Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 12:33

 

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Ces dernières années, j'ai été à plusieurs reprises le témoin, fort perplexe, de la mise en place de cours de FOS dans différents contextes. Je dis « fort perplexe » car, à chaque fois, ces formations FOS me sont apparues comme étant complètement aberrantes.

 

 

Premier exemple : dans une Alliance française qui tourne depuis des années avec des cours de FLE tout simple mais qui ont fait leur preuve, une nouvelle directrice pédagogique débarque dans le cadre de la reprise en main du réseau par le Ministère des Affaires étrangères

 

 

On lui demande spécifiquement de « développer l'offre de cours », comprenez : proposer des enseignements autrement plus lucratifs que ces cours de FLE pourris qui ne rapportent pas un rond.

 

 

La directrice, à peine arrivée, demande tout de suite à son équipe de mettre en place des cours de FOS, c'est-à-dire des cours de français du commerce ou du français du secrétariat. Car ce genre de formations, contrairement au FLE, se vend aux entreprises qui peuvent potentiellement, pense-t-on, investir beaucoup d'argent dans des cours.

 

 

Je vous prie donc de bien noter l'équation sur vos tablettes : développer l'offre de cours = cours de FOS = français du commerce ou du secrétariat = fric = directrice de l'Alliance heureuse = COCAC heureux = Ambassadeur heureux = Sarko heureux.

 

 

Cette décision étant prise, on s'attelle à la conception de la plaquette faisant la promotion du nouveau cours. Marketing. Marketing. On n'oubliera pas d'accoler sur le flyer une petite pastille rouge avec écrit « NOUVEAU ! » à l'intérieur, pour bien spécifier l'originalité du cours. Par contre, pour ce qui concerne le prix, on le mettra en tout petit en bas, en gris clair sur gris foncé pour que ça ressorte bien à la photocopieuse.

 

 

Ensuite (et seulement ensuite) on doit trouver le prof qui aura en charge ces cours. Problème : personne n'a jamais fait de cours de FOS. Alors bon, après avoir fait le tour de tous les profs de français qui travaillent à l'institut, on finit par en trouver un dont la femme a pour cousin germain un type qui vend des téléphones portables, argument suffisant pour l'envoyer en France suivre une formation de formateur en FOS.

 

 

Enfin, après de longs mois de promotion des cours de FOS fait de reports pour « effectif insuffisant » et de « On vous rappelle dès que le cours commence », on parvient à rassembler péniblement une demi-douzaine d'apprenants.

 

 

Lors du premier cours, le prof s'assure que les apprenants ont bien compris le but de la formation. Et là, il apprend qu'un tel veut étudier le commerce, et non pas le français du commerce ; que tel autre est là parce qu'il n'y avait pas d'autre horaire qui lui convenait, que tel autre cherchait les toilettes et est entré dans la salle par hasard, etc.

 

 

Au bout de quelques cours, le prof finit par avouer à un des ses collègues que les élèves ne sont pas du tout intéressés par le FOS et que, par conséquent, il est obligé de faire du FLE tout ce qu'il y a de plus normal.

 

 

Ce à quoi le collègue répond : « De toute façon, je comprends pas pourquoi on s'acharne à faire du FOS, ça fait des années qu'on essaie et ça n'a jamais marché ! ». (Oui, parce que les directeurs sont intimement persuadés qu'avant eux, personne n'avait eu l'idée d'essayer de vendre ce genre de cours.)

 

 

Dans ce cas, quel est le problème ? La grande particularité du FOS étant que c'est l'apprenant qui fixe les objectifs de la formation à l'enseignant, il faut donc attendre qu'un client potentiel se manifeste pour avoir l'objectif spécifique. Mais ici, c'est l'inverse qui se produit : c'est l'Alliance qui entend susciter le besoin de formation, ce qui explique son échec (bien qu'officiellement on parlera de « démarrage en douceur »).

 

 

Mais si la plupart des Alliances n'attendent pas d'être contactées par une entreprise, c'est parce qu'elles savent bien d'une part que les entreprises ignorent complètement l'existence de ce type de cours, et que, d'autre part, elles subissent une pression croissante pour atteindre des objectifs financiers.

 

 

Le FOS apparaît donc comme le moyen de vendre du FLE à prix d'or. Malheureusement pour nos comptables, les chefs d'entreprise, qui généralement maîtrisent assez bien le concept de « rentabilité », ne voient pas pourquoi ils paieraient quatre fois le prix d'un cours de FLE classique pour avoir un cours de FOS qui leur semble éminemment suspect.

 

 

Paradoxalement, le FOS est présenté (je devrais peut-être dire « vendu ») comme une source de revenu appréciable alors même qu'il n'est absolument pas rentable. Tout d'abord, il n'est pas rentable pédagogiquement pour l'enseignant dans la mesure où il doit préparer un cours extrêmement complexe pour chaque formation. Ainsi, si on lui demande de faire cours à des ouvriers du bâtiment, à des dentistes ou à des ingénieurs en informatique, il devra préparer autant de cours.

 

 

Ce qui implique que le FOS n'est pas non plus rentable financièrement quand on rapporte le coût pédagogique et le coût du salaire de l'enseignant au nombre ridicule d'élèves concernés par ce genre de formation. Pourtant, un certain nombre de personnes persiste dans cette voie sans issue qu'est le FOS. Et cela est d'autant plus extraordinaire qu'aux dernières nouvelles, les cours de FLE rapportent infiniment plus d'argent que n'importe quels cours de FOS.

 

 

Comment expliquer cela ? J'avancerais bien deux raisons. La première est d'ordre psychologique et vaut ce qu'elle vaut. Certains directeurs avec qui j'ai pu travailler par le passé m'ont laissé l'impression qu'appartenir au monde de l'éducation était pour eux une source de regret plutôt que de fierté. Leurs discours et leurs postures en réunion donnaient vraiment le sentiment qu'ils auraient préféré être de grands capitaines d'industrie plutôt que de finir à la tête d'un institut. Du coup, le FOS semble être un moyen pour eux de se rapprocher du monde qu'ils voudraient côtoyer.

 

 

La seconde raison est sociologique et m'apparaît beaucoup plus sérieuse et inquiétante : dans le contexte d'une société où l'idéologie néo-libérale se répand partout, le FOS et autres Français professionnels constituent autant de chevaux de Troie idéologiques du monde de l'entreprise au sein du FLE. Ce phénomène étant puissamment relayé et animé dans notre secteur par la CCIP et le MAE.

 

 

Comme chacun sait, la CCIP propose toutes les formations dont vous pouvez rêver sur le FOS. Quant au MAE, il conseille désormais vivement au futur directeur d'Alliance de se prévaloir d'un diplôme en marketing et management, notamment du Diplôme d'Aptitude au Management d'Organisme Culturel et d'Education (Damoce), justement délivré par la CCIP...

 

 

D'un côté, je peux comprendre le MAE dans la mesure où pendant toute une période, la plupart des directeurs sortait tout droit de l'Education Nationale, à peine compétents en FLE, très certainement incompétents sur la gestion administrative d'une alliance et qui plantaient des structures juste parce qu'ils ne savaient pas lire un bilan comptable.

 

 

D'un autre côté, quand j'entends les directeurs nouvelles générations qui ne parlent plus d'apprenants mais de « clients », qui ne parlent plus de cours mais de « produits » et qui considèrent les enseignants comme des « prestataires de service » devant respecter un « contrat d'apprentissage », j'ai le sentiment que le mouvement de balancier va du coup un peu trop loin dans l'autre sens.

 

 

Pour ma part, je pense naïvement que la fonction d'un enseignant n'est pas de faire de l'argent, et si un jour cela le devient, ce sera la fin de la civilisation. Et qu'un institut géré convenablement peut atteindre l'équilibre financier « juste » avec des cours de FLE. Quant au FOS, il s'agit là d'un cours qui peut se faire si une entreprise en formule la demande, mais vouloir à toute force imposer le FOS au public, c'est perdre son temps et son argent.

 

Par Max Cofler - Publié dans : Didactique du fle
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