17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 11:48

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Généralement, la préparation d'un cours de FLE avec un manuel se déroule en deux étapes : la première consiste à comprendre le fonctionnement interne de la méthode et la seconde a pour but d'enrichir cette dernière avec son propre matériel.

 

 

Comment appréhender la logique d'un manuel ? C'est simple, il suffit de réaliser l'intégralité des exercices du manuel : les exercices de grammaire, les compréhensions écrites, les compréhensions orales, etc. Ensuite, vous vous corrigez à l'aide du guide pédagogique.

 

 

Lorsque vous aurez accompli ce travail, vous aurez une idée globale de la progression du manuel ainsi qu'une connaissance précise de la logique interne de chaque unité. Par ailleurs, cela vous permettra également de découvrir tous les vices cachés du manuel, et ils peuvent être malheureusement nombreux.

 

 

Il s'agit d'un secret bien gardé par les maisons d'éditions, mais il faut savoir qu'un certain nombre d'auteurs de méthode sont d'anciens toxicomanes qui font parfois des rechutes lors de la conception d'un manuel. C'est ainsi que s'explique certains problèmes.

 

 

Par exemple, il n'est pas rare de trouver des coquilles dans les exercices ou dans la correction de l'exercice. Et sachez qu'il est assez désagréable de découvrir pendant le cours la coquille qui s'est justement logée dans l'explication de grammaire, ou pire, qu'un élève vous le fasse remarquer.

 

 

Vous pouvez également rencontrer des exercices mal conçus qui se révèlent infaisables ou incompréhensibles. Ainsi, j'ai déjà eu affaire à des mots fléchés supposés de niveau A2 que j'étais incapable de terminer ou des exercices que je lisais et relisais sans comprendre ce qu'il fallait faire exactement. Comme je suis gentil, je ne donnerai pas de références précises.

 

 

Mais croyez bien que lorsque ces problèmes surgissent, ça fait mal, et même très mal. Le seul avantage de ce genre de situation, c'est que j'obtiens pour une fois toute l'attention de mes élèves puisqu'ils ont l'occasion d'apprendre de nouveaux mots grâce aux bordées de jurons que j'adresse aux auteurs ; je note également que j'éveille tout leur intérêt lorsque je déchire sauvagement le manuel avec les dents, mais je ne comprends pas très bien pourquoi.

 

 

Bref, il est donc impératif de réaliser l'ensemble des exercices du manuel pour éviter tout problème pendant le cours.

 

 

Ensuite, je m'attelle à faciliter le travail de correction des audio en recopiant la transcription du guide pédagogique sur le manuel, dans la marge, à côté de la compréhension orale (quand elle n'est pas trop longue). Je note également le numéro de la piste à côté de l'audio pour éviter de passer une minute à chercher la bonne piste sur le CD.

 

 

Pour les compréhensions écrites, je souligne et je numérote les parties du texte contenant les réponses aux questions. Je souligne également les mots que je suppose inconnus par les apprenants.

 

 

Attachez un soin tout particulier à la préparation des CO et des CE. En effet, ces types d'exercices sont par excellence ceux des questions ambiguës et des réponses pas claires. Il convient donc d'écouter l'audio ou de lire le texte attentivement afin d'apporter des réponses précises aux questions, ce qui vous permettra d'éviter toutes hésitations lors de la correction.

 

 

Quand vous aurez fait tout ceci, vous pourrez passer à la seconde étape, celle où vous apportez votre touche personnelle en sélectionnant les exercices que vous allez faire, ceux que vous n'allez pas faire et ceux que vous allez faire différemment. L'optique générale étant de se demander comment dynamiser au maximum les exercices du manuel et donc votre cours.

 

 

Par exemple, une compréhension écrite proposant de rédiger un dialogue pourra facilement être transformée ou complétée en expression orale. Un exercice de grammaire rébarbatif à faire seul pourra être réalisé de manière interactive à plusieurs, etc.

 

 

Ensuite, vous devez porter votre attention sur les points de grammaire de chaque unité et vous devez établir votre propre présentation dudit point sous forme de tableau. J'ai l'habitude de noter ma vision des choses sur un post-it et de le coller dans le manuel à l'endroit où il sera abordé. C'est le contenu de ce post-it que j'écrirai au tableau et qui constituera mon explication grammaticale.

 

 

Autre élément de la méthode à traiter : chaque unité commence par un document déclencheur qui n'est pas toujours folichon. Il faut donc essayer de trouver un autre document sur le même thème mais sous une forme plus accrocheuse comme une vidéo.

 

 

Enfin, vous pourrez ajouter tout autre type d'exercice ou d'activité extérieur à la méthode que vous jugerez opportun et en rapport avec la leçon.

 

 

Voilà ma manière de faire. Cependant, je dois bien avouer que peu de mes collègues procèdent exactement ainsi. La plupart du temps, ils feuillètent le manuel, notent mentalement la progression de leur leçon, bâillent et vont en cours ; ce qui ne laisse de m'étonner car je suis proprement incapable d'être aussi décontracté.

 

 

A l'inverse, lorsque d'aventure un collègue jette un œil sur mon manuel et qu'il voit tous les exercices faits, les pages recouvertes de post-it et constellées d'annotations diverses, on a tendance à me regarder de travers, genre c'est un peu la honte pour l'enseignant de faire les exos des élèves tant il est évident qu'un vrai prof n'a pas besoin de faire ça.

 

 

Toutefois, d'une part, je reste persuadé que c'est la seule et unique manière de maîtriser une méthode pour pouvoir s'en libérer. D'autre part, à chaque fois que je n'ai pas eu l'opportunité de faire ce travail de préparation, j'ai eu de mauvaises surprises en cours à tous les niveaux : coquilles, exercices bizarres, exercices que je pensais simples et qui s'avèrent en fait compliqués et encore plus compliqués parce que je n'ai pas assez préparé la leçon, etc.

 

 

De plus, s'il est nécessaire de réaliser l'intégralité des exercices afin de repérer les insuffisances de la méthode, il faut également les faire car, tant qu'on n'a pas fait soi-même les exercices, on ignore à quel point ils sont parfois difficiles à réussir abstraction faite des défauts de la méthode.

 

 

Beaucoup d'enseignants supposent à tort qu'ils sont capables de faire les doigts dans le nez la plupart des exercices du manuel. Cependant, je ne crois pas que cela soit aussi simple, toute proportion gardée par rapport aux compétences de l'élève, un enseignant pourra sans aucun doute réussir l'exercice, mais il ne le réussira peut-être pas aussi facilement qu'il le pense.



Par exemple, un natif peut très bien éprouver des difficultés à faire une CO parce que l'audio passe trop vite ou parce qu'elle ne passe que deux fois au lieu de trois. Ou bien l'enseignant donne 15 minutes aux élèves pour rédiger un texte que lui-même mettrait 20 minutes à écrire, etc.

 

 

Je vous invite vraiment à beaucoup d'humilité sur ce genre de chose.

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commentaires

Justine C. 08/11/2011



Bonjour,


Je suis actuellement en deuxième année de Licence Lce d'anglais à Bordeaux. J'aimerais me diriger vers l'enseignment du Français Langue Etrangere. J'ai cru comprendre que c'etait ce que vous
faisiez.


Par consequent, j'aurais aimé vous posez quelques questions à propos du métier ( Formation, débouvhés, experience personnelles.. )


Je vous remercie d'avance ,


Cordialement,


Justine C.



sophie 12/11/2011



Super vos idées sur les exercices à trous! C'est en plus tellement rare de trouver des conseils pleins d'humour...  Merci, très utile et très amusant à lire



Florian 29/11/2011


Bravo pour ce petit rappel qui n'est que le b.a.-ba de la profession, respecté par une minorité et profondément ignoré par la majorité.


Préparer un cours en prenant le soin de regarder et d'analyser les documents (photo, texte, audio, vidéo), de faire les exercices afin de ne pas "se faire coincer" le moment venu fait partie de
la conscience professionnelle du bon prof de FLE mais ne coule pas de source dans bons nombres d'établissements du réseau culturel du MAE.



Comme le dit fort bien Max, on passe souvent pour un extraterrestre quand on fait ce travail de préparation pourtant bien nécessaire.
Exemples de propos entendus ici et là :


une collègue pourtant diplômée FLE qui me dit avec son petit air incrédule :  "Ah, bon !? tu prépares toi ?"



une autre collègue faisant partie des vieux murs de l'établissement : "Bof, moi je les fais 100 fois ce thème ou ce point de grammaire, pourquoi le préparer de nouveau ?"



et la cerise sur le gâteau : "Moi, je fais tout dans l'impro. J'arrive 5 minutes avant et c'est tout bon." Inutile de vous préciser que cela vient d'un collègue "enseignant auto-proclamé" ... (vous savez ceux, sans formation FLE ni grande expérience de l'enseignement, qui débarque à l'étranger en se disant
qu'ils pourraient peut-être bien faire enseignant de FLE puisqu'ils sont capables de parler français.) Parmi cette nombreuse famille, on trouve les commerciaux déchus, les femmes de représentants
diplomatiques, des enseignants de l'EN aux disciplines bien lointaines hist-géo, philo, maths, ...



Là où est le hic, c'est que beaucoup de directeurs-managers abondent dans le sens des propos cités ci-dessus en ignorant parfaitement le temps de travail de préparation dans la rémunération
horaire du pauvre vacataire. J'entends encore un de mes premiers directeurs : "La préparation de cours ... Allons, allons ... En 2 temps 3 mouvements c'est fait, non ?".
Consternant, n'est-ce pas ?


D'ailleurs petite disgression sur ce point. Savez-vous pourquoi il y a si peu de cours thématiques "conçus de A à Z sans manuel" dans l'offre de cours des Alliances et des Instituts ? Parce que
tout simplement, les directeurs-managers refusent de rémunérer les enseignants pour leur travail de préparation ... Ma directrice me disait récemment : "Mais, vous n'y pensez pas. Vous
accorder un supplément pour votre travail de préparation ?! Si vous n'êtes pas content, abandonnez ce cours, je trouverai bien quelqu'un pour vous remplacer." Bel exemple de reconnaissance
et de valorisation du travail ... A quand une vraie formation sur le management humain au MAE ?

Revenons donc à nos moutons, les manuels de FLE. Max le dit bien. Il est très courant de trouver des coquilles, des exercices aux consignes incompréhensibles, des documents qui se veulent
"déclencheur" sans qu'on arrive à bien cerner le lien de cause à effet, pour le plus grand bonheur de l'enseignant qui connait alors de forts moments de solitude ... Ambiance Western assurée avec
les 10 paires d'oeils fixées dans le blanc des yeux du pauvre enseignant qui essaie de "se dépatouiller" en excuses aussi balourdes les unes que les autres. Mais, bon. Regardons les choses de
plus près parmi les auteurs de ces manuels. Outre le fait que les éditeurs sortent leur petit bébé chaque année (comme les collections de mode), on retrouve systématiquement les mêmes noms chez
les auteurs avec pour certains, de puissants records de longévité. "Ben, oui, ils sont de bons auteurs", vous allez me dire... Ah oui, alors pourquoi ceux qui sont à l'origine de
retentissants flops ne sont pas inquiétés par leur responsable d'édition ? CHHHHUUUUT, il ne faut pas le dire. Il y a beaucoup d'universitaires, peu adeptes de la pratique, qui
comptent là dessus pour se faire de petits extras. Et oui, on en revient toujours sur le prestige de la fonction. Monsieur Dupont, enseignant chercheur à l'Université de Y , ça fait mieux sur la
couverture que Monsieur Durant, enseignant vacataire dans un Institut.

Enfin, un petit clin d'oeil qui a dû être partagé par beaucoup de mes collègues assurant des cours en B2 ou C1. Les manuels pour ces niveaux étant souvent découpés en chapitres thématiques, on
retrouve invariablement celui qui traite du travail et des difficultés rencontrées par les salariés français. Et là, c'est un grand moment de bonheur pour l'enseignant d'expliquer les mots
"précarité", "vacations", "patrons voyous", "reconnaissance professionnelle", "employés jetables", "insécurité de l'emploi", ... tout en se contenant pour ne pas exploser et avouer à ces chers
apprenants que tout ça, on le vit au quotidien et qu'il y en a marre et qu'il faudrait que ça change... etc... Moi, j'y suis arrivé 4 fois. La dernière fois, je n'ai pas pu résister et j'ai tout
balancé à mes apprenants qui ont découvert avec stupeur que la titularisation n'allait pas de pair avec les compétences de l'enseignant !!!!!

Brigitte Noirhomme 20/01/2014

Moi, j'ai décidé de renoncer à jamais à utiliser un manuel: fatiguant, frustrant, barbant, ... Les étudiants se décident à l'acheter alors que le cours a commencé depuis plus d'un mois ... . Non, c'est fini, je ne veux plus souffrir et faire souffrir. Je concocte chaque semestre, pour chaque cours, et avec un plaisir énorme un "syllabus", proposé gratuitement aux élèves, je complète avec des activités en ligne (plateforme Moodle), des films à visionner ... . JE RESPIRE enfin, je me sens libre de voyager où bon me semble.
"Enseigner une langue, c'est proposer un voyage, l'apprendre, c'est partir" (Norbert Kalfon)

Royan 18/02/2014

Très astucieux comme stratégie, le reste dépend de la capacité de chacun.

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