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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 16:09

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Étant plus ou moins doué en TICE, cela fait plusieurs fois qu'on m'approche pour développer des cours de FLE basés sur un TBI. Et cela fait plusieurs fois que j'essaye, tant bien que mal, d'esquiver le projet car je le juge complètement incohérent et irréaliste. J'aimerais ici expliquer pourquoi.


 

Tout d'abord, il faut bien comprendre ce qu'est un TBI. TBI est l'acronyme de « tableau blanc interactif », cet outil permet d'afficher l'écran d'un ordinateur et rend possible le contrôle dudit ordinateur en touchant le tableau, autrement dit, un TBI n'est rien d'autre qu'un rétro-projecteur amélioré. Déjà, présenté comme ça, on comprendra qu'il est plutôt curieux de vouloir développer des cours spécifiques avec un TBI.

 

 

En effet, a-t-on a jamais demandé à un prof de réaliser des cours spéciaux avec des rétro-projecteurs ? Non. Alors pourquoi le fait-on avec des TBI ? Cette question est restée longtemps sans réponse jusqu'à ce qu'une conversation avec un responsable m'ouvre les yeux sur une confusion lexicale au sujet du mot « interactif ».

 

 

Apparemment, pour bon nombre de personnes, un tableau blanc « interactif » renvoie à un outil permettant de créer des interactions entre les élèves. En effet, puisque le tableau blanc est interactif, il permet donc de faire des cours interactifs. Je vous prie de croire que j'ai vraiment mis du temps à comprendre ce raisonnement tant il est absurde.

 

 

Personne ne semble s'apercevoir que le mot « interactif » peut recevoir deux sens : un sens pédagogique et un sens technologique. Le sens pédagogique dans le cas d'un cours de langue est, par exemple, de créer un dialogue entre deux élèves. Le sens technologique, tout à fait différent, est de créer une interaction entre un être humain (prof ou élève) et un ordinateur.

 

 

Concrètement : quand on appuie avec son doigt sur le TBI, ça clique sur le bureau de l'ordinateur. Voilà ce que signifie « interactif » dans « tableau blanc interactif ». Je suppose que je n'ai pas besoin de développer pour faire comprendre que l'apposition d'un doigt mouillé sur un TBI n'est en rien garant d'une interaction pédagogique entre élèves.

 

 

Bien entendu, personne n'a jamais eu besoin d'un TBI pour créer des interactions, c'est à l'évidence le savoir-faire de l'enseignant qui rend un cours interactif, et non pas un bête tableau. La méprise est d'autant plus incroyable qu'il y a de très bonnes raisons pour penser que, non seulement, un TBI ne produit pas d'interaction, mais même les empêche.

 

 

Par exemple, je constate que la plupart du temps, le TBI est installé dans une salle informatique. Pourquoi ? Parce qu'un TBI est assimilé à un ordinateur, les ordinateurs sont dans la salle informatique, donc on met le TBI dans la salle informatique. CQFD.

 

 

Sauf que les profs de langue doivent dispenser leurs cours dans des salles propices à la communication. Or, une salle informatique, avec ses bureaux inamovibles encombrés d'unités centrales et d'écrans qui dissimulent les élèves au regard du professeur, constitue à l'évidence un environnement inadapté pour un cours interactif.

 

 

Ensuite, si le TBI est d'une taille gigantesque pour projeter un écran d'ordinateur, il se révèle en revanche ridiculement petit pour s'en servir de manière classique pendant un cours. Selon mon expérience, on peut écrire six phrases sur un TBI et c'est tout, ce qui limite considérablement son utilisation. Ce genre d'outil doit donc être impérativement accompagné d'un grand tableau si on veut faire un cours décent.

 

 

Enfin, certains TBI n'autorisent pas l'écriture à plusieurs mains. Si deux personnes utilisent des crayons en même temps, des traits relieront instantanément le tracé des deux stylos. Dans ces conditions, si on imagine faire une activité interactive par équipe avec, par exemple, trois élèves au tableau et trois groupes qui leur soufflent quoi écrire, ce type d'activité sera techniquement impossible. Par comparaison, le bon vieux tableau noir est infiniment plus favorable aux interactions que le TBI.

 

 

Vous comprenez maintenant pourquoi j'évite les projets TBI. C'est parce que les responsables ont des idées complètement farfelues sur ce qu'est une interaction et sur ce que permet ou ne permet pas un TBI. Du coup, ils vous fixent un objectif absurde : mettre au point des cours interactifs avec un outil qui va vous en empêcher.

 

 

Et lorsque vous expliquez que, si le but est de faire des cours interactifs, ce serait plus facile pour vous d'en faire sans TBI, vous vous heurtez alors à un mur d'incompréhension : "Mais puisqu'un TBI est interactif (sens technologique), il doit tout de même bien pouvoir permettre de faire des cours interactifs (sens pédagogique) !"

 

 

Ainsi, depuis que j'ai réalisé que c'est ce type de raisonnement qui guidait la plupart des projets TBI, je minore complètement mon expérience en ce domaine dans mon CV. C'est dommage car, comme je l'expliquerai dans l'article suivant, on peut vraiment faire des choses intéressantes avec un TBI.

 

 

Voir : Que faire avec un TBI ?

 

 

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commentaires

SARAHFRANS 02/05/2012 01:17


J´aime bien ce post!


J´utilise beaucoup les TBI et chaque élève a son ordinateur, mais les communications et les connexions  sont lentes à l´heure où les services des entreprises fonctionnent,  ou même de
la salle d´à côté!...  et parfois ils ont des problèmes pour allumer leurs ordis et ils viennent tjrs me demander comment faire pour trouver la page que l´on voit sur le tableau et
qu´ils ne trouvent pas. Je ne peux donc pas travailler avec le tableau puisque je dois voir ce qui se passe avec leurs petits ordinateurs et je ne fais qu´allumer mon ordinateur et l´éteindre!.


Il y a pas mal de problèmes là-dedans et on pourrait  en parler des heures! Le stNi sont une  fameuse  et nouvelle mode. De toute façon je les aime bien, je m´amuse beucoup avec
eux. Mes élèves de temps en temps...s´ils arrivent à conecter! Mais vous avez raison : c´est amusant, mais pas trop interactif. Ils jouent, mais ils ne disent presque rien. Et pas question
de travailler avec les auriculaires! Ils n´écoutent pas la langue à étudier, mais leurs maudites musiques en anglais! J´en ai marre de faire de policier, bien sûr!


À bientôt!

Yannik B. 21/08/2011 17:42



Un peu arrièré comme façon de penser. Est-ce que les enseignants du passé ont été capable de créer des leçons interactives avant les TBI! Bien sur, et personne ne dit le contraire.  Ca fait
4 ans que j'enseigne avec un TBI dans ma classe et je vous garantis que cela a augmenté l'interaction entre moi et mes élèves ainsi qu'entre eux.  Est-ce un outil pour un enseignant
magistral qui enseigne devant tout le groupe? Non!


Et la est le problème avec les TBI. Les enseignants réticents dans mon expérience avec ma commission scolaire (qui a des TBI dans toutes leurs écoles) sont ceux qui veulent enseigner de façon
magistrale, un enseignant a 26 élèves. Le TBI force les enseignants à repenser la façon qu'ils enseignent.  Ça prend du temps et de l'effort, mais une fois que l'on se détache de cet
attachement à la façon dont on NOUS a enseigner et que l'on accueille a bras ouvert la nouvelle réalité des jeunes d'aujourd'hui (oui technologique, mais aussi sociale et même physiologique selon
plusieurs spécialiste en neuroscience) on se rend compte à quel point le TBI est l'UN des outils qui nous aide à présenter des expériences positives et éducatives dans la classe.



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