais franchement, serez-vous d’accord avec les arguments développés dans ce compte rendu par les pro-manuels ?

 
Premier point : à la question : « pourquoi un manuel ? » ils répondent qu’il s’agirait d’abord d’une « demande des apprenants », qui ressentiraient le « besoin d’une béquille » et « d’un soutien tout au long du cours qui soit plus ordonné que des photocopies ». Autrement dit, le manuel a une fonction purement psychologique. Il doit rassurer l’élève en matérialisant par un gros pavé les savoirs qu’il doit acquérir. L’apprenant peut ainsi tenir au sens propre ce qu’il doit apprendre. En ce qui me concerne, j’estime au contraire comme utile de leur faire prendre conscience qu’on n’apprend pas une langue dans un manuel. Et c’est aussi mon rôle de rassurer les élèves sur le fait que s’ils font ce que je dis moi (et non le manuel !) ils progresseront dans leur apprentissage de la langue cible.
 

Deuxième raison d’utiliser un manuel : le manuel peut « faciliter le travail du prof ». Je n’en doute pas dans la mesure où la fonction du manuel consiste à prémâcher tout son travail, et c’est justement le problème ! Pour ma part, je considère que l’élaboration de matériel pédagogique fait partie intégrante de mon métier. Si vous m’enlevez ça, vous m’enlevez tout ! Je me sens un peu comme ces ouvriers qu’on remplace par des machines-outils. C’est la même chose, on me remplace par un être de papier ! Car les documents que j’élabore ne sont pas de simples bouts de papier qu’on jette sitôt le cours terminé, mais l’expression concrète de mon esprit créatif de prof, qui se creuse les méninges pour trouver des activités efficaces, et un peu originales, pour mes élèves.

 
Autre raison : le manuel doit « permettre à la direction d’un centre ou au coordinateur pédagogique d’avoir un suivi plus régulier et systématique que le seul compte-rendu élaboré par le prof sur son propre cours. » Autrement dit, on ne fait pas confiance aux profs pour atteindre les objectifs fixés ! On préfère les soumettre au diktat d’un manuel quelconque afin que les centres puissent assurer à leurs clients que leur argent est bien investi. Car dans les centres, voyez-vous, on est sérieux. On ne commet pas la bêtise de fonder l’enseignement sur le jugement de ces idiots de profs, mais bel et bien sur le suivi d’un bon et gros manuel.
 

Ils abordent ensuite le thème de l’utilisation d’une méthode en cours. Ils commencent par livrer leur vision de ce qu’est une méthode : « La méthode n’est qu’une “colonne vertébrale” sur laquelle le prof greffe un corps, une peau en fonction de ses apprenants. » Vous noterez comme la phrase est étrangement tournée. On y emploie une structure restrictive « n’est qu’une » avec une expression, « colonne vertébrale », désignant d’habitude ce qui est précisément fondamental dans une chose. N’est-ce pas curieux ? Le fond semble contredire la forme. Ce serait comme de dire : « Cette charpente n’est qu’une colonne vertébrale sur laquelle repose le toit de la maison, et l’essentiel, c’est le papier peint. » Ainsi, alors même que la phrase semble dire tout le contraire, la méthode est donc la colonne vertébrale du cours (et non pas le prof !) et il semble que l’enseignant soit réduit à la pose du papier peint !

 
Mais attention, cela ne s’arrête pas là car après vient ce que je n’hésiterais pas à qualifier comme le « pompon ». S’interrogeant sur les libertés que peut prendre le prof vis-à-vis de la méthode, ils expliquent qu’il existe un « danger de contredire la méthodologie et la progression du manuel par un ajout intempestif et pas assez réfléchi de nouveaux documents. » Le prof est donc une fois de plus implicitement présenté comme un débile profond qui ne sait visiblement pas où il habite, et qui fera bien mieux son travail une fois enchaîné à un manuel !

 
Mais le point suivant est sans doute l’explication de tout ce qui précède. Car figurez-vous qu’il existe un « danger de rendre l’achat d’un manuel peu attractif s’il n’est utilisé qu’épisodiquement. » Là, au moins, ça a le mérite d’être clair : si on n’utilise pas le manuel, son achat ne sera pas rentable. Donc ce qui justifie in fine l’utilisation d’un manuel en classe, c’est sa REN-TA-BI-LI-TE ! CQFD !!! Et il semble malheureusement qu’on touche ici à un point sensible, car si vous allez consulter la liste des intervenants à ce forum, vous tomberez (ô surprise !) sur la liste exhaustive de tous les éditeurs de manuels FLE (CLE, Didier, Hachette, etc.). Ceci explique sans doute cela… On imagine bien que, face à tous les éditeurs réunis, on ne va tout de même pas dénigrer les manuels. On risquerait de se fâcher…
 

Enfin, dernière question dont je critiquerai la réponse : « le manuel peut-il avoir pour vocation de guider les enseignants ? » La réponse est une fois de plus on ne peut plus claire : « Oui, l’utilisation d’une méthode peut être l’occasion pour le professeur d’une formation ou d’une auto-formation sur de nouvelles approches, de nouveaux objectifs et d’une remise en question de sa pratique de classe. » Ce qui est supposé ici, pour la énième fois dans le rapport, c’est la supériorité toute naturelle du manuel sur les compétences de l’enseignant. Ce dernier étant invité poliment à une « remise en question de sa pratique de classe » par le manuel. Mais quid de la remise en question du manuel par l’enseignant ?

 
Et enfin, après tout ça, n’étant absolument pas gênés aux entournures, ils précisent que « le manuel donne des pistes aux enseignants mais ne doit pas, obligatoirement, tout décider à leur place. » Ce qui est bien évidemment en totale contradiction avec tous les arguments mobilisés auparavant !

 
Pour terminer, je trouve cette disqualification incessante et implicite des compétences du prof par rapport au manuel comme assez désagréable, et pour tout dire véritablement insultante pour nous, surtout venant de collègues et de chefs de centre ! Nous sommes vraiment considérés comme des incapables. Et le pire, c’est que tout cela est sous-entendu. Car je ne doute pas que si vous leur posez la question ou si, par mégarde, ils tombent sur ce blog, ils se défendront d’avoir toutes ces idées que je leur prête, pourtant, je ne vois pas d’autre conclusion possible à ce rapport.
 

D’un autre côté, je ne peux imaginer que cette prise de position soit consciemment choisie. Peut-être s’explique-t-elle par un préjugé provenant de notre civilisation de l’écrit, qui suppose que le vecteur normal du savoir est le livre, disqualifiant a priori toute forme d’enseignement oral. Ce qui pose évidemment un petit problème lorsqu’il s’agit d’enseigner précisément un savoir oral comme une langue. Pour plus de développement, je vous invite à aller lire l’article que j’ai consacré à la civilisation de l’écrit et à celle de l’oral : L’art oublié de la mnémotechnie.
par Max Cofler publié dans : Didactique du fle
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander

Présentation

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Calendrier

Septembre 2007
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

Créer un Blog

blog croyance sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus