Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 août 2007 2 21 /08 /août /2007 12:24


En parcourant le net, je me suis aperçu qu’énormément de monde s’intéresse au FLE et souhaiterais des informations précises à ce sujet. Je vais donc essayer de faire une série sur les questions les plus fréquentes pour apporter les réponses adéquates et surtout pour mettre les points sur les i face à certaines naïvetés bien compréhensibles quand on ne connaît pas le milieu.
Je me permettrai de citer des commentaires parus sur des forums pour être le plus concret possible et pour montrer que je ne suis pas le seul à dire ce que je dis. Commençons donc par la seule question qui importe :
 


QUELLES SONT LES PERSPECTIVES D’EMPLOI DANS LE FLE ?
 
Certaines phrases provoquent d’étranges effets sur les individus. Par exemple, si vous lancez cette question au visage d’un prof de FLE, vous verrez soudain s’y former un rictus amère qui se transformera bientôt en rire nerveux et qui s’achèvera par de lourds sanglots.
Car la vérité toute nue et sans fard est qu’IL N’Y A PRESQUE PAS DE PERSPECTIVES ! Si l’on entend bien entendu par « perspective » un emploi stable et rémunéré convenablement, parce que si vous entendez par « perspective » une série de stages sans lendemain peu ou pas payés du tout avec le billet d’avion à votre charge (ce dernier point n’est malheureusement pas une plaisanterie), alors là oui, il y a beaucoup de « perspectives » ! Je voudrais ici citer comme exemple le témoignage de Claire Davy en poste à Barcelone que j’ai trouvé sur le forum d’Edufle :
 
« Sur place, nous sommes sous contrat local et le seul critère valable d’ « avancement », est le copinage avec les personnes installées depuis des années et qui ont créé leur petit monde dans lequel il est très difficile d’entrer si on est intègre. La compétence, l’expérience et le diplôme sont loin d’être des critères déterminants.
 Et en France, on ne nous connaît  même pas ! Nous (les profs) ne sommes rattachés a aucun ministère, même si notre institution l’est, aux Affaires Etrangères. Ce qui signifie que nous n’avons aucun recours quand nous voulons nous plaindre de situations qui sont parfois proches de l’exploitation.(je parle du salaire, des conditions de travail, de l’absence de reconnaissance, de l’extrême difficulté a nous exprimer quand quelque chose ne va pas etc...)
 Bref, la précarité est le lot quotidien des profs de Fle et cela m’exaspère quand, lors des sommets de la francophonie, nos dirigeants (de tous bords) parlent de l’importance de la présence culturelle française à l’étranger, et sont complètement indifférents aux conditions de travail des acteurs de cette présence que nous sommes. »

 
On l’aura compris, le principal atout d’un prof de FLE sera son optimisme.
Repost 0
19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 15:36



Il est fascinant de constater que la mnémotechnie s’est perdue dans les sables du temps alors même que cet art se sous-entendait comme une nécessité vitale pour les Anciens. L’explication tient dans un trait de plume. Les Anciens prenaient la pose de l’orateur, nous avons celle de l’écrivain.

 
Rappelons qu’auparavant, écrire constituait un luxe rare tant le prix du mètre de papyrus était dispendieux. Cette donnée bassement matérielle impliquait certains comportements qui sont de nos jours inconnus. Par exemple, consulter un livre en bibliothèque signifiait non pas lire et prendre des notes, mais lire et mémoriser le contenu de l’ouvrage.

 
Encore une fois, n’oublions pas cette évidence : les bics quatre couleurs et le papier A4 n’ont pas toujours existé en abondance ! Le tournant a eu lieu avec Gutenberg (ce maudit !), qui, comme chacun sait, commit l’indélicatesse d’inventer l’imprimerie. Ce qui équivalut ni plus ni moins à une trépanation du genre humain, car avec la reproduction des textes à volonté, donc leurs proliférations, on n’éprouva plus le besoin de retenir leurs contenus à l’aide de notre mémoire.

 
Ainsi, aujourd’hui, quand nous voulons nous souvenir de quelque chose, notre premier réflexe est de nous saisir de notre plus beau stylo et de déverser des hectolitres d’encre sur une feuille double dûment quadrillée (et en respectant la marge !). Des notes de cours jusqu’à la liste de course en passant par les petits billets doux, tout est écrit.

 
Mais cette situation aboutit à un paradoxe confondant d’absurdité : si nous notons tout avec tant de soin, c’est pour ne rien oublier ; mais comme l’acte même d’écrire nous dispense de mémoriser l’information, nous ne nous souvenons de rien ! La gigantesque capacité de conservation de nos écrits (dont Internet est l’expression la plus grandiose) n’a d’égal que la médiocrité de notre mémoire.

 
Avez-vous lu un ouvrage pour préparer un examen ou un concours ? Vous avez certainement pris des notes, mais vous souvenez-vous de ces notes devant votre copie ? Ou tout simplement si un ami vous demande ce que vous avez compris de l’ouvrage ? Avez-vous lu un bon roman pendant les vacances ? Mais, quelques semaines plus tard, êtes-vous capable de dire autre chose que : « Je ne me souviens plus exactement de l’histoire, mais je me souviens que c’était bien ! » ?

 
Evidemment, à force de ne plus utiliser notre mémoire, elle a fini par s’atrophier et devenir aussi performante que celle d’un poisson rouge souffrant d’Alzheimer (je rappelle que cet animal par ailleurs fort sympathique dispose d’une mémoire vive de 30 secondes). Si vous faites partie de ma génération, c’est-à-dire celle de 80, j’ai une simple question pour vous : connaissez-vous vos tables de multiplication par cœur ? Si vous répondez par l’affirmative c’est que vous êtes un menteur, ou pire, un matheu ! La calculatrice a tué le calcul mental de la même manière que l’écriture tua la mnémotechnie. Dites-vous qu’à chaque fois que vous prenez votre plume, vous sacrifiez un peu de votre mémoire.

 
Certes, le chemin qui va à l’encontre de notre civilisation de l’écrit est ardu car personne n’interroge ces comportements qui nous semblent si « naturels », comme prendre des notes pendant un cours. Par ailleurs, retrouver une part du savoir des Anciens s’avère une entreprise difficile puisque appartenant à une civilisation de l’oral, ils n’ont par définition rien laissé par écrit (ou si peu) et ils ne nous lèguent qu’un silence plein de mystère.

 
Bon, je reviendrai dans un billet ultérieur sur les différentes mnémotechniques que j’ai pu retrouver et surtout sur leurs éventuelles utilisations dans l’enseignement. Mais là, bizarrement, j’en ai marre d’écrire. En attendant, je vous laisse les seules références que je connaisse sur le sujet (et vraisemblablement les seules qui existent !) :
 
Rhétorique à Herennius d’auteur inconnu
Cicéron, De oratore, livre II, 350-361 (seulement 2 pages sur le sujet !)
Quintilien, Institution oratoire
Repost 0
15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 12:52

 

Lorsqu’on est prof de fle, on voyage. Quand on voyage, on voit toujours de beaux paysages. Et quand on voit de beaux paysages, on a toujours son petit numérique avec soi pour prendre de jolies photos. Et, miracle de la technologie, il se trouve que ces appareils peuvent prendre également des vidéos. Il n’en fallait pas plus pour que j’utilise cela pour mes cours.
 

Je suis donc arrivé un beau matin en classe avec des produits de consommation courante : un tube d’Efferalgan, un tube de dentifrice, etc. Je leur demande de faire des groupes puis de choisir un des produits que je leur propose. Ils doivent ensuite en constituer le champ lexical.

 
Par exemple, pour le tube de dentifrice, ce sera : « brosse à dent, brosser les dents, salle de bain, tartre, dent, gencive, etc. ». Après cela, ils doivent écrire le scénario d’une pub ayant pour objectif de vendre le produit.

 
A ce stade, des regards interrogateurs autant qu’inquiets convergent vers moi car, commençant à me connaître, ils commencent aussi à se méfier de mes coups fourrés. J’adore surprendre mes élèves. Enfin je pense qu’eux diraient plutôt : « Il adore nous déstabiliser ! ». Question de point de vue sans doute. Toujours est-il qu’une fois le scénario bouclé, je les envoie sans pitié au tableau et j’immortalise leurs performances avec mon appareil.

 
Le résultat n’est évidemment pas à la hauteur de ce qu’on voit à la télé. Mais ça les amuse tout de même. Surtout quand la fois suivante je leur remets le CD où j’ai gravé leurs pubs. Je vous recommande vraiment ce genre de cours parce que d’abord ça les motive, et puis ils peuvent ainsi s’entendre parler en français, ce qui n’est évidemment pas si fréquent. A utiliser toutefois avec modération tant l’objectif d'une caméra peut stresser un élève.
Repost 0
9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 14:41



L’autre jour, je dînais chez un bon copain. A la fin du repas il me dit : « Il faut que je te montre quelque chose sur Internet. C’est complètement hallucinant ! » Après avoir vu ce que j’ai vu, je reprends le terme d’ « hallucinant » tout en précisant qu’il faudrait également lui accoler les mots : « révoltant, dégueulasse » et surtout « inquiétant » !
 

Mais avant toute chose, vous avez besoin de deux informations. Première information : si vous l’ignoriez, sachez que bon nombre de profs de fle reviennent en France après simplement quelques années à l’étranger (voire moins) et passent les concours du capes pour être profs de français ou d’une langue étrangère. C’est effectivement l’issue logique et naturelle pour nous. L’objet de ce billet vous concernera donc peut-être.

 
Deuxième information : les élèves d’aujourd’hui font une utilisation pour le moins singulière des tice. Grâce à leurs saloperies de portables et de numériques, ils peuvent faire des vidéos de leurs cours. Vidéos prises bien entendu quand le prof est en extrême difficulté, voire tout simplement humilié. Et je vous prie de croire que le mot « humilié » n’est pas de trop. Ces vidéos sont publiées de manière tout à fait scandaleuse mais apparemment légale sur les sites comme Dailymotion et You Tube.

 
Je vous renvoie donc à deux vidéos, malheureusement parmi d’autres, tournées par vos éventuels futurs élèves pour que vous sachiez ce qui peut vous attendre. La première vidéo est « classique », des élèves pas forcément méchants tirent profit de la faiblesse d’une enseignante pour faire n’importe quoi. Quant à la prof, vous pourrez voir aux alentours de 2’50’’ le regard d’une personne complètement atterrée qui ne maîtrise plus rien.

 
Selon moi, son erreur est de ne pas occuper le terrain (cf. Comment assurer son autorité en classe ?). C’est très clair dans la vidéo, vous la voyez assise à sa table, il y a un grand espace vide devant elle et les élèves se sont placés tout au fond de la classe et sur les côtés, comme une meute de loup.

 
La deuxième vidéo est sans commentaire. La seule chose que je puis dire, c’est qu’il faut impérativement interdire tout usage du portable et du numérique en classe pour éviter ça.

 
Seul point rassurant, les commentaires des élèves à propos de ces vidéos sur les sites sont en général unanimes pour condamner ces pratiques. Mais c’est une consolation bien mince. Car globalement, ces vidéos ne donnent vraiment pas envie d’être prof en France.
Repost 0
4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 13:09


Il est très frappant de constater les nombreux vivats qui s’élèvent autour des blogs matérialisés tout d’abord par les blogs eux-mêmes, mais aussi par les nombreux articles publiés sur le sujet à travers le net. Toutefois, il est tout aussi frappant de remarquer que malgré toute la potentialité qu’offrent les blogs, ils ne connaissent en réalité que deux usages :
 

1/ raconter sa vie de prof de fle à l’étranger, donc faire souffler un vent d’exotisme parmi les malheureux qui sont restés broyer du noir dans la grisaille française.

2/ faire travailler les élèves autour d’un média fun et donc motivant

 
Le premier usage est plutôt réconfortant, tant cela fait plaisir de voir des profs de fle heureux et qui ont le temps (peut-être même le luxe ?) de tenir un blog sur leurs aventures. Cependant, j’aimerais attirer l’attention sur d’éventuelles conséquences malheureuses de ce genre de blog.

 
Imaginez un jeune étudiant qui a entendu vaguement parler du fle. Il va sur Internet pour chercher des informations et il tombe sur ce genre de site tout à fait charmant. Et là il se dit : « Génial ! Avec ça, je vais pouvoir aller à l’étranger tout en travaillant. C’est décidé, je m’inscris en master fle l’année prochaine ! »

 
Est-il utile de préciser le problème ? Ces blogs peuvent contribuer malgré eux à donner une image particulièrement biaisée de la situation globale des profs de fle. Tout d’abord parce que lorsqu’on écrit à la première personne, on donne à voir toujours le côté positif et on laisse glisser doucement le côté négatif dans le non-dit. C’est humain.

 
D’autre part, quand un prof de fle a la possibilité de tenir un blog régulièrement, cela donne un indice sérieux sur le contexte dans lequel il évolue (ordinateur, connexion Internet, etc.). Statistiquement, on se doute qu’il ne se trouve pas dans un coin paumé et qu’il dispose d’un relatif confort. Même si ce n’est pas systématique, on peut supposer que ces blogs sont tenus par une minorité de profs pas forcément représentatifs de la majorité.

 
Sur le deuxième usage, si l’idée de mobiliser les élèves autour d'un blog est certes très enthousiasmante, je n’ai toutefois jamais entendu un de mes collègues me dire : « Les apprenants ont rédigé un super article sur notre blog ! Tu devrais aller le voir. »

 
D'une manière générale, je m’étonne que les multiples articles concernant les profs high-tech ne fassent pas mention de la fracture numérique qui divise le monde d’aujourd’hui. Quels sont les établissements où chaque salle serait pourvue d’un ordinateur et d’une connexion Internet ?

 
De plus, lorsqu’on parle de blogs, on parle toujours de l’intérêt pédagogique pour les apprenants. Mais quid de l’intérêt pédagogique de l’enseignant ? Les blogs peuvent aussi servir d’outils de communication au sein de la communauté enseignante. Car face aux formations indigentes délivrées au sein des universités et des IUFM, les jeunes profs auraient bien besoin de l’expérience des plus anciens au travers des blogs.

 
Et en plus des problèmes d’ordre purement pédagogique, les profs de fle étant malheureusement la caricature bien réelle de la génération précaire, il serait également important de les prévenir contre tous les « coups foireux » qui peuvent exister chez nos chers employeurs. J’ai lu récemment un billet d’un prof expliquant qu’il avait été réduit à dormir dans sa salle de classe lorsqu’il se trouvait au Honduras !

 
Bref, nous devons tous (moi y compris) faire particulièrement attention à ce qu’une certaine désinformation involontaire ne se glisse pas dans nos billets, par ailleurs débordants de bonne foi :-)
Repost 0
2 août 2007 4 02 /08 /août /2007 08:31



Je vous propose une idée de cours ayant pour thème la géographie :


1/ Distribuez des cartes où les noms des pays sont remplacés par des numéros.


 
2/ Demandez aux élèves de trouver ou de faire des hypothèses sur le nom des pays et des habitants.
 

3/ Faites la correction. Cette partie du cours est souvent drôle car ils font des propositions qui semblent logiques mais qui se révèlent être erronées, du type : les habitants de la Bulgarie étant les Bulgares, peut-être que les habitants de la Suisse seront les Suissards !
 

4/ Jeu de la géographie amusante : écrivez une lettre au tableau et les élèves doivent trouver des noms de pays, de rivières, de montagnes, de fruits, d’animaux ou d’objets commençant par cette lettre. C’est évidemment le jeu du petit bac.

 
En général, ce cours marche plutôt bien. En plus, cela fait une bonne révision de vocabulaire sur des choses qu’on ne voit pas toujours forcément en classe. Par exemple, comment dit-on en français telle montagne (l’Himalaya) ou tel pays (la Slovaquie) ? Bien entendu, il faut bien penser aux catégories à choisir lors du jeu car il est parfois difficile pour eux de trouver, par exemple, des noms de rivières ou de fleuves en français s'ils n’ont jamais appris ça.


Repost 0
29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 14:38


Guerrelang-copie-2.png




Pourquoi parler d’ « apprenant » plutôt que d’ « élève » ? La première fois que le mot d’ « apprenant » est parvenu à mes oreilles, c’était lors de mon tout premier cours de fle. Au début, cela m’a fait sourire, mais mon sourire s’est transformé peu à peu en moue dubitative lorsque j’ai vu que l’ensemble des profs utilisaient le même terme.
 

Je sentais bien qu’il y avait là quelque chose d'anormal, mais je n’arrivais pas à formuler clairement le problème. Jusqu'à ce que récemment je lise La guerre des langages1, un petit texte de Roland Barthes, et là, tout s’est éclairé !
 

Dans ce passage, Barthes révèle que l’utilisation de certains mots à l’exclusion d’autres peut avoir pour origine une basse lutte d’influence entre différents camps. Pour le fle, ces camps sont : les fleistes, les linguistes, les concepteurs du CIEP, les profs de lettres et les gens du commun… Ainsi, chacun a son terme pour désigner la même personne : apprenant, locuteur ou énonciateur (oui, il y a encore des luttes internes entre linguistes), utilisateur et élève.
 

Le terrain par excellence de cette guerre est l’université. Rappelons qu’à l’origine, les études de fle prenaient pour cadre d’autres départements comme ceux de lettres et de linguistique. Mais le fle accédant au succès qu’on lui connaît pris bientôt son indépendance par rapport à ces départements.
 

Cette indépendance a engendré pour les fleistes un désir de reconnaissance et la volonté de montrer leur spécificité vis-à-vis des autres disciplines. Quant aux départements de linguistique et de lettres, cette autonomie était perçue comme une remise en cause de leur propre discipline, jugée insuffisante pour assurer la mission de fle. La jalousie et la rancoeur prirent le pas sur le respect et l’esprit d’ouverture.
 

Une amie qui était en lettre moderne me racontait l’incompréhension haineuse qu’ont certains profs de lettres vis-à-vis du fle. Lorsqu’elle les informa de son projet de faire son master en fle et non en lettres, certains lui répondirent que les cours de fle revenaient de droit aux profs de lettres ! Ce qui montre une rare incompréhension (en même temps qu’une rare bêtise) de ce qu’est le fle par rapport aux lettres.
 

Ce genre de réaction a malheureusement des conséquences concrètes. Discutez avec les secrétaires de vos départements, elles vous diront peut-être le mal qu’elles ont à trouver des salles pour vos cours. Car, lors de l’élaboration des plannings, les départements de fle étant nouvellement créés, ils doivent attendre que les départements plus anciens (et donc plus légitimes !) fassent leur choix. Et ce n’est qu’ensuite que les départements de fle peuvent grappiller ce qui reste. Face à cette situation, avoir ses propres mots permet de s’affirmer dans sa différence et d’acquérir le pouvoir symbolique d’exister (et donc d’avoir des salles pour faire cours !).
 

Un terme comme « apprenant » permet aussi de faire plus sérieux, plus scientifique, vis-à-vis des linguistes, qui ne sont pas en reste en matière de rancœur. Cela permet également d’exister par rapport au grand public, dont tout ce petit monde universitaire a pour point commun de ne pas vouloir partager le langage.
 

Bref, le mot « apprenant » n’a pas pour objet de mieux comprendre la réalité pédagogique et de vous aider à mieux faire votre travail. Il est le mauvais fruit d’une guerre des langages que se livrent les différentes disciplines au sein du système universitaire. C’est sa seule raison d’être. Et il en va de même pour bon nombre de termes.
 



1 Barthes Roland, La guerre des langages, Œuvres complètes, Seuil, t. II, p. 1610-1613
Repost 0
27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 12:26

 

Pour donner à penser sur ce qu’est la didactique aujourd’hui et sur ce qu’elle pourrait être demain, je vous propose une petite citation de Jan van Ravens, expert néerlandais dans le domaine de l’éducation et consultant pour des organismes internationaux tel l’Unesco.
 


Cette citation est tirée d’un rapport du Ceri sur trois forums organisés par l’OCDE à New York, Grenade et Tokyo sur le thème des mécanismes du cerveau et de l’apprentissage. Plus précisément, l’ouvrage s’intitule : Comprendre le cerveau, vers une nouvelle science de l’apprentissage et je vous en recommande chaudement la lecture. Si vous voulez en savoir plus sur ce livre, je vous renvoie au site de l'OCDE. Voici donc ce que dit M. van Ravens sur le possible avenir des sciences de l’éducation :


 
(…) un effort explicite a été fait dans le domaine médical pour parvenir à une « médecine fondée sur des connaissances avérées », correspondant à une éradication générale de l’intuition et des croyances populaires en faveur d’une application des connaissances médicales dans la pratique quotidienne. L’éducation est prête pour ce type d’évolution : se dégager des programmes fondés sur la tradition et le compromis politique, pour s’engager sur la voie de programmes fondés sur les connaissances avérées fournies par les sciences de l’apprentissage, elles-mêmes fondées sur les résultats de la recherche sur le cerveau, dans la mesure du possible. (Comprendre le cerveau, vers une nouvelle science de l’apprentissage, OCDE, 2002, p. 41)
 

Ainsi, de la même manière qu’il fut un temps où les médecins étaient aussi ridicules que ceux dépeints par Molière, peut-être que dans un futur plus proche qu’on ne le pense, on tournera en dérision les pratiques éducatives actuelles. Qui sait ?
Repost 0
25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 12:21


baobab.jpg

Comment maîtriser une classe turbulente? Peut-on obtenir le silence en cours ? La discipline est-elle encore possible au XXIème siècle ? Peut-on convaincre Karim d’attendre la fin du cours pour fumer son bédo ?
 


A en croire les professeurs proche de la retraite, il faut désespérément répondre par la négative à toutes ces questions. Et il semble qu’il faille sombrer dans la dépression pour les plus forts d’entre nous, quant aux plus faibles, ma foi, il existe heureusement des moyens modernes pour en finir sans douleur.


 
Il est vrai que la réalité fait frémir. Cela commence dès la salle des profs, lors de votre première rentrée, vous savez, LA rentrée où vous avez le trouillomètre à zéro. Là, les collègues qui se sentent concernés par votre sort vous donnent une tape dans le dos et vous déclarent d’un regard sombre : « Il va falloir serrer la vis ! ». Lorsque vous vous approchez de la salle de classe, les élèves sont éparpillés un peu partout, vous ouvrez la porte et toute la troupe se précipite à votre suite dans un joyeux bazar fait de rire, de cris et de bousculades. A la suite de quoi ils s'assoient dans la salle et ce n'est qu'au bout de 10 minutes que vous parvenez à leur rappeler votre existence !


 
Pourtant, on vous a donné la solution : « Il faut serrer la vis ! ». Mais qu’est-ce à dire concrètement ? Avez-vous lu Le Petit Prince ? Si vous ne l’avez pas fait, vous devriez, car ce merveilleux ouvrage traite, entre autres, du problème fondamental mais pourtant inaperçu, de la dangerosité des baobabs. Le sol de la planète du Petit Prince recèle un grand nombre de graines, il y a les bonnes graines comme les graines de rosiers qu’il faut préserver, mais il y a les mauvaises graines, dont les plus terribles sont les graines de baobabs. Ces dernières, à force de croître peuvent tout simplement détruire la planète avec leurs grosses racines. C’est pour cela que chaque matin, le Petit Prince prend sa pelle et va déraciner les pousses de baobabs avant qu’il ne soit trop tard.
 


Voilà le problème. Si vous laissez passer une petite chose (un port de casquette en classe, un mot déplacé, un geste inapproprié), les élèves vont automatiquement passer au niveau supérieur. Et très rapidement, vous allez vous retrouver avec d’énormes baobabs dans votre classe et ce sera la fin, votre planète-classe sera inexorablement désintégrée !
Bon, en fait, contrairement à ce que j'ai dit plus haut, en réalité, les élèves sont en général calmes le premier cours. Pourquoi ? Parce qu'ils ne savent pas encore à qui ils ont affaire. C'est pour ça qu'il est très important de surveiller la pousse des baobabs dès le début et, donc, de "serrer la vis" ! Si vous ne jouez pas au "méchant" au début, il y a de grande chance que vous perdiez le contrôle ensuite. Mais là encore, comment serrer cette fameuse vis ?


 
Selon moi, tous les problèmes de discipline viennent du fait que le prof ne maîtrise pas la nature du terrain. Par exemple : pourquoi les élèves discutent-ils avec autant d’aisance ? Tout simplement parce qu’ils se groupent par affinité. Les amis avec les amis. C’est pour ça qu’ils ont beaucoup de choses à se dire ! Conclusion : ne serait-ce pas au prof de placer les élèves dans la classe ?


 
Ainsi, au lieu de faire l’appel de votre bureau alors que tout le monde est rentré et où vous ne maîtrisez déjà plus rien, faites donc l’appel dehors avant de rentrer. Et décidez vous-même où vous allez placer les élèves. Ce peut être tout simplement par ordre alphabétique à partir de la table de devant tout à droite jusqu’à la table de derrière tout à gauche. Bien entendu, ceci doit se faire dès le premier cours. Ce sera plus difficile à faire après plusieurs cours car les baobabs auront poussé !
 


Donc ce que je retiens du Petit Prince, c’est qu’il faut faire gaffe aux baobabs et être maître du terrain.
Repost 0
23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 18:33



Il y a quelques jours, dans « Que faire d'une chanson en classe de FLE ? », je m’interrogeais sur la meilleure exploitation à faire du Torero de Cabrel. Je n’étais pas très heureux dans mes recherches sur le net, mais j’ai eu un peu plus de chance aujourd’hui. Car j’ai trouvé un site s’expliquant mieux sur le COMMENT faire mon cours. Il s’agit d’un article de Michel Boiron intitulé Chansons en classe, mode d’emploi paru sur le site Le français dans le monde.
 


En lisant cet article, je me suis aperçu que la structure même de la séance classique installait d’emblée l’étudiant dans une situation de passivité déplorable : les étudiants sont assis, doivent se taire et écouter religieusement la chanson. Ce qui n’incite évidemment pas à l’activité. Il faudrait donc les dynamiser dès le départ. Mais comment ?


 
La solution de Michel Boiron consiste à donner le thème de la chanson dans un premier temps. Dans le cas du Torero, ce serait les fameux sujets dont on ne savait que faire dans le précédent billet : la ville, la campagne, la nature et l’amour. Ces thèmes seraient distribués à des équipes chargées de leur associer tous les mots qu’ils peuvent connaître.


 
Cette procédure a le mérite d’impliquer d’emblée les étudiants dans une activité. Ce qui les rendra certainement plus attentifs lors du cours et même pour l’écoute. Par ailleurs, cela permet éventuellement de rappeler les mots les plus simples et les plus courants dans la tête des plus faibles.


 
Ensuite, on peut leur proposer des travaux d’écriture comme rédiger un texte, voire une chanson, avec les mots trouvés. A la fin, les groupes récitent (ou même chantent) leurs créations. Bien entendu, cela ne peut se faire qu’avec des groupes relativement avancés. Pour les plus faibles, on peut donner le texte où manquent des bouts de phrases, des vers ou des strophes. Enfin, nous pouvons procéder à l’écoute de la chanson.


 
D’une manière générale, ce que je retiens, c’est qu’il faut essayer de penser à l’envers. Je m’explique, lorsque nous avons une chanson, notre première intention est de la faire écouter aux élèves afin qu’ils remplissent un texte à trous. Mais il semble bien meilleur de d’abord travailler sur la chanson par le biais d’une recherche de vocabulaire et par une petite rédaction, et d’ensuite seulement de diffuser le morceau. Ce dernier apparaît alors, non plus comme un point de départ qui devient rapidement ennuyeux à force de répétition, mais comme une finalité guidant le cours et, pourquoi pas, suscitant l’intérêt chez les élèves.
 
Repost 0

Présentation

  • : ACIDE FLE
  • : Blog d’un prof de Français Langue Etrangère (FLE) proposant ses idées de cours ainsi que ses réflexions sur le métier de prof.
  • Contact

Recherche

Archives

Pages

Liens