Mardi 6 novembre 2007
J’ai déjà dit mon étonnement face à tous ces profs qui utilisent des manuels en classe comme le curé utilise son bréviaire à l’Eglise (Cf. Manuel ou pas manuel ?). Cet état de fait ne cesse de me plonger dans un abîme de perplexité tant cela tranche avec ma propre pratique où les manuels se font remarquer par leur absence. Pourtant, je ne crois pas être très différent des autres profs. Peut-être suis-je juste un peu plus beau, mais bon, ça, je ne pense pas que cela influe considérablement sur l’utilisation ou non d’un manuel en classe.
En fait, je crois que j’ai mis le doigt sur un début d’explication. C’est tout simplement le rapport que j’entretiens à ces fameux TICE dont toute la blogosphère du FLE nous rabat
les oreilles.
Il se trouve qu’au lycée, j’ai suivi des cours de dactylographie. Ce qui signifie concrètement qu’on nous a collé manu militari devant un écran d’ordinateur où était
reproduit un clavier et le but du « jeu » était de taper sur le clavier de la même manière que nous l’indiquait l’écran. Je vous laisse imaginer le fun de l’exercice :
passer des heures et des heures en tête à tête avec une machine qui ne sait que dire : « Passez au niveau supérieur. » quand elle est contente et « Recommencez ! »
quand elle est pas contente.
Mais bon, le résultat est là : les lignes que vous lisez en ce moment ont été écrites à la vitesse de l’éclair ET avec tous mes doigts ! Combien de personnes utilisant un
clavier peuvent en dire autant ? Dieu soit loué, je ne fais heureusement pas partie de ces misérables qui martyrisent leurs claviers avec juste trois doigts et qui me rétorquent
fièrement : « Mais je tape assez vite avec trois doigts ! Et des fois même, j’arrive à en utiliser quatre ! ». Beurk. Ca me dégoûte.
Mais toute cette histoire de taper avec trois ou cinq doigts, je n’y avais jamais fait attention. Et puis récemment, j’étais dans la salle des profs à discuter avec des collègues.
Tout à coup, l’un d’entre eux aperçoit les documents que j’allais utiliser ce jour-là. En l’occurrence, j’exploitais un épisode de la célèbre série Kaamelott.
Pour être précis, j’avais capturé des images de cinq personnages sur mon DVD et je les avais collées sur un document Word avec des bulles vides au dessus de chaque personnage. Et
en bas, j’avais placé en deux colonnes un certain nombre de répliques. Les étudiants, en écoutant l’épisode, devait retrouver qui avait dit quoi. Bref, un document Word assez basique qui utilise
un tableau, des images et des bulles. Pas de quoi s’extasier. Pourtant mes collègues s’exclamèrent : « Mais comment t’as fait ça ? ». Et c’est là où je me suis rendu compte
avec effarement que, bien qu’utilisant Word régulièrement, ils ne connaissaient pas toute la potentialité de ce logiciel.
Cette conversation m’ayant mis la puce à l’oreille, j’ai commencé à chercher autour de moi des personnes pouvant taper avec tous leurs doigts, ce qui se révèle être un indice assez
sûr quant à la maîtrise des TICE. Et, bien vous me croirez si vous voulez mais je n’ai trouvé personne ! Même pas les secrétaires de la fac ou tout autres personnes sensées savoir se servir
d’un clavier !
Conclusion pour les TICE : Avant de s’enflammer sur des projets super compliqués tels que les blogs de classe, on devrait peut-être commencer par le
commencement : savoir se servir d’un clavier convenablement. Car si je me fie à ma propre expérience, ce point est loin d’être un détail insignifiant. Je crois que c’est bien ces cours de
dactylographie au lycée, bêtes et méchants, qui me permettent aujourd’hui de créer mes propres documents pédagogiques en une vingtaine de minutes (quand il n’y a que du texte, c’est bien entendu
plus long quand je veux faire un document iconographique). D’ailleurs, d’une manière générale, j’ai l’impression que la dextérité au clavier favorise la désinhibition face aux nouvelles
technologies parfois retorses, ce qui aboutit in fine à une connaissance approfondie des programmes tel que Word.
Conclusion pour les manuels : En ce qui concerne les sectateurs des manuels, il me semble que pour eux, le manuel n’est pas tant un choix qu’une obligation.
Ne pouvant créer eux-mêmes leurs documents à la manière d’un manuel grâce aux TICE, ils photocopient des pages de manuels ou des documents authentiques. Mais dans tous les cas de figures, ils
sont condamnés au photoco-pillage, c’est-à-dire à copier ce qui existe déjà, et ils ne sont jamais en situation de production. Les TICE se révèlent donc être un moyen de libérer les profs de
toute tutelle « manuelesque » (car à partir du moment où le manuel est une obligation, c’est une tutelle) et de favoriser leurs créativités dans la production de documents
pédagogiques.

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