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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 09:51

 

 

 

 

Voilà une égalité qui s'établit souvent dans pas mal de tête : prof de FLE = natif. Certes, l'équation peut apparaître comme logique au premier abord. Si je veux apprendre le français, je ne vais en aucun cas m'adresser à un ressortissant de Turquie, de Chine ou de Papouasie, et encore moins à ceux qui viendraient de contrées encore plus exotiques comme Mars, Pluton ou le Royaume-Uni. Non, je vais forcément faire appel à un vrai Français de France labellisé origine contrôlée (j'informe les plus vicieux d'entre vous que je n'indiquerai pas où on colle la pastille rouge).



Mais en ne jurant que par l'origine française de l'enseignant, on donne dans un fâcheux préjugé consistant à dénigrer injustement les profs allophones et à placer le prof natif sur un illégitime piédestal. En vérité, je crois que tout « professionnel de la profession » sera d'accord pour relativiser l'idée fort répandue voulant qu'un bon enseignant de FLE soit nécessairement un natif. Car les profs natifs ne sont pas sans défauts ni les profs allophones sans qualités.

 

 


Ainsi, des profs de FLE tout à fait compétents, tant sur le plan de l'enseignement que de la langue, m'ont rapporté que leur CV avait été maintes fois recalé sur ce seul fait qu'ils avaient l'impardonnable défaut de ne pas être Français. Et ils ont eu beau présenter leurs plus plates excuses dans un français que n'aurait pas renié Molière, rien n'y a fait.



Le problème est qu'au lieu de juger les gens sur leurs compétences réelles, on les sélectionne d'après la possession ou non d'un bout de papier. Et c'est ainsi qu'on arrive à des situations absurdes où des employeurs refusent des profs allophones compétents et embauchent des natifs incompétents.

 

 


L'erreur de ces recruteurs, très classique, très tenace, est de considérer qu'avoir la langue française comme langue maternelle s'avère nécessaire et suffisant pour enseigner le français. Mais ils semblent ignorer complètement que la compétence essentielle à un prof de langue, ce n'est pas seulement la langue en elle-même, mais c'est aussi la compétence pédagogique. Et le fait d'être natif ou allophone n'a absolument aucune incidence sur ce point.



Ainsi, au lieu de se poser la vraie question : cette personne est-elle un bon prof ? On se pose cette question absurde : cette personne est-elle française ou non ? Alors même qu'à l'évidence, entre un prof allophone disposant d'une grande expertise de l'enseignement du FLE et un natif sans expérience, il faut évidemment choisir le premier plutôt que le second.

 

 


En réalité, les profs allophones et natifs ont chacun leurs défauts et leurs qualités et, selon l'objectif, il vaudra mieux utiliser l'un plutôt que l'autre. Par exemple, s'il s'agit de dispenser des cours de conversation, le natif se révèle alors imbattable. Il sait mieux que quiconque faire la part entre les phrases qui se « disent en français » et celles qui ne se « disent pas en français ». Il apparaît également comme le meilleur pour expliquer les différents registres de langue. Bref, il est le plus performant en ce qui concerne le français oral et contemporain.

 

 


En revanche, en ce qui concerne d'autres compétences, comme l'enseignement de la grammaire, c'est-à-dire l'explicitation du fonctionnement d'une langue via un métalangage, je ne suis pas du tout sûr que le prof natif soit plus performant que l'allophone.



Et je suis même à peu près convaincu du contraire. Car l'enseignant allophone a un regard sur la langue française beaucoup plus objectif, donc plus à même d'être explicatif, que le prof Français qui restera toujours plus ou moins englué dans sa langue maternelle.

 

 


Et sans même parler de la maîtrise de la langue, les enseignants allophones peuvent faire valoir ce simple fait d'avoir déjà vécus ce qu'ont vécu et ce que vont vivre les apprenants. Ils possèdent donc, par rapport aux profs natifs, l'incomparable avantage d'avoir fait l'expérience d'apprendre le français en tant que L2.



Ils ont par conséquent bien plus de facilité à se mettre dans la peau de leurs apprenants. Ce phénomène étant décuplé si la langue maternelle du prof est identique à celle des apprenants.



Dans ces conditions, l'enseignant peut savoir a priori quelles erreurs les apprenants vont commettre et donc les traiter très en amont. Dans les mêmes conditions, le prof natif sera complètement insensible aux influences de la L1 sur la L2, à moins de maîtriser la langue maternelle des apprenants.Mais ceci n'est pas toujours possible, dans ce cas, le prof natif ne pourra résoudre les problèmes linguistiques des apprenants que plus difficilement.



Ainsi, les profs allophones n'ont donc pas à rougir de leurs compétences, bien au contraire. Et certains employeurs ne devraient ni avoir une si haute opinion des profs natifs, ni une si mauvaise des profs allophones.

 

 


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