
Comment maîtriser une classe turbulente? Peut-on obtenir le silence en cours ? La discipline est-elle encore possible au XXIème siècle ? Peut-on convaincre
Karim d’attendre la fin du cours pour fumer son bédo ?
A en croire les professeurs proche de la retraite, il faut désespérément répondre par la négative à toutes ces questions. Et il semble qu’il faille sombrer dans la dépression pour
les plus forts d’entre nous, quant aux plus faibles, ma foi, il existe heureusement des moyens modernes pour en finir sans douleur.
Il est vrai que la réalité fait frémir. Cela commence dès la salle des profs, lors de votre première rentrée, vous savez, LA rentrée où vous avez le trouillomètre à zéro. Là, les
collègues qui se sentent concernés par votre sort vous donnent une tape dans le dos et vous déclarent d’un regard sombre : « Il va falloir serrer la visse ! ». Lorsque vous
vous approchez de la salle de classe, les élèves sont éparpillés un peu partout, vous ouvrez la porte et toute la troupe se précipite à votre suite dans un joyeux bazar fait de rire, de cris et
de bousculades. A la suite de quoi ils s'assoient dans la salle et ce n'est qu'au bout de 10 minutes que vous parvenez à leur rappeler votre existence !
Pourtant, on vous a donné la solution : « Il faut serrer la visse ! ». Mais qu’est-ce à dire concrètement ? Avez-vous lu Le Petit Prince ? Si
vous ne l’avez pas fait, vous devriez, car ce merveilleux ouvrage traite, entre autres, du problème fondamental mais pourtant inaperçu, de la dangerosité des baobabs. Le sol de la planète du
Petit Prince recèle un grand nombre de graines, il y a les bonnes graines comme les graines de rosiers qu’il faut préserver, mais il y a les mauvaises graines, dont les plus terribles sont les
graines de baobabs. Ces dernières, à force de croître peuvent tout simplement détruire la planète avec leurs grosses racines. C’est pour cela que chaque matin, le Petit Prince prend sa pelle et
va déraciner les pousses de baobabs avant qu’il ne soit trop tard.
Voilà le problème. Si vous laissez passer une petite chose (un port de casquette en classe, un mot déplacé, un geste inapproprié), les élèves vont automatiquement passer au niveau
supérieur. Et très rapidement, vous allez vous retrouver avec d’énormes baobabs dans votre classe et ce sera la fin, votre planète-classe sera inexorablement désintégrée !
Bon, en fait, contrairement à ce que j'ai dit plus haut, en réalité, les élèves sont en général calmes le premier cours. Pourquoi ? Parce qu'ils ne savent pas encore à qui ils ont affaire. C'est
pour ça qu'il est très important de surveiller la pousse des baobabs dès le début et, donc, de "serrer la visse" ! Si vous ne jouez pas au "méchant" au début, il y a de grande chance que vous
perdiez le contrôle ensuite. Mais là encore, comment serrer cette fameuse visse ?
Selon moi, tous les problèmes de discipline viennent du fait que le prof ne maîtrise pas la nature du terrain. Par exemple : pourquoi les élèves discutent-ils avec autant
d’aisance ? Tout simplement parce qu’ils se groupent par affinité. Les amis avec les amis. C’est pour ça qu’ils ont beaucoup de choses à se dire ! Conclusion : ne serait-ce pas au
prof de placer les élèves dans la classe ?
Ainsi, au lieu de faire l’appel de votre bureau alors que tout le monde est rentré et où vous ne maîtrisez déjà plus rien, faites donc l’appel dehors avant de rentrer. Et décidez
vous-même où vous allez placer les élèves. Ce peut être tout simplement par ordre alphabétique à partir de la table de devant tout à droite jusqu’à la table de derrière tout à gauche. Bien
entendu, ceci doit se faire dès le premier cours. Ce sera plus difficile à faire après plusieurs cours car les baobabs auront poussé !
Donc ce que je retiens du Petit Prince, c’est qu’il faut faire gaffe aux baobabs et être maître du terrain.
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