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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 14:44


La tolérance est de l’ordre de la passivité. Lorsqu’un prof dit qu’il tolère un élève en classe, on comprend qu’il accepte sa présence en cours mais qu’il n’apprécie pas particulièrement son comportement. Il se passe la même chose au niveau d’une société : le Gaulois peut très bien tolérer l’étranger qui vit à côté de lui, mais ce n’est pas pour autant qu’il y a compréhension, ni non plus d’animosité d’ailleurs. Il y a simplement acceptation de la présence d’autrui mais cela ne va pas plus loin. C’est la voie de l’indifférence : on ne cherche pas à connaître autrui, ce dernier ne cherche pas à me comprendre, et tout le monde vit sa vie dans son coin. Ca, c’est pour quand ça se passe bien.
 

Car la tolérance peut connaître différents degrés. Par exemple, dans tel pays, peut-être que le fait d’être blanc sera tout à fait insignifiant, mais si vous ajoutez que vous êtes homosexuel, vous pourriez éventuellement être mal vu, pris à parti verbalement ou même molesté bien que la loi vous protège.
Si ma mémoire est bonne, le Pacs en France n’est pas passé comme une lettre à la poste. Il y a bel et bien eu un débat animé à l’Assemblée, et bien sûr dans la société française, pour savoir si on accepterait cet ersatz de mariage gay. Alors imaginez ce qui peut se passer dans le pays d’un Armaninedjad qui va jusqu’à nier l’existence d’homosexuels en Iran !
 

Mais sans aller jusqu’à ces exemples caricaturaux, on peut tout simplement observer le comportement des Américains. Il est connu que lorsque leurs militaires viennent s’installer dans un pays, ils importent avec eux le mode de vie américain : les voitures américaines, la nourriture américaine, les supermarchés américains et bien sûr la langue américaine. Ils ne se disent pas spontanément : « Tiens, et si nous essayions de comprendre la culture des gens du coin. »
Ce qui ne signifie pas que les Américains soient intrinsèquement méchants ou intolérants, cela veut simplement dire que l’interculturel ne fait pas partie de leur logiciel intellectuel. Et on sait combien ce manque est problématique pour eux lorsqu’ils doivent gérer des populations (comme en Irak par exemple) dont ils ignorent tout.

 
On mesure donc par contraste avec la tolérance, qui fonctionne a minima et qui connaît différents degrés, l’exigence de l’interculturel qui ne se satisfait pas d’une simple acceptation passive, mais qui implique une reconnaissance explicite et une compréhension profonde d’autrui. Si la tolérance est je crois heureusement présente dans beaucoup de pays, l’interculturel me semble beaucoup plus rare. Et pour tout dire, je me demande même si elle a jamais existé avant l’Union. Car si la tolérance est partagée par bon nombre de pays, l’approche interculturelle me semble une création spécifiquement européenne.

 
Et même dans ce cas, on peut encore se demander si l’interculturel existe réellement au sein même de l’Union. Car après tout, nous autres Français, après toutes ces années, connaissons-nous vraiment si bien que ça les mentalités des Allemands, des Anglais et des Espagnols ? Je n’en suis pas sûr. Et c'est bien pour cela que le Cadre fixe pour objectif la sensibilisation à l'interculturel dans les cours de langues.


Tout cela pour dire que si la distance qui sépare l'intolérance de la tolérance relève du truisme, force est de constater que la distance qui existe entre la tolérance et l'interculturel est le plus souvent ignorée.  Pourtant, si nous voulons vraiment faire avancer l'interculturel dans l'Union, il faudra commencer par prendre conscience de cette différence.


(Note : sur le même thème, vous pouvez également lire L'interculturel est-il un ethnocentrisme ? )

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