Je voudrais ici répondre à une question posé par Cecilia qui s'étonnait, à juste titre d'ailleurs, que je mette natif et prof de FLE dans le même panier dans Pourquoi les natifs sont-ils nuls en grammaire ?
En résumé, j'exprimai le malaise que je ressentais parfois à faire face à certaines questions de grammaire peu orthodoxes de la part de mes élèves. Pour comprendre cette gêne, j'expliquai que les connaissances langagières du natif s'enracinaient dans un socle d'intuitions linguistiques acquis depuis la petite enfance. Le savoir langagier étant ainsi intégré à un niveau inconscient dans l'esprit du natif, on peut supposer que les règles utilisées pour constituer des phrases bien formées existent sous la forme d'intuitions linguistiques. Et ces dernières se révèlent être un avantage précieux pour le locuteur natif en le dispensant de monopoliser ses ressources mentales sur les moyens de structurer son discours.
Il semble indéniable que ceci s'applique à tout natif, mais la question, fort logique, que pose Cécilia est alors de savoir si cette incapacité s'applique au prof de FLE, dont le métier est précisément d'enseigner sa langue maternelle. En d'autres termes, la question est : les profs de FLE sont-ils des natifs comme les autres ? Pour ma part, j'avoue que je n'ai pas l'impression qu'une différence de nature me sépare d'un locuteur natif ordinaire. Il y a bien une différence de degré dans ma connaissance de la langue française dans la mesure où, étant face à des élèves, je suis forcé d'être un peu au point sur la grammaire.
Cependant, je me rends de plus en plus compte que je ne peux être opérationnel que sur les points de grammaire étudiés dans les grammaires ou les ouvrages de linguistiques. Mais dès que les élèves me font sortir des sentiers battus, je suis complètement paumé. J'ai eu le cas récemment d'élèves me demandant de préparer une leçon sur les verbes à préposition : quand utilise-t-on de, à, pour, etc. devant un verbe ? D'abord, je ne m'étais jamais rendu compte de ce phénomène qui se rapproche des verbes à particules en anglais. Encore une fois, un phénomène pourtant évident qui passe complètement inaperçu de la plupart des natifs.
J'ai donc voulu faire mon boulot correctement, je suis allé consulter les ressources disponibles dans les grammaires et sur le net. La seule chose que j'ai trouvée est une liste de verbes accompagnés de leurs prépositions, le tout sans aucune explication. Du coup, je me demande si l'absence d'explication vient du fait qu'il n'y en a objectivement aucune, et qu'il faut par conséquent apprendre par coeur les verbes avec leurs prépositions. Ou bien si ces explications existent, mais pour les raisons que je viens d'avancer, elles ne peuvent pas être formulées par les natifs.
Je n'ai pas encore d'avis définitif sur le sujet, mais je me demande tout de même si un prof de FLE peut dépasser sa condition de natif, c'est-à-dire s'il est en capacité de ne plus avoir un rapport intuitif avec sa langue, mais d'avoir un rapport objectif et analytique. Evidemment, tant que nous restons entre gens de bonne compagnie, c'est-à-dire entre natifs, cette interrogation n'a absolument aucune consistance. Mais à partir du moment où les apprenants commencent à vous poser des colles, c'est-à-dire lorsqu'ils ont assimilé la grammaire classique, et que, par ailleurs, vous vous rendez compte que tout le savoir grammatical que vous avez dans le crâne ne sert à rien pour affronter ces colles, la question devient très concrète.
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