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27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 10:45


Qui est Spencer Kagan ? Un chercheur américain dans le domaine de l’éducation qui s’est spécialisé dans l’apprentissage par coopération et dans la création de structures de classe. Il en a environ 200 à son actif présentées dans son ouvrage de référence : Cooperative learning.
 

Cette personne semble être assez célèbre de l’autre côté de l’Atlantique si on se fie aux 9 500 pages consacrées à ce monsieur sur le Web. Et il faut bien admettre que ses structures font énormément réfléchir tant elles sont incroyablement originales par rapport à nos pratiques habituelles.

 
Toutefois, il est assez difficile d’obtenir des informations sur ces structures car ce Kagan n’est pas spécialement prodigue en ce qui concerne ses idées pédagogiques. En fait, il veut bien partager ses structures, mais uniquement avec des profs munis d’une Gold et d’un compte secret en Suisse, ce qui est somme toute assez rare.

 
Pour s’en convaincre, il suffit de visiter son site, kaganonline, où le décor est planté dès la première page avec des offres promotionnelles qui clignotent de partout. En ce moment, 6$ vous sont offerts pour l’achat d’un « Mega Timer » pour chronométrer les activités de vos apprenants. Profitez-en ! C’est une offre qui ne se refuse pas !
 

Enfin bon, ce genre de pratiques commerciales est certainement tout à fait normal aux Etats-Unis. Et c’est sans doute nous qui sommes très bizarres de ne pas nous en mettre plein les poches avec nos idées pédagogiques. Cependant, le libéralisme économique ne peut pas tout, et un grand nombre de personnes connaissent les structures les plus célèbres de Kagan. En voici une demi-douzaine, ce qui est amplement suffisant pour nous faire réfléchir :
 
 
 
1/ TROUVE LA FEINTE !
 
Vous faites des groupes et vous demandez à chaque personne de trouver trois phrases intrigantes sur sa vie. Sur les trois phrases, deux sont vraies et une est fausse. Les autres groupes doivent découvrir la feinte. C’est une activité sympathique mais assez courte.
 
 
 
2/ FAITES LE PERROQUET
 
Vous mettez les apprenants par deux et ils doivent discuter pendant deux minutes sur un sujet en particulier (par exemple, l’interdiction de fumer dans les lieux publics). Puis, vous demandez à chaque duo (par exemple A et B) de faire un groupe avec un autre duo (avec C et D). Ils forment ainsi un groupe de quatre. Ensuite, vous demandez à A et B de se séparer et de former deux nouveaux duos avec respectivement C et D. On obtient alors les nouvelles paires A-C et B-D. Parvenu à ce stade, vous demandez à A de répéter à C ce que B lui a raconté. Vous demandez la même chose à B (qui va rapporter à D ce que A lui a raconté). Et ensuite on inverse, C rapporte à A ce qu’a dit D et idem pour D.
 
Vous aurez compris qu’il faut être limpide lorsque vous donnez les instructions. Je suggère de faire un dessin au tableau.
 
 
 
3/ PARAPHRASE D’ABORD !
 
Vous faites des groupes de six, vous les mettez en cercle. Sur un sujet quelconque, vous demandez au plus jeune de commencer à parler pendant une minute sans interruption à la personne qui se trouve à sa gauche (la personne à qui l’élève parle ne doit donc pas parler). Ensuite, la personne qui était l’interlocuteur parle à son tour pendant une minute (toujours sans interruption) à la personne qui se trouve à sa gauche en paraphrasant ce qu’on vient de lui dire et en ajoutant ensuite sa propre opinion, et ainsi de suite jusqu’à la dernière personne du cercle.
 
Pour cette activité, il est sans doute préférable que le plus fort s’exprime en premier afin d’apporter de l’eau au moulin. Par ailleurs, si vos élèves sont motivés, vous pouvez ne pas fixer d’ordre préétabli et les laisser parler librement, avec la condition de toujours paraphraser ce qu’a dit la personne précédente. L’intérêt de ce genre de structure est de permettre d’éviter que les élèves les plus doués monopolisent la parole. Et elle assure à chacun un temps égal d’expression.
 
 
 
4/ UN COIN, UNE OPINION !
 
Si vous voulez mener un débat, annoncez que trois coins de la salle symboliseront le pour, le contre et l’indécision. Une fois le sujet énoncé, les apprenants se placent dans le coin représentant leurs opinions. Dans une première phase, chaque groupe doit réfléchir ensemble aux arguments pour, contre, ou qui montre qu’on ne peut choisir. Dans une seconde phase, vous mixez les trois groupes et l’échange d’arguments peut commencer.
 
Deux petits bémols cependant : premièrement, il est assez difficile de trouver un sujet suffisamment clivant pour avoir ces trois positions. Il y a un grand risque d’avoir des groupes déséquilibrés. Par ailleurs, le groupe « sans opinion » est un peu bizarre dans ce contexte car quel argument est-il sensé trouver puisque par définition, il n’a pas d’opinion ?
 
 
 
5/ LE DÉBAT EN LIGNE
 
Toujours pour un débat : énoncez un sujet, demandez-leur de réfléchir au sujet et de savoir s’ils sont pour, contre ou indécis. Ensuite, demandez-leur de former une ligne avec à l’extrême gauche les « très pour » et à l’extrême droite les « très contre », bien évidemment, les indécis sont au milieu :
 
+    1      2       3       4       5       6       7       8       9       10     -
 
Ensuite, coupez la ligne en deux et placez le 1 « très pour » devant le 6 indécis ; ainsi que le 5 indécis devant le 10 « très contre ». Ainsi, les opposés pourront tenter de convaincre les indécis :
 
6          7          8          9          10
 
1          2          3          4          5
 
Toutefois, j’ai pu constater que cette structure était assez difficile à manipuler d’abord d’un point de vue purement techniquement. Puisque lorsque vous devez former une ligne avec 25 personnes, vous n’avez pas d’autre choix que d’ouvrir la porte de la salle de classe et de laisser passer un bout de la ligne dans le couloir. Ce qui se révèle être un spectacle bien curieux pour les gens qui passent.
 
Par ailleurs, il n’est pas certain qu’on trouve des gens « très contre » et des gens « très pour » sur un sujet donné, même s’il faut reconnaître que cette structure prend en compte le fait qu’il y a souvent une minorité d’extrêmes et une majorité d’indécis.
 
 
 
6/ LE CADRAN
 
Vous demandez à la moitié de la classe de former un cercle. Vous demandez à l’autre moitié de former un second cercle autour du premier. Chaque élève du premier cercle fait face à un élève du second cercle. Vous avez donc une série de duo disposée en cercle. Ensuite, vous faites une activité où les duos discutent. Puis, vous demandez aux personnes du cercle extérieur de se déplacer de deux crans vers la gauche. Vous avez ainsi des nouvelles paires d’apprenants près pour une seconde activité. Les cercles fonctionnent donc comme le cadran des vieux téléphones : un cercle tourne pendant que l’autre reste immobile.
 
 
 
Enfin, voilà les sources : deux sites en anglais présentant quelques structures de classe de Kagan :
 
Une présentation de Jane Joritz-Nakagawa (Aichi University of Education):
 
 

 

 
Et une présentation de Gary Fortenberry (Monterey High School, Lubbock, Texas) :
 
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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 09:52

 

Je vais vous raconter un peu ce que j'ai fait récemment comme brise glace lors d'un premier cours. D’abord, quand je suis entré dans la salle, ils étaient évidemment tous assis sur leurs chaises, bien à l’abri derrière leurs tables. Est-ce que j’ai déjà dit le profond dégoût que j’éprouve pour ce genre de meubles en cours de langue ?
Franchement, quand je vois ça, c’est comme dans Sartre, je deviens tout vert et j’ai la nausée. Je ne dis pas que je ne me sers jamais d’une table de temps en temps. Oui, bien sûr, parfois je m’en sers comme bois de chauffage dans la cheminée, mais dans un cours de langue, à part prendre de la place et encombrer la salle, je ne vois pas l’intérêt.

 
Donc la première chose que je leur ai demandé de faire, c’est de virer tout le bois inutile contre les murs de la classe. Comme d’habitude, on m’a regardé avec des yeux ronds comme des soucoupes mais ils se sont tout de même exécutés, voyant bien que sinon, c’est moi qui allait les exécuter.

 
Ensuite, j’ai pu faire mon brise glace convenablement : je constitue les groupes au hasard grâce à un jeu des sept familles. Parce que sinon, ils vont se mettre spontanément par nationalité et parleront roumain, allemand, espagnol où je ne sais quelle langue. Comme je veux des groupes de 4, je ne mets que 4 cartes pour chaque famille et je mets autant de familles dans le jeu de carte que je veux de groupes de 4. Une fois qu’ils ont tiré leurs cartes, ils doivent trouver leurs familles.
Une fois ceci fait, ils doivent prendre quatre chaises et former un carré. Et l’ensemble des carrés doit former une sorte de damier. L’essentiel étant que les côtés des carrés forment des lignes parallèles et perpendiculaires. Il est fondamental de bien disposer les chaises au départ car sinon, vous aurez énormément de mal à donner les instructions qui suivent.
 

Ensuite, je leur donne un questionnaire de présentation dont vous imaginez la banalité : nom, prénom, loisirs, etc. Première phase : ceux qui font face au tableau mènent l’interview de l’étudiant qu’ils ont devant eux avec le fameux questionnaire. Une fois le questionnaire terminé, on inverse. L’étudiant qui fait face au mur du fond de la classe fait l’interview. Deuxième phase : ceux qui se trouvent à gauche du carré présentent la personne qu’ils viennent d’interviewer à l’étudiant qui est juste à côté. Ensuite on inverse et voilà le travail.

Après (si vous avez encore du temps) vous pouvez les faire se lever et choisir une personne qu'ils ne connaissent pas dans la salle et ils doivent se présenter eux-mêmes. S'ils le font et que tout le monde parle en même temps dans un bordel indescriptible, c'est que vous avez réussi votre brise glace. 
 
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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 12:52

 

Lorsqu’on est prof de fle, on voyage. Quand on voyage, on voit toujours de beaux paysages. Et quand on voit de beaux paysages, on a toujours son petit numérique avec soi pour prendre de jolies photos. Et, miracle de la technologie, il se trouve que ces appareils peuvent prendre également des vidéos. Il n’en fallait pas plus pour que j’utilise cela pour mes cours.
 

Je suis donc arrivé un beau matin en classe avec des produits de consommation courante : un tube d’Efferalgan, un tube de dentifrice, etc. Je leur demande de faire des groupes puis de choisir un des produits que je leur propose. Ils doivent ensuite en constituer le champ lexical.

 
Par exemple, pour le tube de dentifrice, ce sera : « brosse à dent, brosser les dents, salle de bain, tartre, dent, gencive, etc. ». Après cela, ils doivent écrire le scénario d’une pub ayant pour objectif de vendre le produit.

 
A ce stade, des regards interrogateurs autant qu’inquiets convergent vers moi car, commençant à me connaître, ils commencent aussi à se méfier de mes coups fourrés. J’adore surprendre mes élèves. Enfin je pense qu’eux diraient plutôt : « Il adore nous déstabiliser ! ». Question de point de vue sans doute. Toujours est-il qu’une fois le scénario bouclé, je les envoie sans pitié au tableau et j’immortalise leurs performances avec mon appareil.

 
Le résultat n’est évidemment pas à la hauteur de ce qu’on voit à la télé. Mais ça les amuse tout de même. Surtout quand la fois suivante je leur remets le CD où j’ai gravé leurs pubs. Je vous recommande vraiment ce genre de cours parce que d’abord ça les motive, et puis ils peuvent ainsi s’entendre parler en français, ce qui n’est évidemment pas si fréquent. A utiliser toutefois avec modération tant l’objectif d'une caméra peut stresser un élève.
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2 août 2007 4 02 /08 /août /2007 08:31



Je vous propose une idée de cours ayant pour thème la géographie :


1/ Distribuez des cartes où les noms des pays sont remplacés par des numéros.


 
2/ Demandez aux élèves de trouver ou de faire des hypothèses sur le nom des pays et des habitants.
 

3/ Faites la correction. Cette partie du cours est souvent drôle car ils font des propositions qui semblent logiques mais qui se révèlent être erronées, du type : les habitants de la Bulgarie étant les Bulgares, peut-être que les habitants de la Suisse seront les Suissards !
 

4/ Jeu de la géographie amusante : écrivez une lettre au tableau et les élèves doivent trouver des noms de pays, de rivières, de montagnes, de fruits, d’animaux ou d’objets commençant par cette lettre. C’est évidemment le jeu du petit bac.

 
En général, ce cours marche plutôt bien. En plus, cela fait une bonne révision de vocabulaire sur des choses qu’on ne voit pas toujours forcément en classe. Par exemple, comment dit-on en français telle montagne (l’Himalaya) ou tel pays (la Slovaquie) ? Bien entendu, il faut bien penser aux catégories à choisir lors du jeu car il est parfois difficile pour eux de trouver, par exemple, des noms de rivières ou de fleuves en français s'ils n’ont jamais appris ça.


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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 18:33



Il y a quelques jours, dans « Que faire d'une chanson en classe de FLE ? », je m’interrogeais sur la meilleure exploitation à faire du Torero de Cabrel. Je n’étais pas très heureux dans mes recherches sur le net, mais j’ai eu un peu plus de chance aujourd’hui. Car j’ai trouvé un site s’expliquant mieux sur le COMMENT faire mon cours. Il s’agit d’un article de Michel Boiron intitulé Chansons en classe, mode d’emploi paru sur le site Le français dans le monde.
 


En lisant cet article, je me suis aperçu que la structure même de la séance classique installait d’emblée l’étudiant dans une situation de passivité déplorable : les étudiants sont assis, doivent se taire et écouter religieusement la chanson. Ce qui n’incite évidemment pas à l’activité. Il faudrait donc les dynamiser dès le départ. Mais comment ?


 
La solution de Michel Boiron consiste à donner le thème de la chanson dans un premier temps. Dans le cas du Torero, ce serait les fameux sujets dont on ne savait que faire dans le précédent billet : la ville, la campagne, la nature et l’amour. Ces thèmes seraient distribués à des équipes chargées de leur associer tous les mots qu’ils peuvent connaître.


 
Cette procédure a le mérite d’impliquer d’emblée les étudiants dans une activité. Ce qui les rendra certainement plus attentifs lors du cours et même pour l’écoute. Par ailleurs, cela permet éventuellement de rappeler les mots les plus simples et les plus courants dans la tête des plus faibles.


 
Ensuite, on peut leur proposer des travaux d’écriture comme rédiger un texte, voire une chanson, avec les mots trouvés. A la fin, les groupes récitent (ou même chantent) leurs créations. Bien entendu, cela ne peut se faire qu’avec des groupes relativement avancés. Pour les plus faibles, on peut donner le texte où manquent des bouts de phrases, des vers ou des strophes. Enfin, nous pouvons procéder à l’écoute de la chanson.


 
D’une manière générale, ce que je retiens, c’est qu’il faut essayer de penser à l’envers. Je m’explique, lorsque nous avons une chanson, notre première intention est de la faire écouter aux élèves afin qu’ils remplissent un texte à trous. Mais il semble bien meilleur de d’abord travailler sur la chanson par le biais d’une recherche de vocabulaire et par une petite rédaction, et d’ensuite seulement de diffuser le morceau. Ce dernier apparaît alors, non plus comme un point de départ qui devient rapidement ennuyeux à force de répétition, mais comme une finalité guidant le cours et, pourquoi pas, suscitant l’intérêt chez les élèves.
 
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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 15:47
Aujourd'hui, je vous propose une valeur sûre : le "Dessinez, c'est gagné !"


PREMIERE PHASE
 
1/ Faites des groupes.
 
2/ Mettez chaque groupe en ligne devant le tableau.
 
3/ Demandez à chaque groupe de désigner une personne pour aller devant le tableau. (Attention, c’est un piège ! Normalement, ils vont envoyer celui ou celle qui parle le mieux, or la personne au tableau ne devra justement pas parler !)
 
4/ Distribuez une photo type Doisneau à chaque groupe.
 
5/ Chaque groupe doit décrire ce qu’il y a sur la photo à son représentant devant le tableau.
 
6/ Le représentant doit dessiner ce qu’on lui décrit.
 
7/ Une fois le dessin achevé, chaque groupe essaie de deviner ce qu’ont dessinés les autres groupes.
 
 
 
DEUXIEME PHASE
 
8/ Demandez aux groupes d’élaborer un petit scénario en imaginant ce qui s’est passé avant et après la photo. Précisez que l’histoire doit être drôle.
 
9/ Demandez aux groupes de raconter collectivement leurs histoires devant la classe.
 


Remarque : ce cours est souvent assez drôle car les étudiants dessinent évidemment très mal et il est bien difficile de reconnaître les photos sur le tableau. Les histoires peuvent également être tout à fait imaginatives. Mais il est possible que les élèves les moins inspirés ou les moins à l’aise en français aient du mal à inventer une histoire digne de ce nom. Il faudra donc prévoir vous-même un petit scénario pour chaque photo afin de donner, éventuellement, un coup de pousse aux plus faibles.
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21 juillet 2007 6 21 /07 /juillet /2007 15:12

 Torero.jpg



Ce matin, 10h. Je me lève. On est en vacances. Le ciel est bleu. A peine ai-je allumé la radio que Francis Cabrel vient me cueillir avec sa chanson « Le torero ». Tout est bien. Moment magique comme seul peut en offrir une matinée d’été.
 

Et là, en faisant chauffer mon lait, je me suis dit que cela semblait une bonne chanson à étudier en classe. Le rythme est lent, l’articulation claire et le vocabulaire assez simple. Mais surtout, ce qui m’a frappé, c’est l’originalité du narrateur qui n’est rien d’autre qu’un taureau !
 
Bizarrement, bien que cette chanson soit un classique, je suis resté longtemps sans comprendre les paroles, qui sont tout à la fois très originales donc (puisque exprimant le point de vue d’un animal) et très émouvantes (puisque le taureau raconte sa fin tragique dans une arène).
 
La nature pour le moins singulière du narrateur explique peut être que j’ai mis du temps à saisir le sens véritable de cette chanson, tant je n’avais pas spontanément l’idée de m’identifier à un taureau dans une arène. Il pourrait donc être amusant de faire écouter ce morceau en demandant aux élèves d’essayer de déterminer qui parle. Il n’est pas certain qu’il trouve d’emblée la bonne réponse.
 

Cependant, comme d’habitude, si mon intuition me semble bonne au départ, j’en perçois très vite les limites quand je me pose le problème de sa réalisation. Premièrement, comment exploiter concrètement cette chanson ? Facile, on fait quelques écoutes pour identifier le narrateur. Mais cela ne va certainement pas prendre tout le cours et surtout, cela fait un peu léger du point de vue des connaissances enseignées !
 
Alors quoi ? Il reste la tarte à la crème de la chanson à trous. J’aimerais un jour trouver quelque chose de plus original ! Peut être donner les paroles ou les strophes (suivant le niveau des élèves) dans le désordre et leur demander de rétablir l’ordre. Je pense que je ferai ça la prochaine fois, ça a l’air plus dynamique et plus amusant (bien que je ne sois pas certain que ce soit plus original !).
 
Mais ensuite, que faire derechef ? La première idée qui me vient est encore une tarte à la crème. On peut faire un petit débat pour ou contre la corrida dont cette chanson serait l’introduction magistrale. Mais problème : ça risque d’être un faux débat puisque tout le monde sera certainement du côté du taureau, surtout après s’être identifié au pauvre animal lors de la chanson !
 
Il faudrait donc trouver autre chose pour rebondir. Pour me donner des idées, je fais un petit tour sur Internet. Je tombe sur un article de Magali Lemeunier-Quéré intitulé « Exploitation d’un document authentique : "Octobre" de F. Cabrel »  sur le site Edufle. Là je me dis : « Pile ce que je cherchais ! » mais la déception s’abat bien vite sur moi lorsque je constate qu’elle ne fait que me resservir la tarte à la crème de la chanson à trous !
 
Mais il y a plus, d’une manière générale, elle se propose trois objectifs (dont je reproduis l’exacte formulation ci-dessous) pour exploiter cette chanson :
 
1/ Grammaire : le futur pour introduction au futur antérieur
2/ Mobiliser les 4 compétences autour d’un document authentique
3/ Thème : ville et campagne, nature, amour
 
En lisant ça, le mot « Boring ! » fuse instantanément dans mon esprit et vient torpiller ma belle motivation toute neuve que j’avais ce matin. Et si ça ne me donne pas envie à moi, alors qu’est-ce que ça va être pour les élèves ! La perspective de réduire une si belle chanson à sa grammaire n’est guère engageante, surtout quand on vient me parler du futur antérieur !
 
En fait, en y repensant à deux fois, peut-être que oui, il faudrait leur toucher deux mots du futur antérieur au cas où. Oui pour le vocabulaire de la ville, de la campagne, de la nature et de l’amour. En réalité, je ne suis pas fondamentalement en désaccord avec les objectifs proposés. Simplement, je me rends compte qu’on me parle seulement du « quoi faire en cours ? ». Mais ça, je le sais déjà ! Moi aussi, j’ai ma chanson de Cabrel et mon idée sur QUOI faire en cours. Mais mon problème n’est pas le QUOI, mais le COMMENT !
 
Or, si les didacticiens sont généralement dithyrambiques sur le « quoi », ils le sont nettement moins sur le « comment ». L’une des rares informations fournies sur le « comment » concerne l’expression orale : « En binôme, demandez aux apprenants de repérer les indices textuels qui permettent de savoir à qui parle le chanteur et pourquoi (références à l’enfance). »
 
Ce qui me gêne ici, c’est que le « comment » qu’on nous propose ressemble furieusement à un métadiscours à la croisée de l’explication de texte et de l’analyse grammaticale. Franchement, vous vous imaginez dire : « A présent, cherchez les indices textuels qui permettent de savoir à qui parle le chanteur ? ». Et vos étudiants vous répondre en chœur : « Le narrateur utilisant principalement la deuxième personne du singulier ainsi que la première personne du pluriel, nous pouvons supposer qu’il s’adresse à une personne appartenant à son cercle d’intimes, probablement sa petite amie.» ? Moi pas.
 
Bien entendu, il est difficile de se prononcer sur ce qu’envisage vraiment cette didacticienne comme activité concrète de cours puisque aucune indication précise n’est fournie. Pour ma part, j’aurais spontanément tendance à organiser une compétition par équipe, non pas sur le truc des indices textuels, mais sur d’abord le remplissage des trous : « La première équipe qui remplie tous les trous a gagné ! »
 

Et ensuite, je ne sais pas, peut-être récupérer mon idée de débat, mais non plus pour que les étudiants disent véritablement ce qu’ils pensent, mais plutôt pour jouer une comédie de débat avec un défenseur des animaux hystérique, un défenseur de la corrida cynique et peut-être même le taureau lui-même ! Pourquoi pas ?
 

Tout cela demande réflexion. Réfléchissons donc :-)
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