Des mauvais cours magistraux, on en a tous vu, c’est celui où l’enseignant, à peine entré dans la salle de classe, s’assoie prestement derrière son bureau, tire une pile de notes de cours de son
cartable ainsi qu’une petite bouteille d’eau (généralement 50 cl.). Puis, après s’être dûment raclé la gorge, lance un bref « Bonjour », prend sa voix la plus monocorde possible et entame la
lecture d’un discours qui durera deux heures, mais on a l’impression que ça fait plus.
Les élèves, quant à eux, ne déploient que de faibles efforts pour être attentifs et, au bout de 10 minutes, les plus coriaces finissent tout de même par s’endormir tandis que les plus artistes
tracent de gracieuses arabesques sur leurs cahiers de note. L’assistance ne sera finalement tirée de son sommeil de Belle au Bois dormant qu’au : « Est-ce qu’il y a des questions ? », signifiant
que l’orateur est parvenu à la fin de la pile et que la séance est terminée.
Dans ce type de cas, tout le problème tient dans le mauvais usage des notes de cours, qui sont simplement lus, entraînant la linéarité du discours, l’uniformité de la voix et le statisme du corps
de l’orateur. Mais pour moi, le grief essentiel se résume dans le manque patent d’improvisation.
On ne souligne généralement pas assez l’importance de ce point dans la bonne marche des cours magistraux. Si vous vous contentez de lire un discours, l’auditoire décrochera à coup sûr car le
cerveau humain n’est pas conçu pour intégrer linéairement des données, à la manière des ordinateurs. Il faut donc présenter les données de manière non-linéaire et il se trouve que l’improvisation,
c’est-à-dire le ton normal d’une discussion, fait de retours en arrière et d’hésitations, convient à merveille pour ce but.
Cependant, l’orateur ne peut pas non plus arriver les mains dans les poches, sans avoir préparé son intervention (sauf dans le cas où il domine son sujet à la perfection). Donc, il faut que le
discours soit à la fois improvisé et non-improvisé. Comment résoudre cette contradiction ?
Tout commence avec le statut attribué aux notes de cours. Pour ma part, je les considère comme l’étape préparatoire de mon cours magistral, mais non pas comme son aboutissement. Car je ne compte
pas les lire, elles constituent un simple aide mémoire en cas de trou. Mes notes sont tronçonnées en petites unités et, au-dessus de chacune d’entre elles, je mets un gros titre en gras (taille 18
minimum) qui résume la partie. En cas de pertes de mémoire, mon objectif est de lire juste les titres, et si je suis vraiment amnésique, je relis rapidement le paragraphe lui-même (où j’ai pris
soin de mettre en gras les mots clés). Mais tout cela, c’est vraiment en cas de problèmes.
Car quand j’entre dans la salle, je sors de mon sac, non pas des notes de cours, mais une pile d’images (une vingtaine environ, mais ça peut-être plus) et je les scotchent sur le tableau. J’aime
particulièrement le premier cours, car j’effectue l’opération sans un mot et généralement, les élèves se regardent, l’air perplexe, regardent les images, essayent de deviner ce dont il s’agit.
Déjà, je pique leur curiosité sans avoir rien dit.
Alors ces images, que sont-elles ? Lors de la rédaction de mes notes de cours, j’associe aux étapes clés certaines images trouvées sur Internet. Ainsi, lorsque je parle devant mes élèves, je ne
regarde pas mes notes de cours, mais le tableau avec ces images. Je précise que ces images n’ont pas nécessairement un rapport figuratif avec mon discours, c’est-à-dire que si je parle de la
citoyenneté, je n’aurais pas forcément la photo d’un citoyen, mais l’image de Marianne ou d’un drapeau français. Et il n’est pas nécessaire non plus que les élèves comprennent la signification de
toutes les images, elles sont là juste pour vous.
Ainsi, en cours, lorsque vous serez en face de ces images, vous vous souviendrez de pourquoi vous les avez choisies et le contenu de vos notes vous reviendra naturellement à l’esprit. Vos yeux ne
seront donc pas occupés à chercher une phrase dans un texte, mais vous pourrez regarder votre auditoire. Vous ne serez pas obligé d’être assis pour lire, mais vous pourrez, à loisir, être debout,
face à vos élèves, dans une position où vous pourrez improviser votre discours sans souci. Ne serais-ce qu’en demandant aux élèves « Et ça, qu’est-ce que c’est ? » en montrant une image. Ca n’a
l’air de rien, mais ça pose d’emblée une interaction entre vous et l’auditoire, ce qui facilite grandement le travail d’improvisation. Vous n’avez plus qu’à soupoudrer le tout d’humour et je vous
promets que vous ferez un cours plus que correct.
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