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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 17:08


Comme je l’ai déjà dit, nous avons bien des raisons d’interroger la pertinence de la grammaire en cours de FLE (Cf. La grammaire ? Pour quoi faire ?). Pourtant, elle est vécue comme un passage obligé non seulement par les profs, mais également par les élèves eux-mêmes, ce qui est déjà plus étonnant. Alors pourquoi ? Pourquoi les profs se sentent obligés de faire de la grammaire alors qu’ils constatent à longueur de cours que ça ne rentre pas ? Et pourquoi les élèves attendent inconsciemment un cours de grammaire qui va consciemment les ennuyer ?

 
Et ces questions se révèlent encore plus aiguës lorsqu’on remarque que des millions et des millions de personnes à travers le monde maîtrisent plusieurs langues, ou dialectes, non seulement sans avoir suivis le moindre cours de grammaire, mais en plus sans avoir été à l’école et même sans savoir ni lire ni écrire ! Dès lors, face à un fait aussi énorme, comment soutenir que la grammaire est une nécessité pour apprendre quelque que langue que ce soit ?
 

La réponse à ces interrogations me semble être une évidence : l’identification entre cours de langue et cours de grammaire est la conséquence d’habitudes culturelles. Ainsi, l’approche grammaticale « spontanée » des profs est en réalité complètement déterminée par la culture occidentale. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un regard sur les racines de notre civilisation.

 
Historiquement, on peut voir l’origine de la grammaire chez les Grecs qui, non content d’avoir inventés la philosophie exprès pour martyriser les élèves de terminales, ont également inventé la logique pour faire bonne mesure. Et cette logique, en tant que métadiscours sur la langue, peut donc être vu comme l'origine de la grammaire moderne.

 

Ensuite, cette logique s’est perpétuée pendant tout le Moyen Age dans les monastères. Parce qu’à l’époque, il faut savoir que les gens ne disposaient pas du câble, ils ne pouvaient donc regarder ni la Star Ac ni Pop Star, c’est dire si c’était la misère intellectuelle. Alors comme ils n’avaient que ça à faire, ils ont continué à perfectionner la logique.

 
Et en 1530, il arriva ce qui devait arriver : John Palsgrave rédigea la première grammaire française pouvant véritablement porter ce nom. En parlant de nom, vous aurez certainement reconnu à la sonorité particulièrement disgracieuse de son patronyme que le premier grammairien de la langue française est un ressortissant de la perfide Albion. Franchement, je savais que les Anglais nous détestaient, mais delà à nous infliger une grammaire !

 
Et après ça, bien entendu, tout est très rapidement parti en quenouille avec Du Bellay (Défense et illustration de la langue française, 1549), Vaugelas (Remarques sur la langue française, utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire, 1647), etc. Jusqu’à aboutir à la grammaire actuelle et à notre brave prof de français qui rentre dans la salle en s’exclamant : « La leçon d’aujourd’hui sera spontanément consacrée aux exceptions de l’accord du participe passé avec les verbes pronominaux. Veuillez prendre spontanément votre Bescherelle page 379. »
 

L’approche grammaticale n’a donc rien d’une évidence pédagogique, mais a tout du trope culturel. Evidemment, ce fait n’est pas une raison suffisante pour jeter la grammaire aux orties. Cependant, du déterminisme culturel au préjugé pédagogique il n'y a qu'un pas. Pas vite franchi et qui pourrait interdire de penser d'autres modes d'enseignement de la langue. Ainsi, avoir en tête ce fait a le mérite de placer la grammaire là où elle doit être, c’est-à-dire comme une simple approche parmi d’autres.



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commentaires

snore stop 26/11/2013 11:06

It should not be made a mandate for the children to study the grammer unless they really want to. There is ni use for the students to be made to rote learn the various texts as it will not do them any good!

Captain Van Der Leen 01/03/2008 06:37

Que de haine et que de préjugés concernant ce webmestre dont je trouve les articles plutôt intéressants, bien que parfois un peu définitifs ! Et bien, n'en déplaise à certaines, les enseignants de FLE sont bien "spécialisés", la preuve m'en a été apportée par l'incompétence crasse de professeur linguistes d'université (avec la panoplie de doctorat et d'agrégation qui va avec), incapables de produire un cours pour débutants qui tiennent la route. Je suis moi-même linguiste, donc je comprends l'énervement que peuvent susciter certains des commentaires de ce blog. Mais peut-être faut-il faire preuve d'un peu de tolérance et de modestie de part et d'autre, et considérer que la formation FLE est une VRAIE formation universitaire, dépassant même celle du CAPES ou de l'agrégation pour ce qui concerne la pédagogie ou la didactique! Bref, les contenus théoriques du FLE et l'expérience sur le terrain avec des non-natifs amènent à avoir une VRAIE réflexion sur la nature du langage, à la fois théorique et pratique.
Quant à la grammaire, Mme Sophie, sachez que les parties du discours ont été remises en question par Saussure lui-même dans son Cours de Linguistique Général (mais peut-être ne l'avez-vous pas lu en entier). En effet, le fait qu'elle nous soit héritée des langues anciennes, comme notre cher Webmestre l'a dit, dénaturait la représentation subjective que les sujets parlants en avait, la seule légitime chez les sujets parlants. S'il est vrai que ceux qui apprennent une langue n'ont pas cette représentation, c'est néanmoins à l'enseignant de la leur fournir, usant pour cela d'autres moyens que ceux utilisés par le découpage normatif (et donc niant la langue en tant que système synchronique)de la grammaire traditionnelle. Vous voyez, Mme Sophie, qu'on peut parfaitement être linguiste, enseignant de FLE et connaître sa leçon. Du coup, c'est vous qui me semblez manquer de crédibilité, avec une attitude qu'un monsieur mort en 1913 dénonçait déjà comme réactionnaire.

sophie 21/12/2007 14:05

Une meilleure connaissance de la grammaire vous aurait au moins permis d'éviter les très nombreuses et grossières incorrections qui fleurissent un peu partout dans vos papiers!

Pour ce qui est du contenu des 'articles' (les réflexions sur la langue et son enseignement), vous faites penser à quelqu'un qui, persuadé que la terre est plate, se proposerait d'alimenter le débat scientifique du XXIe siècle.


En cherchant bien sur votre blog, on en apprend un peu sur votre parcours : "J’avais une maîtrise de philo et je ne parlais aucune langue étrangère. J’étais donc bien loin du FLE. Mais j’ai pu constituer un dossier de validation d’acquis et, après un entretien, j’ai été accepté en Master FLE."

On devine que vous en êtes le premier surpris, et vous avez mis en évidence le problème : Le Master, où les professeurs d'université acceptent le premier quidam venu pour justifier leur propre emploi. Ils savent qu'il y a peu de débouchés et que la profession souffre d'une cruelle dévalorisation dans la société. Pensez-vous qu'ils s'attaqueraient au problème en commençant par sélectionner des candidats linguistes (sciences du langage + licence FLE) et en diminuant les effectifs ? Que nenni : Ils engrangent des noms sans se préoccuper de leur formation et produisent des chiffres à la fin de l'année, ce qui leur permet de recommencer l'année suivante. Inutile de dire que le temps manque pour aborder les multiples facettes d'un métier qui nécessite de solides connaissances en linguistique et en sciences de l'éducation.

Ce n'est donc pas vous que je blâme, mais les universitaires qui vous ont concocté un diplôme bidon!!

Tout n'est pas perdu pour vous, qui semblez, c'est déjà ça, passionné par ce que vous faites :
Que pensez-vous d'une VRAIE formation de FLE (linguistique : Qu'est-ce qu'une langue, de quoi se compose-t-elle, comment fonctionne la langue française? + didactique : Comment l'enseigner?)? Vous comprendriez que la grammaire n'est pas un monstre hirsute qu'il faut à tout prix éviter, mais bien une composante de base de la matière (la langue) que vous avez avez choisi d'enseigner.

Mieux vaut tard que jamais, vous débutez dans la profession et il n'est jamais trop tard pour apprendre. Mais s'entêter dans le déni relèverait de l'obscurantisme et porterait un coup fatal à votre crédibilité.

LOUBATIERES 18/12/2007 23:45

Je ne vois pas en quoi le "trope culturel" pourrait définir qualitativement et péjorativement cet enseignement? Il suffit que l'enseignement de la grammaire soit critique - ce que devrait être tout enseignement - pour que soit renvoyé un tel article à son arrière-plan "baba cool" et didacticien! Apprendre une langue n'est pas communiquer, communiquer n'est pas apprendre une langue: les résultats sont là! L'incroyable inculture de nombre de "spécialistes" (?!) du "FLE" en serait la preuve, s'il était besoin encore d'en donner! Un article... Café du Commerce.COM, quoi!

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