Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 09:05

 



Je voudrais ici répondre à une question posé par Cecilia qui s'étonnait, à juste titre d'ailleurs, que je mette natif et prof de FLE dans le même panier dans Pourquoi les natifs sont-ils nuls en grammaire ?

 


En résumé, j'exprimai le malaise que je ressentais parfois à faire face à certaines questions de grammaire peu orthodoxes de la part de mes élèves. Pour comprendre cette gêne, j'expliquai que les connaissances langagières du natif s'enracinaient dans un socle d'intuitions linguistiques acquis depuis la petite enfance.



Le savoir langagier étant ainsi intégré à un niveau inconscient dans l'esprit du natif, on peut supposer que les règles utilisées pour constituer des phrases bien formées existent sous la forme d'intuitions linguistiques. Et ces dernières se révèlent être un avantage précieux pour le locuteur natif en le dispensant de monopoliser ses ressources mentales sur les moyens de structurer son discours.




Cependant, ce système possède des zones d'ombre car du fait de ce rapport immédiat avec sa langue, le natif ne dispose pas du recul nécessaire pour pouvoir saisir sa langue comme un objet. Autrement dit, le natif éprouve quelques embarras à occuper le point de vue d'un observateur impartial qui pourrait analyser les mécanismes linguistiques de sa langue.



Par conséquent, si l'intérêt de l'intuition linguistique repose dans l'immédiateté de son jugement quant à la grammaticalité d'un énoncé, son défaut apparaît dans une limitation de la réflexion sur la langue du fait des phénomènes se trouvant hors du champ perceptif du natif.

 



Il semble indéniable que ceci s'applique à tout natif, mais la question, fort logique, que pose Cécilia est alors de savoir si cette incapacité s'applique au prof de FLE, dont le métier est précisément d'enseigner sa langue maternelle. En d'autres termes, la question est : les profs de FLE sont-ils des natifs comme les autres ?




Pour ma part, j'avoue que je n'ai pas l'impression qu'une différence de nature me sépare d'un locuteur natif ordinaire. Il y a bien une différence de degré dans ma connaissance de la langue française dans la mesure où, étant face à des élèves, je suis forcé d'être un peu au point sur la grammaire.


 


Cependant, je me rends de plus en plus compte que je ne peux être opérationnel que sur les points de grammaire étudiés dans les grammaires ou les ouvrages de linguistiques. Mais dès que les élèves me font sortir des sentiers battus, je suis complètement paumé.




J'ai eu le cas récemment d'élèves me demandant de préparer une leçon sur les verbes à préposition : quand utilise-t-on de, à, pour, etc. devant un verbe ? D'abord, je ne m'étais jamais rendu compte de ce phénomène qui se rapproche des verbes à particules en anglais. Encore une fois, un phénomène pourtant évident qui passe complètement inaperçu de la plupart des natifs.


 


J'ai donc voulu faire mon boulot correctement, je suis allé consulter les ressources disponibles dans les grammaires et sur le net. La seule chose que j'ai trouvée est une liste de verbes accompagnés de leurs prépositions, le tout sans aucune explication. Du coup, je me demande si l'absence d'explication vient du fait qu'il n'y en a objectivement aucune, et qu'il faut par conséquent apprendre par coeur les verbes avec leurs prépositions. Ou bien si ces explications existent, mais pour les raisons que je viens d'avancer, elles ne peuvent pas être formulées par les natifs.


 


Je n'ai pas encore d'avis définitif sur le sujet, mais je me demande tout de même si un prof de FLE peut dépasser sa condition de natif, c'est-à-dire s'il est en capacité de ne plus avoir un rapport intuitif avec sa langue, mais d'avoir un rapport objectif et analytique.

 

 

 

Evidemment, tant que nous restons entre gens de bonne compagnie, c'est-à-dire entre natifs, cette interrogation n'a absolument aucune consistance. Mais à partir du moment où les apprenants commencent à vous poser des colles, c'est-à-dire lorsqu'ils ont assimilé la grammaire classique, et que, par ailleurs, vous vous rendez compte que tout le savoir grammatical que vous avez dans le crâne ne sert à rien pour affronter ces colles, la question devient très concrète.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

mline 10/01/2010 14:04


Ce problème se retrouve aussi dans l'enseignement du FLM (j'ai enseigné les deux, FLE et FLM). Et franchement, à chaque fois mes réponses ont été différentes, calées au niveau et à la nationalité
de mes publics (du storytelling à la gestuelle.)
Idem pour la prononciation, qui dépend des barrières articulatoires linguistiques spécifiques à chaque public... Sauf que pour la prononciation, on peut la faire passer pour une discipline sportive
... A vos glottes, prêts, partez! ^^


paule 13/02/2009 04:01

Cela pose aussi le problème de la formation du professeur de fle, cette formation qui devrait permettre de le différencier de la personne qui s'improvise professeur de français en raison de sa seule qualité de Français.

J'ai passé une mention des licences puis une maîtrise de fle dans l'espoir d'obtenir des réponses concrètes sur tous ces points de grammaire épineux pour le professeur débutant (et le moins débutant: l'article, les prépositions, les différents temps du futur...En vain.
Cependant, l'expérience et une réflexion personnelle fondée sur les phrases d'exemples m'ont permis de trouver beaucoup de réponses.
Mais je confesse que lors de mes débuts, j'étais incapable d'éclairer mes étudiants sur certains points et j'ai le sentiment de n'avoir pas rempli correctement mon rôle d'enseignant malgré toute ma bonne volonté.

D'autres problèmes existent pour moi: comment (peut-on?) enseigner la prononciation?

Marie-Eve 23/01/2009 11:18

L'objectivation du rapport que l'on entretient à la langue et la prise conscience de ses propres représentations linguistiques sont des effets, parmi d'autres, d'une bonne formation en linguistique, dont devraient bénéficier tout qui se destine à l'enseignement du FLE, sous peine de devoir baser ses cours sur ses intuitions, qui ont, comme vous l'avez montré, leurs limites, ou, ce qui est peut-être pire, sur les supports pédagogiques dont la référence reste la grammaire traditionnelle, le plus souvent incohérente et peu valide.

Présentation

  • : ACIDE FLE
  • : Blog d’un prof de Français Langue Etrangère (FLE) proposant ses idées de cours ainsi que ses réflexions sur le métier de prof.
  • Contact

Recherche

Archives

Pages

Liens