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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 10:48




Récemment, on m'a sollicité pour une série de cours sur les différentes méthodologies du FLE. Je me suis dit : « Bon, c'est pas le sujet le plus passionnant, il va falloir en mettre un coup pour faire passer ça. ».

 

 


Aussi, afin de capter un maximum l'attention de mes auditeurs, j'ai tenté d'adapter la fameuse technique du storytelling au cours magistral, c'est-à-dire d'enseigner les différentes méthodes de FLE à travers des histoires et des anecdotes.

 

 


Je me souviens d'une planche de Kid Paddle (désolé, on a les références qu'on peut) qui présente parfaitement cette technique. Kid s'ennuie ferme lors d'un cours d'histoire et, tout à coup, le prof ouvre une parenthèse : « Pour la petite histoire, sachez que... » et il se met à raconter les errements atroces d'une comtesse qui massacra des jeunes vierges pour se baigner dans leur sang afin de rester toujours jeune. A ce moment, Kid se réveille et écoute l'anecdote avec la plus grande des attentions. Ensuite, l'enseignant ferme la parenthèse, poursuit son cours et Kid se rendort.

 

 


Cette bande dessinée, tout innocente qu'elle paraisse, illustre à merveille l'emploi possible du storytelling en pédagogie. Car, effectivement, je pense qu'on a tous eu un prof qui, au détour d'une phrase, s'est mis à nous raconter une « petite histoire », pas forcément sanguinolente comme celle de Kid, mais néanmoins tout à fait passionnante sur tel ou tel sujet. Et à ce moment, contrairement à l'habitude, nous étions tout ouïe. Alors pourquoi ?

 

 


A cause de la structure même du récit : situation de départ / problème / résolution du problème. L'auditeur est tenu en haleine tout le long de ce développement jusqu'au dénouement final.

 

 

 


Cependant, un exemple valant mieux qu'un long discours, je m'empresse de vous en livrer un. Ce dernier ne provient pas de mon cours que je considère comme très imparfait à côté de ce que j'aurais pu faire. Aussi vais-je vous fournir un exemple issu d'un ouvrage dont je vous recommande chaudement la lecture : Les grandes aventures du théâtre de Guy Leclerc.

 

 

 


En effet, l'auteur y utilise très largement la technique du storytelling comme en témoigne déjà le titre, sans pour autant le savoir puisque le livre date de 1965. Cependant, il est indéniable que c'est bien cette technique qui est utilisée puisque les critiques de l'époque dirent spontanément : « ce livre se lit comme un roman d'aventure ».

 

 

 


On le constatera aisément en parcourant le début de l'ouvrage concernant la tragédie grecque. Franchement, quoi de plus ennuyeux que la tragédie grecque ? Et pourtant :

 

 

 


« Ils sont plus de 15 000 sur les gradins en bois du théâtre de Dionysos, à flanc de colline, en pleine nature, sous le ciel lumineux de l'Attique. Ils sont là depuis le matin et ils y resteront jusqu'au coucher du soleil. Les représentations commencent dès le lever du jour. Il le faut bien, car il y a quatre ou cinq pièces à voir, comportant des danses, des intermèdes lyriques... et des entractes bien entendu.

 

 


Si l'un de nous, a écrit Nietzsche, se trouvait soudain transporté à une représentation théâtrale à Athènes, sa première impression serait d'assister à un spectacle étrange et barbare. Le fait est que nous devons faire un gros effort d'imagination pour nous représenter cette extraordinaire kermesse bruyante et bariolée. Les places du premier rang sont réservées aux magistrats, aux prêtres et à ceux qui ont reçu le privilège de la « préséance ». Les femmes sont groupées sur les gradins les plus élevés. On regarde, on écoute, on mange, on boit, on s'interpelle d'une travée à l'autre.




De temps en temps, des acclamations s'élèvent pour remercier un généreux chorège qui vient de faire distribuer à ses frais des gâteaux et du vin (Le chorège, c'est le commanditaire, un des citoyens aisés qui prennent à tour de rôle la charge du spectacle). Parfois aussi des discussions éclatent, voire des bagarres. Alors les rhabdonques (porteurs de baguettes) chargés de la police du théâtre, interviennent avec promptitude. » (Leclerc Guy, Les grandes aventures du théâtre, Les éditeurs Français réunis, 1965, p.9-10)

 

 

 


Voilà comment on peut faire passer aisément un savoir a priori soporifique grâce au storytelling. Il me paraît donc indéniable que les enseignants auront beaucoup à retirer de cette technique.

 

 

 


Cependant, je crains que l'image négative du storytelling en politique n'hypothèque son introduction dans les salles de classe à cause du risque de perdre de vue l'exigence de contenu pour s'abandonner aux facilités de la forme narrative.

 

 



Toutefois, j'espère qu'avec l'exemple fourni ci-dessus, on aura compris que pour peu qu'on soit rigoureux dans la construction de son cours, il n'y a aucune raison de tomber dans ce piège et de ne pas récolter les bénéfices d'une telle méthode.

 

 


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commentaires

jacques combe 23/10/2011 19:33



Hello !


j'apprécie vos articles sur le FLE et surtout votre ton direct et même parfois impertinent...


je suis conteur professionnel depuis 10 ans et j'envisage de me former pour enseigner le FLE avec les outils du conte : contes légendes du monde, improvisations, faits divers etc


pour l'instant je recherche les formations disponibles en Congé individuel de formation : pas évident de s'y retrouver.


à  suivre peut-être si vous avez d'autres infos utiles à me communiquer ?


cordialement


Jacques



fabuleuxfab 17/06/2009 15:34

Bravo pour votre blog. J'aime à la fois beaucoup le ton et le contenu.
Je partage totalement toutes vos remarques sur l'intérêt de la narration (une bonne traduction pour storytelling ?) en pédagogie.
Le meilleur apprentissage est souvent fortuit.

Bonne continuation !

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