C’est assez difficile car le FLE bénéficie d’une absence de reconnaissance assez remarquable de la part de l’éducation nationale. C’est bien connu, lorsqu’un prof de FLE décline sa profession, on
lui répond toujours « Prof de quoi ? ». Toute personne raisonnable vous dira qu’il faut mettre en place un Capes de FLE car les besoins sont réels. De nombreux étrangers viennent
s’installer en France et réclament des cours de FLE, particulièrement pour leurs enfants. Or, jusqu’à présent, ces cours ont toujours été pris en charge par des profs de français classique.
Autant dire que le premier cours est consacré à l’accord du participe passé avec avoir alors que les élèves ne savent même pas dire bonjour. Voici le témoignage paru sur Edufle de Virginie, prof d’histoire-géo qui rencontre le problème :
« Bonjour, Je suis actuellement professeur d’histoire-géographie, et je m’intéresse au FLE pour une raison très précise : beaucoup des parents de mes élèves, et
notamment les mamans, ne maîtrisent pas bien le français. Ils ne peuvent donc pas les aider à l’école, et bien souvent n’y mettent jamais les pieds, ne se présentent jamais aux réunions
parents / professeurs... J’envisage donc de faire du bénévolat pour donner des cours aux migrants. Pouvez-vous me conseiller une formation (courte si possible, je travaille à plein
temps !) qui me donne les bases de la didactique du FLE, et qui soit adaptée à ce public spécifique ? De +, si ça se passe bien, savez-vous si l’éducation nationale peut me détacher
quelques heures par semaine dans une asso ou une collectivité territoriale ? Merci ! »
On voit ici le problème du FLE en France dans toute sa splendeur. Virginie souhaite donner des cours bénévolement ainsi que suivre une formation en FLE « courte si
possible » parce qu’elle « travaille à plein temps ! ». Bien que je sache pertinemment que telle n’est pas son intention, il est difficile pour les profs de FLE de ne pas
prendre ce genre de déclaration comme une grande marque de mépris. Car cela semble suggérer qu’il existerait des disciplines nobles comme l’histoire nécessitant au moins une licence, et le plus
souvent une maîtrise, ainsi qu’un capes ou une agrégation pour pouvoir être enseignées. Et à côté, il existerait des sous-disciplines comme le FLE qui pourraient tout à fait se satisfaire d’une
formation « courte » et du bénévolat.
Mais que dirait Virginie si, en arrivant un beau matin dans son établissement, elle me trouvait dans sa classe d’histoire-géo et que je lui dise : « Ah ? On t’a pas
prévenue ? En fait, j’ai suivi une formation courte pour être prof d’histoire-géo. Maintenant, je suis prêt et je te remplace, et ce à titre bénévole. Donc c’est bon, on n’a plus besoin de
toi. Je suppose que tu es contente, parce que maintenant que tu n’es plus à plein temps, tu vas pouvoir te lancer à corps perdu dans une formation de FLE aussi longue que tu le souhaiteras.
Plutôt cool non ? » Sans doute qu’elle serait un peu énervée, eh bien, nous aussi, on est un peu énervés quand on voit des gens faire notre boulot sans formation et bénévolement. Mais
le pire dans l’histoire, c’est que je ne peux même pas lui en vouloir parce qu’elle ne fait qu’un geste humain que je ferais sans doute moi-même si j'étais dans sa situation.
J’ai une autre anecdote, il se trouve que j’ai fait un stage dans une association ayant pour particularité de rassembler exclusivement des profs à la retraite. Eh bien figurez-vous
que ces profs donnaient des cours de FLE parce qu’ils s’ennuyaient à la maison ! Je l’invente pas. Et encore, dans les cas que je cite ici, les gens ont au moins le bon goût d’être profs,
parce que vous avez des structures où les bénévoles ne le sont même pas.
Donc voilà, en France, le FLE est ou bien un geste humanitaire prodigué bénévolement et par bonté d’âme ou bien un passe temps de retraités en mal d’activités. Comment voulez-vous
que les profs de FLE sortent vainqueurs d’une concurrence que même les Chinois ne pourraient pas affronter, parce que même les Chinois travaillent pour un salaire, fût-il de misère !
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Tout ceci m'inspire toutefois quelques remarques qui ne seront peut-être pas du goût de tout le monde. Certes le fle est dévalorisé et les professionnels ne sont pas reconnus à leur juste valeur mais que dire des filières qui proposent ces formations. Personnellement je trouve qu'une licence et un master pour préparer à être prof de fle c'est quand même une vaste blague. Que fait-on durant ces longues heures scotchés aux bancs de la fac : on brasse du vide, on jongle avec des concepts fumeux et on vernit l'égo de didacticiens (ces losers, pas assez brillants pour la linguistique). Rien de tel en revanche que l'expérience, la seule façon, à mon avis, de se faire la main et de devenir compétent. Je note également l'hypocrisie de ces filières qui se développent comme des champignons alors qu'elles savent pertinemment qu'il n'y a pas de boulot à la sortie. Mais c'est aussi à nous, gens responsables et adultes de ne pas nous engouffrer dans la brèche et de ne pas nous laisser endormir par des rêves d'horizons lointains et d'expériences backpackers.
Dernière remarque : je ne voudrais pas non plus que les professionnels du fle tombent dans une amnésie et une hypocrisie de circonstance. Avant cet engouement récent pour le fle, la horde de profs que les filières ont formés et l'attirail didactique qui en a découlé, beaucoup d'étrangers (que ce soit en France ou à l'étranger) ont appris le français entre les mains de "non-professionnels". Parlent-ils plus mal que la nouvelle génération de bienheureux? Je vous laisse le soin de répondre.