C'est apparemment une démarche intellectuelle bizarre pour un certain nombre de directeurs, mais avant d'investir des sommes folles dans un TBI, encore faut-il se demander si le projet a des chances de réussir, si on dispose des installations nécessaires pour accueillir ce type d'outil et, surtout, si on on a un personnel qualifié pour animer ce genre de cours.
Or, ce que je constate sur le terrain, c'est l'absence désarmante de toutes interrogations sur le plan pédagogique. La plupart du temps, on achète un TBI parce qu'un programme du ministère propose d'en financer l'achat dans le cadre d'une promotion des TICE. Dans ces conditions, un projet TBI n'est en rien le fruit d'une logique pédagogique, mais celui d'une logique financière du type : « Si c'est gratuit, autant se servir ! ». Le problème de savoir ensuite ce qu'on va faire concrètement avec un tel outil semble être tout à fait mineur.
Ainsi, une fois le TBI arrivé, généralement, on se contente de charger un enseignant de développer des activités « spéciales TBI » avec internet ou Hot Potatoes. Cependant, le rapport entre le coût investi et le résultat obtenu se révèle rapidement non-rentable. Et ce autant pour l'institution qui investit de l'argent dans des cours avec TBI qui ne se vendent pas forcément bien que pour l'enseignant qui investit du temps de travail pour des activités pas si « interactives » que ça.
On ne s'étonnera donc pas si, après quelques utilisations sporadiques, le tableau achève sa courte carrière au fond de la salle info à prendre la poussière au milieu des carcasses d'ordinateurs HS. Un tel échec s'explique, selon moi, par une vision trop étroite de l'utilisation des nouvelles technologies.
En ce qui concerne les TICE, il ne faut pas hésiter à voir grand. En effet, la nature des nouvelles technologiques, consistant à interconnecter tout ce qu'il est possible d'interconnecter, amène, de proche en proche, à modifier l'ensemble des pratiques pédagogiques.
Dans le cas précis des TBI, il faudrait tout d'abord considérer que tous les enseignants doivent les utiliser. Par conséquent, il doit y avoir un TBI dans chaque salle de cours. Ensuite, de la même manière que lorsqu'on propose une formation en FLE, on utilise des manuels de FLE, lorsqu'on propose des cours de FLE avec TBI, on se doit d'utiliser des manuels de FLE numériques.
Ces derniers se présentent sous la forme d'une clé USB qui contient le manuel que vous pouvez afficher sur le TBI et qui intègre toutes les ressources habituelles (audio, vidéos, liens internet, etc.) en un seul support. Aujourd'hui, la plupart des éditeurs de manuels de FLE en proposent.
Ceci constitue un vrai plus pédagogique. En effet, en ayant la page du manuel au tableau, il est aisé de pointer les différents éléments et de discuter plus facilement sur ce qu'on étudie dans la leçon.
Par exemple, vous pouvez prendre et agrandir les illustrations et autres photos à volonté. Il est aussi très pratique de pouvoir lancer un audio juste en effleurant la surface du tableau. Plus besoin de galérer pour faire marcher le lecteur CD et de s'emmêler les pinceaux dans les pistes. Ajoutez à cela que les maisons d'éditions ajoutent généralement des activités supplémentaires à réaliser sur internet.
En plus du manuel numérique, il est également envisageable d'utiliser une plateforme pédagogique type Chamilo pour créer des exercices sur mesure pour vos cours. Ce type d'outil permet de réaliser un panel très large d'exercices (compréhension orale, compréhension écrite, exercices structuraux de grammaire, exercices à trous, vidéos, etc.). Ainsi, chaque enseignant peut mettre au point les exercices complémentaires qu'il souhaite utiliser en classe ou utiliser des exercices proposés par un concepteur du centre.
Enfin, si chaque étudiant dispose de tablette numérique type iPad ou Archos, vous pouvez demander aux étudiants de faire les exercices de la plateforme individuellement pendant le cours.
Par exemple, vous pouvez réaliser avec eux une compréhension orale qui se déroulerait comme suit : vous vous connectez à la plateforme via le TBI, les élèves se connectent également à la plateforme via leurs tablettes, vous lancez l'audio et les étudiants répondent aux questions. Enfin, lors de la correction, vous pouvez afficher le pourcentage d'erreurs de la classe sur chaque question, afficher les bonnes réponses ainsi que d'éventuels commentaires ou transcriptions, etc.
Toutefois, vous aurez compris que pour mener à bien un projet TBI, l'investissement financier est considérable autant pour le matériel que pour la formation des profs. Aussi, si vous envisagez de développer des petits cours « sympa » pour les élèves ou pour une clientèle haut de gamme en marge d'un système pédagogique déjà en place, il n'est sans doute pas pertinent d'acquérir des TBI et vous pouvez employer votre argent à d'autres fins, comme par exemple pour augmenter les enseignants (je dis ça juste comme ça).
En revanche, si le projet est global et consiste à utiliser le TBI comme support d'autres outils technologiques comme un manuel numérique, une plateforme ou des tablettes, là, ça peut valoir le coup. Cependant, il faut impérativement disposer d'une équipe de profs aguerris aux nouvelles technologies, ce qui se révèle être malheureusement très exceptionnel.
tbi.fr 22/09/2011
Florian 28/11/2011
Jean-François TERRET 28/01/2012
Jean Condé 20/06/2012
Fred 25/05/2013