Jeudi 29 novembre 2007


Faut-il nécessairement faire de la grammaire en cours de FLE ? Face à ce problème, il y a deux sortes de profs : les premiers ne croient même pas opportun de poser la question tant la réponse est évidente : « Oui ! » et les seconds voudraient bien faire autrement mais pensent que, malgré tout, on ne peut pas s’en passer. En définitif, que l’on considère la grammaire comme une évidence ou comme une fatalité, tout le monde fait de la grammaire en cours d’une manière ou d’une autre.
 

Pourtant, on est fondé à se poser des questions sur la grammaire. Car qui n’a pas fait (plus d’une fois !) cette expérience décourageante de travailler un point de grammaire avec de longues explications métalinguistiques, des exercices structuraux à foison, de la conceptualisation en veux-tu en voilà jusqu’à avoir la naïveté de croire que les élèves avaient compris le truc. La fois suivante, vous faites un bête exercice d’écriture pour qu’ils utilisent le point de grammaire travaillé, et vous vous rendez compte qu’ils font toujours la même faute avec autant d’enthousiasme, comme si vous n’aviez rien fait !

 
D’où les interrogations : la grammaire sert-elle à quelque chose ? Comment expliquer l’inefficacité des cours de grammaire par rapport à la maîtrise de la langue ? Il semble que tout vienne d’une croyance erronée, ou au moins contestable, bien ancrée dans la tête des profs : il est possible de transformer une compétence grammaticale en compétence pragmatico-linguistique. Mais cette idée est peut-être aussi fantaisiste que celle des alchimistes qui pensaient pouvoir transformer le plomb en or.

 
En effet, il est tout à fait clair qu’il ne suffit pas de connaître une règle de grammaire pour savoir l’appliquer pour la simple et bonne raison que la grammaire du français et la langue française sont deux choses distinctes. Songez un peu concrètement à ce qu’on enseigne quand on fait un cours de grammaire et un cours de langue. Dans le premier cas on fait utiliser aux apprenants des mots comme « verbe, sujet, complément, COD, etc. ». Dans le second cas c’est un lexique du genre « tête, cou, jambe, main, etc. » si c’est un cours sur le corps. Dans le premier cas il y a un métalangage, dans le second il y a un langage.

 
Et le pari est d’arriver à une compétence orale en faisant comprendre le fonctionnement d’une langue via une métalangue. Tout cela part donc du principe que la compréhension d’une règle aboutit nécessairement à une pratique effective. Problème : moi, je comprends tout à fait les instructions qui sont données sur la fiche de cuisine, pourtant, je n’arrive jamais au même résultat que sur la photo !

 
Pour les langues c’est la même chose. Dans l’absolu, cette dichotomie entre langue et métalangue implique que vous pouvez apprendre la grammaire du français sans pour autant savoir parler français ! Cas de figure qui n’est tout de même pas aussi impensable que ça puisqu’il existe des élèves extraordinairement forts en grammaire mais avec de graves difficultés à utiliser leurs connaissances grammaticales en pratique. Alors encore une fois, pourquoi ?

 
Parce que quand vous faites faire à vos élèves des exercices de grammaire, vous allez leur faire travailler la compétence, non pas à parler français, comme dans un cours de langue, mais à résoudre des exercices de grammaire ! Voilà pourquoi ils savent résoudre les exercices de grammaire avec facilité alors qu’ils ne sont pas fichus d’appliquer les règles dans un autre contexte. Ainsi, la nature métalinguistique de la grammaire fait qu’on travaille des compétences qui n’ont rien avoir avec la langue.
 
 
En résumé : enseigner la grammaire, ce n’est pas enseigner la langue ; et en ce qui concerne la métamorphose des règles de grammaire en compétence orale, c’est au mieux un espoir, au pire une illusion.



Sur le même thème, Cf. aussi L'approche grammaticale n'est qu'un trope culturel
par Max Cofler publié dans : La grammaire en FLE
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Lundi 12 novembre 2007

Voici un article de Carole Bianchi publié dans 20 minutes qui présente la désastreuse suite de l’Affaire du Rhône (Cf. Un Master FLE ? Pour quoi faire ?) :
 

LES COURS DU PREFET CHAHUTES PAR DES PROFS
 
Le dispositif d'apprentissage du français aux étrangers récemment annoncé par la préfecture du Rhône ne fait pas l'unanimité. Basé sur le volontariat de cent trente-sept retraités de l'Education nationale et agents de la préfecture formés depuis hier sur le campus de Bron, ce dispositif « dévalorise » les professeurs diplômés, selon un collectif d'enseignants et le syndicat Rhône-Alpes des personnels de la formation (Syrafor).
 
Ce dernier, affilié à la CFDT, a fait part de ses inquiétudes dans une lettre envoyée hier au préfet, Jacques Gérault. Tout comme le collectif de professeurs de français langue étrangère (FLE) Attaque. « Des professeurs sont formés pour enseigner le français aux étrangers. Nous avons tous entre bac + 4 et bac + 8, alors que les personnes recrutées par la préfecture vont être formées en quatre jours. Notre métier est totalement ignoré », s'indigne Aurélie Tardy, 32 ans, relais du collectif FLE Attaque.
 
Cette professeure qui enseigne depuis 1999 dans le Rhône explique par ailleurs que sa profession, où les vacations sont nombreuses, reste très précaire et méconnue. « Pour une fois qu'un projet était mis en place, nous ne sommes pas sollicités. C'est dévaloriser le diplôme que les étrangers obtiendront à la fin », poursuit-elle.
 
« Cette position n'est pas fondée, assure Alain Régnier, préfet délégué pour l'égalité des chances qui a participé à l'élaboration du dispositif. Les enseignants ne vont pas être lésés, car ils seront davantage sollicités pour faire passer les épreuves du diplôme. » Il explique d'ailleurs vouloir travailler main dans la main avec les six organismes de formation du département, qu'il doit rencontrer aujourd'hui. »
  
Alors que conclure après ce nouvel épisode ? Eh bien que malgré la mobilisation des profs de FLE, le préfet délégué Alain Régnier continue de se foutre de nous puisqu’il nous assure que nous ne serons pas « lésés, car [nous serons] davantage sollicités pour faire passer les épreuves du diplôme. » Je suis vraiment rassuré.

Cependant, juste une question : les profs de FLE ne sont-ils là QUE pour faire passer des examens ? Ou bien est-ce que, si ça ne dérange pas trop, on pourrait donner aussi quelques cours ? Quant aux retraités de l’Education Nationale et de la préfecture, puis-je suggérer qu’ils aillent tranquillement en retraite au lieu de nous piquer notre boulot !
par Max Cofler publié dans : FLE ? Questions fréquentes
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Mardi 6 novembre 2007

J’ai déjà dit mon étonnement face à tous ces profs qui utilisent des manuels en classe comme le curé utilise son bréviaire à l’Eglise (Cf. Manuel ou pas manuel ?). Cet état de fait ne cesse de me plonger dans un abîme de perplexité tant cela tranche avec ma propre pratique où les manuels se font remarquer par leur absence. Pourtant, je ne crois pas être très différent des autres profs. Peut-être suis-je juste un peu plus beau, mais bon, ça, je ne pense pas que cela influe considérablement sur l’utilisation ou non d’un manuel en classe.
 

En fait, je crois que j’ai mis le doigt sur un début d’explication. C’est tout simplement le rapport que j’entretiens à ces fameux TICE dont toute la blogosphère du FLE nous rabat les oreilles.


 
Il se trouve qu’au lycée, j’ai suivi des cours de dactylographie. Ce qui signifie concrètement qu’on nous a collé manu militari devant un écran d’ordinateur où était reproduit un clavier et le but du « jeu » était de taper sur le clavier de la même manière que nous l’indiquait l’écran. Je vous laisse imaginer le fun de l’exercice : passer des heures et des heures en tête à tête avec une machine qui ne sait que dire : « Passez au niveau supérieur. » quand elle est contente et « Recommencez ! » quand elle est pas contente.

 
Mais bon, le résultat est là : les lignes que vous lisez en ce moment ont été écrites à la vitesse de l’éclair ET avec tous mes doigts ! Combien de personnes utilisant un clavier peuvent en dire autant ? Dieu soit loué, je ne fais heureusement pas partie de ces misérables qui martyrisent leurs claviers avec juste trois doigts et qui me rétorquent fièrement : « Mais je tape assez vite avec trois doigts ! Et des fois même, j’arrive à en utiliser quatre ! ». Beurk. Ca me dégoûte.

 
Mais toute cette histoire de taper avec trois ou cinq doigts, je n’y avais jamais fait attention. Et puis récemment, j’étais dans la salle des profs à discuter avec des collègues. Tout à coup, l’un d’entre eux aperçoit les documents que j’allais utiliser ce jour-là. En l’occurrence, j’exploitais un épisode de la célèbre série Kaamelott.

 
Pour être précis, j’avais capturé des images de cinq personnages sur mon DVD et je les avais collées sur un document Word avec des bulles vides au dessus de chaque personnage. Et en bas, j’avais placé en deux colonnes un certain nombre de répliques. Les étudiants, en écoutant l’épisode, devait retrouver qui avait dit quoi. Bref, un document Word assez basique qui utilise un tableau, des images et des bulles. Pas de quoi s’extasier. Pourtant mes collègues s’exclamèrent : « Mais comment t’as fait ça ? ». Et c’est là où je me suis rendu compte avec effarement que, bien qu’utilisant Word régulièrement, ils ne connaissaient pas toute la potentialité de ce logiciel.

 
Cette conversation m’ayant mis la puce à l’oreille, j’ai commencé à chercher autour de moi des personnes pouvant taper avec tous leurs doigts, ce qui se révèle être un indice assez sûr quant à la maîtrise des TICE. Et, bien vous me croirez si vous voulez mais je n’ai trouvé personne ! Même pas les secrétaires de la fac ou tout autres personnes sensées savoir se servir d’un clavier !

 
Conclusion pour les TICE : Avant de s’enflammer sur des projets super compliqués tels que les blogs de classe, on devrait peut-être commencer par le commencement : savoir se servir d’un clavier convenablement. Car si je me fie à ma propre expérience, ce point est loin d’être un détail insignifiant. Je crois que c’est bien ces cours de dactylographie au lycée, bêtes et méchants, qui me permettent aujourd’hui de créer mes propres documents pédagogiques en une vingtaine de minutes (quand il n’y a que du texte, c’est bien entendu plus long quand je veux faire un document iconographique). D’ailleurs, d’une manière générale, j’ai l’impression que la dextérité au clavier favorise la désinhibition face aux nouvelles technologies parfois retorses, ce qui aboutit in fine à une connaissance approfondie des programmes tel que Word.

 
Conclusion pour les manuels : En ce qui concerne les sectateurs des manuels, il me semble que pour eux, le manuel n’est pas tant un choix qu’une obligation. Ne pouvant créer eux-mêmes leurs documents à la manière d’un manuel grâce aux TICE, ils photocopient des pages de manuels ou des documents authentiques. Mais dans tous les cas de figures, ils sont condamnés au photoco-pillage, c’est-à-dire à copier ce qui existe déjà, et ils ne sont jamais en situation de production. Les TICE se révèlent donc être un moyen de libérer les profs de toute tutelle « manuelesque » (car à partir du moment où le manuel est une obligation, c’est une tutelle) et de favoriser leurs créativités dans la production de documents pédagogiques.
par Max Cofler publié dans : TICE
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Vendredi 2 novembre 2007


A ma connaissance, il y a trois possibilités :
 

1/ LE CONTRAT DE LA FONCTION PUBLIQUE
 
Vous êtes un prof certifié (Capes) ou agrégé. Et vous êtes détaché de l’Education Nationale pour être rattaché au Ministère des Affaires Etrangères. C’est très avantageux si on obtient ce type de poste car le salaire est multiplié par un coefficient calculé selon le coût de la vie locale. Je crois que le salaire est au minimum multiplié par 1,5 ou quelque chose comme ça.
 

Ca a l’air plutôt cool comme ça, mais en réalité, il ne semble pas y avoir beaucoup de profs partant à l’étranger. Premièrement parce que les profs qui obtiennent un poste en France ne voient pas l’utilité de s’expatrier. Rappelons que le Français est très casanier par rapport à d’autres peuples comme les Anglo-Saxons par exemple. Et puis ajoutez à cela que bon nombre de profs se marient avec d’autres profs, du coup, il devient difficile de partir à deux.
 

Deuxièmement parce que ces profs coûtent très chers et sont incompétents en ce qui concerne le FLE. Donc, du point de vue de l’Etat, c’est une mauvaise main d’œuvre aux émoluments dispendieux, alors même qu’il y a tout un vivier de jeunes étudiants compétents, motivés et labellisés « Master FLE » qui acceptent de travailler pour un salaire de misère. Pourquoi engraisser des fonctionnaires quand on peut exploiter les petits jeunes ?
 

Toutefois, on en trouve encore un certain nombre, particulièrement des profs du primaire semble-t-il, qui sont à la tête d’Alliance française ou qui ont une part active dans les Centre Culturel Français. Mais à présent, avec notre cher président Sarkozy et la défonctionnarisation de la fonction publique mise en œuvre, il va y avoir pas mal de non renouvellements de postes dans ce secteur qui seront remplacés par des statuts plus précaires. En l’occurrence, le contrat en question sera sans doute le CRSP :
 


2/ LE CONTRAT RECRUTE SUR PLACE (CRSP)
 
C’est un contrat de 2 ans renouvelable une fois un an, donc au total, il peut durer au maximum 3 ans. Mais ça, c’est sur le papier car après, sur le terrain avec les bons pistons, il y a toujours moyen de rester plus longtemps. Ce type de contrat offre un salaire correct par rapport au coût de la vie locale. Et comme l’indique son nom, vous êtes recruté sur place, c’est-à-dire que vous êtes censé être resté au moins 3 mois dans le pays en question avant de pouvoir y travailler. Là encore, les ambassades contournent le problème en tamponnant votre passeport avec la date d’arrivée adéquate sur le territoire.
 


3/ LE CONTRAT LOCAL
 
Vous êtes payé comme tout le monde dans le pays où vous travaillez. Si vous êtes aux Etats-Unis, vous êtes payé comme un Américain. Si vous travaillez en Roumanie, vous êtes payé comme un Roumain. Alors que préférez-vous ? Etre payé à l’américaine ou à la roumaine ?
par Max Cofler publié dans : FLE ? Questions fréquentes
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