Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 09:48

manuel_FL.jpg

 

 

Généralement, la préparation d'un cours de FLE avec un manuel se déroule en deux étapes : la première consiste à comprendre le fonctionnement interne de la méthode et la seconde a pour but d'enrichir cette dernière avec son propre matériel.

 

 

Comment appréhender la logique d'un manuel ? C'est simple, il suffit de réaliser l'intégralité des exercices du manuel : les exercices de grammaire, les compréhensions écrites, les compréhensions orales, etc. Ensuite, vous vous corrigez à l'aide du guide pédagogique.

 

 

Lorsque vous aurez accompli ce travail, vous aurez une idée globale de la progression du manuel ainsi qu'une connaissance précise de la logique interne de chaque unité. Par ailleurs, cela vous permettra également de découvrir tous les vices cachés du manuel, et ils peuvent être malheureusement nombreux.

 

 

Il s'agit d'un secret bien gardé par les maisons d'éditions, mais il faut savoir qu'un certain nombre d'auteurs de méthode sont d'anciens toxicomanes qui font parfois des rechutes lors de la conception d'un manuel. C'est ainsi que s'explique certains problèmes.

 

 

Par exemple, il n'est pas rare de trouver des coquilles dans les exercices ou dans la correction de l'exercice. Et sachez qu'il est assez désagréable de découvrir pendant le cours la coquille qui s'est justement logée dans l'explication de grammaire, ou pire, qu'un élève vous le fasse remarquer.

 

 

Vous pouvez également rencontrer des exercices mal conçus qui se révèlent infaisables ou incompréhensibles. Ainsi, j'ai déjà eu affaire à des mots fléchés supposés de niveau A2 que j'étais incapable de terminer ou des exercices que je lisais et relisais sans comprendre ce qu'il fallait faire exactement. Comme je suis gentil, je ne donnerai pas de références précises.

 

 

Mais croyez bien que lorsque ces problèmes surgissent, ça fait mal, et même très mal. Le seul avantage de ce genre de situation, c'est que j'obtiens pour une fois toute l'attention de mes élèves puisqu'ils ont l'occasion d'apprendre de nouveaux mots grâce aux bordées de jurons que j'adresse aux auteurs ; je note également que j'éveille tout leur intérêt lorsque je déchire sauvagement le manuel avec les dents, mais je ne comprends pas très bien pourquoi.

 

 

Bref, il est donc impératif de réaliser l'ensemble des exercices du manuel pour éviter tout problème pendant le cours.

 

 

Ensuite, je m'attelle à faciliter le travail de correction des audio en recopiant la transcription du guide pédagogique sur le manuel, dans la marge, à côté de la compréhension orale (quand elle n'est pas trop longue). Je note également le numéro de la piste à côté de l'audio pour éviter de passer une minute à chercher la bonne piste sur le CD.

 

 

Pour les compréhensions écrites, je souligne et je numérote les parties du texte contenant les réponses aux questions. Je souligne également les mots que je suppose inconnus par les apprenants.

 

 

Attachez un soin tout particulier à la préparation des CO et des CE. En effet, ces types d'exercices sont par excellence ceux des questions ambiguës et des réponses pas claires. Il convient donc d'écouter l'audio ou de lire le texte attentivement afin d'apporter des réponses précises aux questions, ce qui vous permettra d'éviter toutes hésitations lors de la correction.

 

 

Quand vous aurez fait tout ceci, vous pourrez passer à la seconde étape, celle où vous apportez votre touche personnelle en sélectionnant les exercices que vous allez faire, ceux que vous n'allez pas faire et ceux que vous allez faire différemment. L'optique générale étant de se demander comment dynamiser au maximum les exercices du manuel et donc votre cours.

 

 

Par exemple, une compréhension écrite proposant de rédiger un dialogue pourra facilement être transformée ou complétée en expression orale. Un exercice de grammaire rébarbatif à faire seul pourra être réalisé de manière interactive à plusieurs, etc.

 

 

Ensuite, vous devez porter votre attention sur les points de grammaire de chaque unité et vous devez établir votre propre présentation dudit point sous forme de tableau. J'ai l'habitude de noter ma vision des choses sur un post-it et de le coller dans le manuel à l'endroit où il sera abordé. C'est le contenu de ce post-it que j'écrirai au tableau et qui constituera mon explication grammaticale.

 

 

Autre élément de la méthode à traiter : chaque unité commence par un document déclencheur qui n'est pas toujours folichon. Il faut donc essayer de trouver un autre document sur le même thème mais sous une forme plus accrocheuse comme une vidéo.

 

 

Enfin, vous pourrez ajouter tout autre type d'exercice ou d'activité extérieur à la méthode que vous jugerez opportun et en rapport avec la leçon.

 

 

Voilà ma manière de faire. Cependant, je dois bien avouer que peu de mes collègues procèdent exactement ainsi. La plupart du temps, ils feuillètent le manuel, notent mentalement la progression de leur leçon, bâillent et vont en cours ; ce qui ne laisse de m'étonner car je suis proprement incapable d'être aussi décontracté.

 

 

A l'inverse, lorsque d'aventure un collègue jette un œil sur mon manuel et qu'il voit tous les exercices faits, les pages recouvertes de post-it et constellées d'annotations diverses, on a tendance à me regarder de travers, genre c'est un peu la honte pour l'enseignant de faire les exos des élèves tant il est évident qu'un vrai prof n'a pas besoin de faire ça.

 

 

Toutefois, d'une part, je reste persuadé que c'est la seule et unique manière de maîtriser une méthode pour pouvoir s'en libérer. D'autre part, à chaque fois que je n'ai pas eu l'opportunité de faire ce travail de préparation, j'ai eu de mauvaises surprises en cours à tous les niveaux : coquilles, exercices bizarres, exercices que je pensais simples et qui s'avèrent en fait compliqués et encore plus compliqués parce que je n'ai pas assez préparé la leçon, etc.

 

 

De plus, s'il est nécessaire de réaliser l'intégralité des exercices afin de repérer les insuffisances de la méthode, il faut également les faire car, tant qu'on n'a pas fait soi-même les exercices, on ignore à quel point ils sont parfois difficiles à réussir abstraction faite des défauts de la méthode.

 

 

Beaucoup d'enseignants supposent à tort qu'ils sont capables de faire les doigts dans le nez la plupart des exercices du manuel. Cependant, je ne crois pas que cela soit aussi simple, toute proportion gardée par rapport aux compétences de l'élève, un enseignant pourra sans aucun doute réussir l'exercice, mais il ne le réussira peut-être pas aussi facilement qu'il le pense.



Par exemple, un natif peut très bien éprouver des difficultés à faire une CO parce que l'audio passe trop vite ou parce qu'elle ne passe que deux fois au lieu de trois. Ou bien l'enseignant donne 15 minutes aux élèves pour rédiger un texte que lui-même mettrait 20 minutes à écrire, etc.

 

 

Je vous invite vraiment à beaucoup d'humilité sur ce genre de chose.

Repost 0
2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 10:48




Récemment, on m'a sollicité pour une série de cours sur les différentes méthodologies du FLE. Je me suis dit : « Bon, c'est pas le sujet le plus passionnant, il va falloir en mettre un coup pour faire passer ça. ».

 

 


Aussi, afin de capter un maximum l'attention de mes auditeurs, j'ai tenté d'adapter la fameuse technique du storytelling au cours magistral, c'est-à-dire d'enseigner les différentes méthodes de FLE à travers des histoires et des anecdotes.

 

 


Je me souviens d'une planche de Kid Paddle (désolé, on a les références qu'on peut) qui présente parfaitement cette technique. Kid s'ennuie ferme lors d'un cours d'histoire et, tout à coup, le prof ouvre une parenthèse : « Pour la petite histoire, sachez que... » et il se met à raconter les errements atroces d'une comtesse qui massacra des jeunes vierges pour se baigner dans leur sang afin de rester toujours jeune. A ce moment, Kid se réveille et écoute l'anecdote avec la plus grande des attentions. Ensuite, l'enseignant ferme la parenthèse, poursuit son cours et Kid se rendort.

 

 


Cette bande dessinée, tout innocente qu'elle paraisse, illustre à merveille l'emploi possible du storytelling en pédagogie. Car, effectivement, je pense qu'on a tous eu un prof qui, au détour d'une phrase, s'est mis à nous raconter une « petite histoire », pas forcément sanguinolente comme celle de Kid, mais néanmoins tout à fait passionnante sur tel ou tel sujet. Et à ce moment, contrairement à l'habitude, nous étions tout ouïe. Alors pourquoi ?

 

 


A cause de la structure même du récit : situation de départ / problème / résolution du problème. L'auditeur est tenu en haleine tout le long de ce développement jusqu'au dénouement final.

 

 

 


Cependant, un exemple valant mieux qu'un long discours, je m'empresse de vous en livrer un. Ce dernier ne provient pas de mon cours que je considère comme très imparfait à côté de ce que j'aurais pu faire. Aussi vais-je vous fournir un exemple issu d'un ouvrage dont je vous recommande chaudement la lecture : Les grandes aventures du théâtre de Guy Leclerc.

 

 

 


En effet, l'auteur y utilise très largement la technique du storytelling comme en témoigne déjà le titre, sans pour autant le savoir puisque le livre date de 1965. Cependant, il est indéniable que c'est bien cette technique qui est utilisée puisque les critiques de l'époque dirent spontanément : « ce livre se lit comme un roman d'aventure ».

 

 

 


On le constatera aisément en parcourant le début de l'ouvrage concernant la tragédie grecque. Franchement, quoi de plus ennuyeux que la tragédie grecque ? Et pourtant :

 

 

 


« Ils sont plus de 15 000 sur les gradins en bois du théâtre de Dionysos, à flanc de colline, en pleine nature, sous le ciel lumineux de l'Attique. Ils sont là depuis le matin et ils y resteront jusqu'au coucher du soleil. Les représentations commencent dès le lever du jour. Il le faut bien, car il y a quatre ou cinq pièces à voir, comportant des danses, des intermèdes lyriques... et des entractes bien entendu.

 

 


Si l'un de nous, a écrit Nietzsche, se trouvait soudain transporté à une représentation théâtrale à Athènes, sa première impression serait d'assister à un spectacle étrange et barbare. Le fait est que nous devons faire un gros effort d'imagination pour nous représenter cette extraordinaire kermesse bruyante et bariolée. Les places du premier rang sont réservées aux magistrats, aux prêtres et à ceux qui ont reçu le privilège de la « préséance ». Les femmes sont groupées sur les gradins les plus élevés. On regarde, on écoute, on mange, on boit, on s'interpelle d'une travée à l'autre.




De temps en temps, des acclamations s'élèvent pour remercier un généreux chorège qui vient de faire distribuer à ses frais des gâteaux et du vin (Le chorège, c'est le commanditaire, un des citoyens aisés qui prennent à tour de rôle la charge du spectacle). Parfois aussi des discussions éclatent, voire des bagarres. Alors les rhabdonques (porteurs de baguettes) chargés de la police du théâtre, interviennent avec promptitude. » (Leclerc Guy, Les grandes aventures du théâtre, Les éditeurs Français réunis, 1965, p.9-10)

 

 

 


Voilà comment on peut faire passer aisément un savoir a priori soporifique grâce au storytelling. Il me paraît donc indéniable que les enseignants auront beaucoup à retirer de cette technique.

 

 

 


Cependant, je crains que l'image négative du storytelling en politique n'hypothèque son introduction dans les salles de classe à cause du risque de perdre de vue l'exigence de contenu pour s'abandonner aux facilités de la forme narrative.

 

 



Toutefois, j'espère qu'avec l'exemple fourni ci-dessus, on aura compris que pour peu qu'on soit rigoureux dans la construction de son cours, il n'y a aucune raison de tomber dans ce piège et de ne pas récolter les bénéfices d'une telle méthode.

 

 


Repost 0
18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 05:56



Un jour, je corrigeais tranquillement des copies à mon bureau. Mon chef bien aimé entre et s'approche de moi, l'air gêné, il se racle la gorge :

 

 


« Heum... J'ai une mauvaise nouvelle.

- Quoi ? Je vais encore être jury au Delf ?

- Heu... Non, c'est-à-dire... tu vas devoir utiliser un manuel pour tes cours.

- De quoi !? Mais qu'est-ce que j'ai fait ! Pourquoi ? Est-ce que les élèves ont dit que j'étais nul ? Est-ce que j'ai besoin qu'on me dise comment faire mes cours ? Est-ce que j'ai pas toujours donné entière satisfaction ? Pourquoi tu me fais ça ? C'est parce que j'ai couché avec ta femme, c'est ça ?

- Ecoute, nous avons un programme à respecter. Tu ne peux pas faire toujours ce que tu veux en cours !

- Mais pourquoi pas ? Est-ce que je vais dire aux auteurs de manuel comment faire leur manuel ? Non ! Alors pourquoi ils viennent me faire la leçon en classe ?

- C'est comme ça et puis c'est tout !

- Ah bravo ! Belle pédagogie ! Ça, c'est exactement ce qu'on dit quand on n'est pas foutu d'expliquer une règle de grammaire.

- Arrête de faire l'enfant ! Tu sais très bien qu'on est obligé.

- Misère de misère ! Qu'est-ce que ça va être encore ? Campus ? Alter Ego ? Connexions ? O mon Dieu ! Faites que ce soit pas les Cours de la Sorbonne ! Faites que ce soit pas les Cours de la Sorbonne !

- Heum... c'est-à-dire que... (raclement de gorge) ... non... en fait, il ne s'agit pas de ce genre de manuel, tu vas devoir utiliser un manuel de grammaire. En l'occurrence, heum... L'expression française écrite et orale d'Abbadie. »

 

 


Là, je me souviens plus de ce qui s'est passé parce que je me suis évanouis d'horreur. Il paraît que lorsque j'ai commencé à émerger, j'aurais balbutié que j'allais brûler Grenoble ou quelque chose comme ça, mais je me souviens pas de ça non plus. Enfin bref, ce jour là, on m'a mis les fers aux pieds en m'imposant le pire manuel de grammaire qui ait jamais été conçu : 240 pages d'exercices à trous ! Qui dit mieux ?

 

 


J'ai donc commencé, la mort dans l'âme, à faire cours avec ce manuel. Enfin, si on peut appeler ça « faire cours » : Faites l'exercice à trous. Correction. Faites l'exercice à trous. Correction. Faites l'exercice à trous. Correction, etc. Je me suis rarement senti aussi mal à l'aise devant mes élèves et je peux dire avec certitude que jamais je n'ai fait des cours aussi mauvais de toute ma vie.

 

 


Alors on me fera certainement remarquer qu'il faut « savoir utiliser un manuel », qu'on « n'est pas toujours obligé de le suivre à la lettre », etc. Mais tout ça, c'est rien que des bullshits ! Je me suis creusé la tête pour essayer d'utiliser ce manuel autrement, mais tant qu'on le garde en main, il est impossible d'y échapper. On doit suivre sa progression, ses exercices, sa manière de voir, tout ! C'est d'ailleurs bien pour ça qu'il est fait.

 

 


Au bout d'un moment, voyant que les élèves bâillaient à s'en décrocher la mâchoire, je me suis dit que ça pouvait pas continuer comme ça. Il était impératif de rendre ces exercices à trous plus digestes. Et comme je ne pouvais pas simplement balancer ce manuel par la fenêtre, j'ai pu au moins remodeler chaque exercice que j'utiliserais.

 

 


Pour commencer, j'ai modifié ce qu'il y avait de plus simple : la mise en page. Car la présentation des exercices n'a absolument rien d'attractif, on pourrait même dire que si on avait voulu faire quelque chose de répulsif, on ne s'y serait pas pris autrement. J'ai donc réorganisé (ou plutôt désorganisé) la structure linéaire des exercices de manière à ce que les élèves puissent commencer par n'importe quelles phrases. De cette manière, on évite l'effet tunnel qui vous force à aller de la phrase 1 jusqu'à la phrase 10. Concrètement, on passe de ce genre de présentation (beurk !) :





A ceci, qui reste un exercice à trous, mais que je trouve tout de même un peu plus gai. De plus, les élèves peuvent y prendre des notes, ce qu'ils ne peuvent pas faire sur le manuel :

 


 



Ensuite, je suis passé à une étape de simplification des exercices du manuel. Car j'avais des élèves proprement incapables de traiter des phrases du style : « Il est navrant que tu ne puisses préparer une béchamel sans faire des grumeaux. » où tous les mots clés (navrant, béchamel, grumeaux) leur étaient complètement inconnus.

 

 


Quant aux explications grammaticales placées au début de chaque chapitre, elles brillent par leur complexité, voire leur obscurité. Par exemple, les exercices sur l'accord du participe passé avec avoir sont placés dans le chapitre intitulé Accords des participes passés des verbes transitifs et intransitifs ; ce qui implique d'expliquer ce point de grammaire avec les verbes transitifs et intransitifs ; tout en sachant que les verbes transitifs sont eux-mêmes présentés via la dichotomie voie passive/voie active !

 

 


Le moins que l'on puisse dire, c'est que les auteurs ne sont pas allés au plus simple. Je sais bien qu'on me répondra que c'est un manuel pour le niveau avancé mais, pour ma part, je ne vois pas de contradiction entre niveau avancé et simplicité ; je trouve même que ça rime.

 

 


Autrement, j'ai parfois modifié la structure même des exercices. Par exemple, des exercices sur des mots presque homophones sont présentés pages 238 et 239 (évoquer/invoquer, largeur/largesse, oppresser/opprimer, etc.). Les exercices fournissent des phrases à trous que l'élève doit compléter avec l'un ou l'autre terme. Le problème, c'est qu'il était fort peu probable que mes étudiants connaissent ce genre de mot. Aussi ai-je donné les phrases complètes et il leur fallait trouver les définitions des mots presque homophones. Je passe donc de cet exercice :

 



A celui-ci :


 


Enfin, il y a deux bandes dessinées de Sempé sans parole. Celle de la page 155 est précédée de cette consigne : « Elaboration du dialogue. Vous utiliserez différents verbes de volonté (conseil, encouragement, exhortation, ordre) pour montrer l'évolution des rapports entre le psychanalyste et son patient. » Comme je trouvais la consigne trop vague, je l'ai modifiée en y intégrant l'exercice 3 de la page 154. Ce qui donne :

 

 


« M. Petit se sent mal dans sa peau. Il va voir le psychanalyste M. Maboul. Ecrivez un dialogue en utilisant ces débuts de phrase pour le patient : « j'aimerais que, j'ose à peine vous demander de, si j'osais, vous seriez bien aimable de, etc. » et ces débuts de phrases pour le psychanalyste : « Si je peux me permettre de vous donner un conseil, je n'ai pas d'ordre à vous donner mais, à mon avis vous devriez, ne vous avisez pas de, pas question de ». Et en fait, je remplace les noms des personnages par des noms de certains de mes étudiants, ça fait toujours son petit effet. Cela donne ceci :


 


 

 


Enfin voilà, j'ai essayé autant que possible de rendre digeste les exercices à trous qu'on m'obligeait à utiliser en cours et je ne suis pas du tout sûr d'y être totalement parvenu tant cela est difficile. Et, sincèrement, je souhaite bon courage à tous ceux qui doivent suivre ce genre de manuel.


Repost 0
22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 12:29





Des mauvais cours magistraux, on en a tous vu, c’est celui où l’enseignant, à peine entré dans la salle de classe, s’assoie prestement derrière son bureau, tire une pile de notes de cours de son cartable ainsi qu’une petite bouteille d’eau (généralement 50 cl.). Puis, après s’être dûment raclé la gorge, lance un bref « Bonjour », prend sa voix la plus monocorde possible et entame la lecture d’un discours qui durera deux heures, mais on a l’impression que ça fait plus.


Les élèves, quant à eux, ne déploient que de faibles efforts pour être attentifs et, au bout de 10 minutes, les plus coriaces finissent tout de même par s’endormir tandis que les plus artistes tracent de gracieuses arabesques sur leurs cahiers de note. L’assistance ne sera finalement tirée de son sommeil de Belle au Bois dormant qu’au : « Est-ce qu’il y a des questions ? », signifiant que l’orateur est parvenu à la fin de la pile et que la séance est terminée.


Dans ce type de cas, tout le problème tient dans le mauvais usage des notes de cours, qui sont simplement lus, entraînant la linéarité du discours, l’uniformité de la voix et le statisme du corps de l’orateur. Mais pour moi, le grief essentiel se résume dans le manque patent d’improvisation.


On ne souligne généralement pas assez l’importance de ce point dans la bonne marche des cours magistraux. Si vous vous contentez de lire un discours, l’auditoire décrochera à coup sûr car le cerveau humain n’est pas conçu pour intégrer linéairement des données, à la manière des ordinateurs. Il faut donc présenter les données de manière non-linéaire et il se trouve que l’improvisation, c’est-à-dire le ton normal d’une discussion, fait de retours en arrière et d’hésitations, convient à merveille pour ce but.


Cependant, l’orateur ne peut pas non plus arriver les mains dans les poches, sans avoir préparé son intervention (sauf dans le cas où il domine son sujet à la perfection). Donc, il faut que le discours soit à la fois improvisé et non-improvisé. Comment résoudre cette contradiction ?


Tout commence avec le statut attribué aux notes de cours. Pour ma part, je les considère comme l’étape préparatoire de mon cours magistral, mais non pas comme son aboutissement. Car je ne compte pas les lire, elles constituent un simple aide mémoire en cas de trou. Mes notes sont tronçonnées en petites unités et, au-dessus de chacune d’entre elles, je mets un gros titre en gras (taille 18 minimum) qui résume la partie. En cas de pertes de mémoire, mon objectif est de lire juste les titres, et si je suis vraiment amnésique, je relis rapidement le paragraphe lui-même (où j’ai pris soin de mettre en gras les mots clés). Mais tout cela, c’est vraiment en cas de problèmes.


Car quand j’entre dans la salle, je sors de mon sac, non pas des notes de cours, mais une pile d’images (une vingtaine environ, mais ça peut-être plus) et je les scotchent sur le tableau. J’aime particulièrement le premier cours, car j’effectue l’opération sans un mot et généralement, les élèves se regardent, l’air perplexe, regardent les images, essayent de deviner ce dont il s’agit. Déjà, je pique leur curiosité sans avoir rien dit.


Alors ces images, que sont-elles ? Lors de la rédaction de mes notes de cours, j’associe aux étapes clés certaines images trouvées sur Internet. Ainsi, lorsque je parle devant mes élèves, je ne regarde pas mes notes de cours, mais le tableau avec ces images. Je précise que ces images n’ont pas nécessairement un rapport figuratif avec mon discours, c’est-à-dire que si je parle de la citoyenneté, je n’aurais pas forcément la photo d’un citoyen, mais l’image de Marianne ou d’un drapeau français. Et il n’est pas nécessaire non plus que les élèves comprennent la signification de toutes les images, elles sont là juste pour vous.


Ainsi, en cours, lorsque vous serez en face de ces images, vous vous souviendrez de pourquoi vous les avez choisies et le contenu de vos notes vous reviendra naturellement à l’esprit. Vos yeux ne seront donc pas occupés à chercher une phrase dans un texte, mais vous pourrez regarder votre auditoire. Vous ne serez pas obligé d’être assis pour lire, mais vous pourrez, à loisir, être debout, face à vos élèves, dans une position où vous pourrez improviser votre discours sans souci. Ne serais-ce qu’en demandant aux élèves « Et ça, qu’est-ce que c’est ? » en montrant une image. Ca n’a l’air de rien, mais ça pose d’emblée une interaction entre vous et l’auditoire, ce qui facilite grandement le travail d’improvisation. Vous n’avez plus qu’à soupoudrer le tout d’humour et je vous promets que vous ferez un cours plus que correct.

Repost 0
7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 09:44

C’est une question importante car on n’a malheureusement pas toujours la possibilité d’aller à l’étranger, ou de fréquenter des étrangers dans son pays, pour apprendre ou perfectionner une langue. D’où l’interrogation de certains élèves, et aussi de certains profs, comment apprendre une langue sans le bain linguistique du pays ?

 
Avant tout, il faut se mettre d’accord sur la forme que doit prendre cet apprentissage. Pour parler une langue plus que correctement, il n’y a pas de secret, on doit vivre avec. Ce doit donc être un travail quotidien, un petit effort de 15 à 20 minutes par jour par exemple. Bien sûr, si on peut faire plus, tant mieux, mais on n’a pas toujours le temps.

 
Pour les débutants, ce qui marche plutôt bien c’est la méthode Assimil, qui fonctionne justement sur le mode « petit effort quotidien ». Chaque jour, une leçon constituée d’un petit texte en langue cible (avec sa traduction en regard) dont on doit écouter la lecture sur un CD. Cela permet d’entrer dans la langue sans trop de difficulté. Pour l’avoir testée moi-même, je puis témoigner que c’est assez efficace (je sais ce que vous vous dites, mais non ! Je n’ai pas d’actions dans cette entreprise !).

 
Toutefois, pour des élèves plus avancés, la méthode Assimil se révèle insuffisante, d’où la nécessité de passer à un niveau supérieur. Et nous avons aujourd’hui des moyens modernes tout à fait extraordinaires pour parvenir à ce but. Le premier d’entre eux étant la télévision. Ca, c’est incroyable ! Si on a la chance de pouvoir regarder le câble tous les jours dans la langue cible, on fera de grands progrès en peu de temps. Ca rentre tout seul ! Et si on ne dispose pas du câble, il reste les DVD. Mais il y a bien évidemment un problème de taille : cela coûte atrocement cher.
 

Alors ce qui coûte le moins cher, c’est de prendre un livre dans la langue en question et de le lire, mais attention, de le lire à haute voix ! Ainsi, vous aurez dans la bouche la langue cible même si vous ne la maîtrisée pas complètement. C’est le seul moyen que je connaisse pour travailler l’expression orale tout seul. Si vous faites ça régulièrement, couplé si possible avec la télé et les DVD pour prendre l’accent, normalement, les progrès devraient être sensibles.

 
Si vous connaissez d’autres trucs pour travailler une langue tout seul, je vous en prie, n'hésitez pas à les communiquer dans les commentaires de cet article. Je pense que tout le monde sera ravi d’apprendre ce genre de chose.
 
Merci d’avance.
Repost 0
31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 09:28




Quand on débute dans le professorat, il est fondamental de prendre conscience que la simple disposition de la classe peut commander le succès ou l’échec d’une séance. Voici donc une petite typologie des différentes dispositions de la classe qu’un prof peut utiliser suivant son objectif.
 

La disposition que j’appellerai « classique » est LA CLASSE EN RANGS. Elle organise comme chacun sait les élèves en lignes bien parallèles devant le bureau du professeur. Cette figure se révèle tout à fait adéquate pour les cours magistraux où les élèves doivent conserver le silence, écouter le professeur et transcrire son discours sur le papier. En revanche, lorsqu’il s’agit de faire un cours de langue, c’est catastrophique !


 
On imagine mal en effet à quoi ressemblerait une interaction entre un élève du premier rang qui devrait se tourner complètement afin de s’adresser à un élève du fond de la classe par-dessus plusieurs rangées de personnes, qui elles-mêmes devraient avoir chacune son interlocuteur !



Bien entendu, je pars du présupposé que les élèves doivent se parler entre eux au sein d’un cours de langue. Donc, pour un groupe de discussion d’une dizaine de personnes, on disposera bien entendu LA CLASSE EN CERCLE. Ainsi, chaque apprenant se trouvera en face-à-face avec tous les autres, y compris le prof, ce qui favorise la discussion puisque le pré-requis nécessaire pour parler à quelqu’un, c’est évidemment d’être en face de lui !
 


Pour les groupes plus nombreux, vous avez deux solutions. Première solution : LA CLASSE EN PLUSIEURS PETITS CERCLES. Vous les faites travailler en groupe, par petits cercles, pour faciliter la discussion. L’avantage est que vous créez des conditions presque identiques à celles existant avec un seul petit groupe. Le problème, c’est que s’ils ne sont pas assez motivés pour parler français de manière autonome, ils vont discuter dans leurs langues maternelles.
 

Deuxième solution : LA CLASSE EN U. Potentiellement, cette matrice favorise la parole autant que la disposition en cercle, mais sa supériorité réside dans le fait que le prof peut regarder dans les yeux chaque élève en tournant légèrement la tête. Ce qui suffit généralement pour qu’ils ne parlent pas autre chose que le français.

 
Bien entendu, vous pouvez utiliser ces dispositions alternativement pendant votre cours, suivant les activités effectuées, c’est l’idéal. Il est très important de les faire bouger parce que, soyons sincère, aucun être humain n’est fait pour rester une heure assis sur une chaise. Alors s’ils peuvent se lever et se déplacer, ça va aérer leurs esprits et ils seront plus performants ou en tout cas plus attentifs.
Repost 0
25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 12:21


baobab.jpg

Comment maîtriser une classe turbulente? Peut-on obtenir le silence en cours ? La discipline est-elle encore possible au XXIème siècle ? Peut-on convaincre Karim d’attendre la fin du cours pour fumer son bédo ?
 


A en croire les professeurs proche de la retraite, il faut désespérément répondre par la négative à toutes ces questions. Et il semble qu’il faille sombrer dans la dépression pour les plus forts d’entre nous, quant aux plus faibles, ma foi, il existe heureusement des moyens modernes pour en finir sans douleur.


 
Il est vrai que la réalité fait frémir. Cela commence dès la salle des profs, lors de votre première rentrée, vous savez, LA rentrée où vous avez le trouillomètre à zéro. Là, les collègues qui se sentent concernés par votre sort vous donnent une tape dans le dos et vous déclarent d’un regard sombre : « Il va falloir serrer la vis ! ». Lorsque vous vous approchez de la salle de classe, les élèves sont éparpillés un peu partout, vous ouvrez la porte et toute la troupe se précipite à votre suite dans un joyeux bazar fait de rire, de cris et de bousculades. A la suite de quoi ils s'assoient dans la salle et ce n'est qu'au bout de 10 minutes que vous parvenez à leur rappeler votre existence !


 
Pourtant, on vous a donné la solution : « Il faut serrer la vis ! ». Mais qu’est-ce à dire concrètement ? Avez-vous lu Le Petit Prince ? Si vous ne l’avez pas fait, vous devriez, car ce merveilleux ouvrage traite, entre autres, du problème fondamental mais pourtant inaperçu, de la dangerosité des baobabs. Le sol de la planète du Petit Prince recèle un grand nombre de graines, il y a les bonnes graines comme les graines de rosiers qu’il faut préserver, mais il y a les mauvaises graines, dont les plus terribles sont les graines de baobabs. Ces dernières, à force de croître peuvent tout simplement détruire la planète avec leurs grosses racines. C’est pour cela que chaque matin, le Petit Prince prend sa pelle et va déraciner les pousses de baobabs avant qu’il ne soit trop tard.
 


Voilà le problème. Si vous laissez passer une petite chose (un port de casquette en classe, un mot déplacé, un geste inapproprié), les élèves vont automatiquement passer au niveau supérieur. Et très rapidement, vous allez vous retrouver avec d’énormes baobabs dans votre classe et ce sera la fin, votre planète-classe sera inexorablement désintégrée !
Bon, en fait, contrairement à ce que j'ai dit plus haut, en réalité, les élèves sont en général calmes le premier cours. Pourquoi ? Parce qu'ils ne savent pas encore à qui ils ont affaire. C'est pour ça qu'il est très important de surveiller la pousse des baobabs dès le début et, donc, de "serrer la vis" ! Si vous ne jouez pas au "méchant" au début, il y a de grande chance que vous perdiez le contrôle ensuite. Mais là encore, comment serrer cette fameuse vis ?


 
Selon moi, tous les problèmes de discipline viennent du fait que le prof ne maîtrise pas la nature du terrain. Par exemple : pourquoi les élèves discutent-ils avec autant d’aisance ? Tout simplement parce qu’ils se groupent par affinité. Les amis avec les amis. C’est pour ça qu’ils ont beaucoup de choses à se dire ! Conclusion : ne serait-ce pas au prof de placer les élèves dans la classe ?


 
Ainsi, au lieu de faire l’appel de votre bureau alors que tout le monde est rentré et où vous ne maîtrisez déjà plus rien, faites donc l’appel dehors avant de rentrer. Et décidez vous-même où vous allez placer les élèves. Ce peut être tout simplement par ordre alphabétique à partir de la table de devant tout à droite jusqu’à la table de derrière tout à gauche. Bien entendu, ceci doit se faire dès le premier cours. Ce sera plus difficile à faire après plusieurs cours car les baobabs auront poussé !
 


Donc ce que je retiens du Petit Prince, c’est qu’il faut faire gaffe aux baobabs et être maître du terrain.
Repost 0

Présentation

  • : ACIDE FLE
  • : Blog d’un prof de Français Langue Etrangère (FLE) proposant ses idées de cours ainsi que ses réflexions sur le métier de prof.
  • Contact

Recherche

Archives

Pages

Liens