Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 13:27




Il existe un petit document intitulé Dossier suggestopédie que vous pouvez télécharger gratuitement sur ce site. Ce dossier est la transcription d'un entretien entre un certain Christian H. Godefroy et Gabriel Râcle, directeur des programmes de suggestopédie à la commission de la fonction publique du Canada dans les années 70.

 

 


Si vous le consultez, peut-être que vous aussi, vous tomberez de votre chaise à la lecture de titres de chapitres comme : Suggestopédie et Parapsychologie (p. 43), Un article sur parapsychologie et suggestopédie (p. 67), Pourquoi suggestopédie et parapsychologie (p. 72) ou encore Textes du docteur Lozanov sur la parapsychologie (p. 78).

 

 


Ce dossier se révèle tout à fait instructif sur cette part du CV de Lozanov que n'évoquent jamais les sites qui lui sont consacrés sur le net. Ainsi, page 67, on apprend que Lozanov s'intéressa de très près à la parapsychologie lorsqu'il étudia la psychologie et la psychiatrie à l'université de Sofia. Il fonda même l'« Institut de suggestopédie et de parapsychologie ».

 

 


On apprend également, dans un chapitre éloquemment intitulé La rencontre d'un oracle extraordinaire (p. 68), qu'il étudia la voyante bulgare Vanga, apparemment très connue dans les Balkans. Gabriel Râcle rapporte notamment cette anecdote :

 

 


« Depuis son plus jeune âge, il entendait parler d'un oracle extraordinaire, Vanga Dimitrova qui habitait Pectrich, sur la côte bulgare. Il décida donc de se rendre compte par lui-même en lui rendant visite, accompagné d'un de ses amis, Sasha Itrech, assistant à l'université de Sofia.

 

 


Il y avait là des centaines de personnes, et ils firent la queue pendant plusieurs heures. Lorsque vint leur tour, Vanga commença par son ami Sasha, lui dit son nom, son lieu de naissance, son domicile, en lui décrivant son appartement. Elle lui parla de ses parents, en lui donnant leurs noms et les maladies dont ils souffraient, lui parla de sa vie familiale, précisant qu'il était marié depuis 6 ans sans enfant, qu'il aurait un garçon dans un an - ce qui arriva.

 

 


Puis ce fut le tour du Dr Lozanov « Vous êtes médecin et traitez vos patients par l'hypnose. Vous voulez me tester, Georgi ». Il se livra alors à l'expérience suivante : mobilisant toute sa volonté et son imagination, il essaya d'influencer télépathiquement Vanga en s'identifiant mentalement à l'un de ses amis, qu'il connaissait parfaitement.

 

 


Elle commença à prédire, mais s'arrêta bientôt. « Je suis en train de me tromper. Désolé, je ne peux rien vous dire. » Pour Georgi Lozanov, dont l'hypothèse est que « Vanga tire télépathiquement de l'esprit même de ses visiteurs les informations qu'elle leur livre », cette expérience fut un premier élément de preuve, et la genèse d'une collaboration de plus de 10 ans avec la voyante. » (Cf. Simovet D. « A propos de la parapsychologie bulgare » Svet (Belgrade), nos 533-537, Janvier-février 1976)

 

 


A titre personnel, je trouve la conclusion de Lozanov assez savoureuse : « N'allez certainement pas croire que les voyants ont un pouvoir de divination, c'est totalement absurde. Ils lisent dans l'esprit des gens, tout simplement ! » La science est décidemment une bien belle chose.

 

 


Mais quel est le rapport entre télépathie et suggestopédie ? En l'occurrence, Lozanov établit un rapport de causalité entre ces deux éléments comme on peut le constater dans cette citation d'un article de journal Sofia page 72 :

 

 


« Je ne pense pas que l'on puisse faire de la recherche en parapsychologie sans connaître les lois de la suggestion. (...) Les perceptions extra-sensorielles et la suggestion sont étroitement liées. Il est vrai que certains événements paranormaux sont en fait la réalisation de suggestions à l'état de veille. Mais nos expériences montrent que l'on peut augmenter les facultés paranormales des gens par la suggestion. » (Kamenov N. « Une expérience de télépathie réussie » journal du soir Sofia 12 décembre 1964)

 

 


Et Gabriel Râcle de renchérir : « pour les applications pratiques de la parapsychologie, télépathie, suggestion etc., la mémoire est un des domaines où l'on peut avoir le plus de débouchés immédiats. Jusqu'à présent, la parapsychologie n'a pas trouvé beaucoup de débouchés en tant que telle. Par contre, elle vient étayer ou appuyer d'autres disciplines. Il est certain qu'il y a un élément de suggestion à distance, voire de télépathie dans toute communication. » (p. 44)

 

 


Lorsque j'ai pris connaissance de ces passages, une petite ampoule basse consommation s'est allumée dans ma tête. En étudiant les principes de la suggestopédie, certains points me semblaient passablement obscurs : pourquoi Lozanov déclare que tout enseignant de langue ne peut pas devenir suggestopédagogue ? Et pourquoi les élèves doivent-ils être aussi détendus durant le concert de musique ?

 

 


Pour cette dernière question, que l'élève doit être détendu pour apprendre, cela me semble être une évidence. Mais les suggestopédagogues semblent porter cet objectif jusqu'à quelque chose comme un état second : ils doivent se relaxer, fermer les yeux, se laisser porter par les flots d'une musique baroque, produire des ondes alpha, etc.

 

 


A la lumière des extraits que je viens de citer, j'entrevois désormais une explication logique (si je puis dire) : lorsque l'enseignant lit en suivant le morceau de musique, il est obligé de lire d'une manière très particulière et donc de produire un effort de concentration également particulier. Dès lors, si je pose l'existence de la télépathie (notez le « si »), je peux considérer que cet effort de concentration produit des ondes mentales qui se propagent jusqu'aux cerveaux des élèves, installés dans une position de réceptivité maximale.

 

 


La suggestopédie proposerait donc ni plus ni moins d'apprendre une langue étrangère par télépathie ! Ce qui expliquerait pourquoi tout enseignant ne peut pas devenir suggestopédagogues, puisque cela nécessite quelques petits dons de télépathie. Bien entendu, Lozanov se défend aujourd'hui d'un tel projet. Pour ma part, je trouve que la mécanique suggestopédique se révèle bien plus compréhensible avec la parapsychologie comme arrière fond théorique.

 

 


Rétrospectivement, j'imagine que lorsque Lozanov créa sa méthode, il compris très vite que tout le monde lui rirait au nez s'il disait : « Je vais vous apprendre une langue étrangère par télépathie ». Ce qui l'aurait amené, peut-être, à dissimuler cette partie de la suggestopédie qui sent le souffre au profit d'une présentation plus scientifique et donc plus rassurante. Le coup de maître étant que même les émules de Lozanov ignorent qu'ils utilisent la télépathie pour enseigner.

 

 


Je n'ai évidemment aucune preuve de ce que j'avance et, pour le coup, c'est peut-être moi qui extravague. Cependant, j'espère qu'on me concèdera que tous ces éléments amènent logiquement à poser (presque sans ironie) cette question aux suggestopédagogues : considérez-vous que la télépathie joue un rôle majeur dans la suggestopédie ?

 

 


PS : si vous souhaitez réagir à cet article, pas la peine de vous fatiguer à écrire un commentaire, télépathez-moi, ça ira plus vite.

 


Repost 0
22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 06:36




Les suggestopédagogues prétendent améliorer les performances de la mémoire grâce à la musique classique car cette dernière serait « génératrice d'ondes cérébrales Alpha qui correspondent à un état de détente et à un niveau mental de grande efficacité. » 

 

 


Wikipédia nous apprend effectivement que « Le rythme alpha désigne un rythme cérébral, c'est-à-dire une oscillation électroencéphalographique résultant de l'activité électrique du cerveau, dont la fréquence est comprise entre 8 et 12 Hz (environ). Le rythme alpha se manifeste lorsque la personne enregistrée éveillée ferme les yeux et se détend. » 

 

 


Cependant, le suggestopédagogue ne fait ici que décrire au travers d'un vocabulaire technique (onde alpha) un phénomène tout à fait ordinaire (être détendu). Vous comprenez, c'est tout de même plus impressionnant de dire « le cerveau du sujet génère des ondes Alpha » plutôt que « ce mec est ultra détendu ».




Pourtant, il s'agit de la même réalité, mais selon deux points de vue différents : celui du neurologue et celui du commun des mortels. Nous avons donc une preuve de plus qu'il existe une part d'esbroufe dans le discours des suggestopédagogues.

 

 


C'est d'ailleurs si vrai que, dans un article sur la suggestopédie d'Angel Gollonet Casares publié dans la revue Thélème, on peut lire ce curieux passage où l'on apprend que la musique : « joue aussi un simple rôle de placebo. Les étudiants sont persuadés que c'est pendant le concert que se déroule de la façon la plus spécifique le processus de fixation du vocabulaire à mémoriser par imprégnation de l'inconscient. » (Gollonet Casares A., « La suggestopédie », Thélème: Revista complutense de estudios franceses, 1997, nº 11). 

 

 


Ceci jette un tout autre éclat sur l'utilisation de la musique car, dans cette hypothèse, il ne s'agirait non pas d'effet réel à base de je ne sais quelles ondes alpha, mais d'effet « suggéré ». Ainsi, l'un des mécanismes de la suggestopédie serait de persuader les apprenants que la musique classique va les aider à mémoriser et, par un phénomène d'autosuggestion, l'accélération de la mémorisation se produirait effectivement.

 

 


Cette hypothèse a le mérite d'expliquer le mic-mac pseudo-scientifique des suggestopédagogues. Cependant, si le procédé s'avère être celui-là, je le trouve malhonnête car rien ne justifie de recourir à une forme de manipulation mentale pour parvenir à des fins pédagogiques. Toutefois, encore faut-il que cette manipulation fonctionne.

 

 


Qu'il me soit permis de raconter une petite anecdote personnelle à ce sujet. Il se trouve que j'ai eu l'occasion d'assister à un de ces cours. Or, au moment de cette fameuse lecture-concert, la prof lisait en suivant le rythme de la musique plutôt que le sens du texte, respectant en cela les préceptes de la suggestopédie. Cependant, lorsqu'un texte est lu de cette façon, la voix du lecteur sonne d'une manière très... particulière. Pour tout dire, j'avais l'impression qu'un débile mental essayait péniblement de déchiffrer un texte.

 

 


Du coup, cette voix parfaitement ridicule a tellement générée d'ondes alpha dans mon cerveau que je me suis mis à pouffer de rire. Je sais, je suis un sale type. Cependant, je me suis bien vite rendu compte que je n'étais pas le seul. De petits sourires narquois commençaient à fleurir sur les visages de quelques uns de mes camarades.




Bien entendu, une fois que tout le monde eut surpris, là, le gargouillement d'un rire étouffé, ici, une grimace d'un sourire rentré de force, il n'en fallait pas plus pour déclencher un fou rire général dans le coin de la salle où je me trouvais (par le plus grand des hasards, bien entendu).

 

 


A ce moment, la prof nous a lancé un regard assassin, sans doute comme jamais un suggestopédagogue n'en a lancé à ces élèves. Heureusement pour nous, comme elle ne devait pas perturber le champ de nos ondes Alpha, elle ne nous a pas puni. On a finalement réussi à se contenir et le reste du cours s'est passé sans autres péripéties. Tout ça pour dire que cette histoire de concert est si risible que je me demande comme des gens peuvent y assister sans rire.

 


Repost 0
15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 10:48



Un neuromythe est une croyance sur le fonctionnement du cerveau s'inspirant de théories scientifiques autrefois considérées comme valides, mais aujourd'hui réfutées.



On peut résumer la genèse d'un neuromythe de la manière suivante : premier moment, les scientifiques élaborent des hypothèses de travail dans leurs disciplines ; deuxième moment, l'hypothèse parvient au grand public via le prisme simplificateur des médias ; troisième moment, ces hypothèses vulgarisées finissent par être intégrées par le grand public bien que, entre temps, les scientifiques aient formulé de nouvelles hypothèses les réfutant. Un neuromythe apparaît donc lorsque les connaissances scientifiques du grand public sont en décalage avec les progrès de la science.

 

 


Ce mécanisme joue potentiellement pour toutes les sciences, néanmoins, il doit être fait un cas spécial pour les neurosciences dans la mesure où bon nombre de personne usent de ces neuromythes à des fins mercantiles. Parmi eux prennent bien entendu placent les suggestopédagogues qui déclarent par exemple :

 

 


« Savez-vous que nous n'utilisons qu'environ 10% de notre potentiel cérébral? La suggestopédie, en ayant trouvé les moyens étonnants de stimuler les réserves inexploitées, se révèle être une pédagogie performante, active, innovante. Elle tient compte de la globalité de l'individu (physique, intellect, conscience), qui se trouve stimulé sur tous les plans. » 

 

 


Voilà un exemple de neuromythe : le cerveau humain ne fonctionne qu'à 10% de ses capacités. On voit l'utilisation qui en est fait : « Nous, suggestopédagogues, nous connaissons les secrets du cerveau humain et sommes en mesure de porter le rendement de votre cerveau à 100% ! »

 

 


En fait, ce neuromythe remonterait aux travaux de Karl Lashley dans les années 30. Il s'est livré à des expériences sur des rats prouvant qu'on pouvait leur ôter jusqu'à 50% de matière cérébrale sans modifier leur capacité de mémorisation. D'où l'idée que toutes les potentialités du cerveau ne sont pas mobilisées.

 

 


Quant aux « 10% », ce pourcentage viendrait d'Einstein qui aurait répondu à un journaliste le questionnant avec un peu trop d'insistance sur son QI : « Et encore, je n'utilise que 10% de mon cerveau ! ». Cependant, personne n'a jamais pu retrouver cette citation...

 

 


Sur ce point, je citerai le rapport de l'OCDE intitulé Comprendre le cerveau qui, entre autre, entreprend de lever le voile sur les neuromythes : « Toutes les données en neurosciences aujourd'hui montrent que le cerveau est actif à 100%. En neurochirurgie, où il est possible d'observer des fonctions cérébrales sur des patients en anesthésie locale (le cortex ne possédant pas de récepteurs à la douleur), des simulations électriques n'ont montré aucune zone inactive, même quand aucun mouvement, sensation ou émotion n'est observé. Aucune zone cérébrale ne doit être totalement inactive, même pendant le sommeil - et en trouver signale un sérieux trouble fonctionnel (...). » OCDE, Comprendre le cerveau : Naissance d'une science de l'apprentissage, OECD Publishing, 2007, p.122

 

 


Par ailleurs, « une raison physiologique vient à l'appui de la démonstration : l'évolution ne permet pas le gaspillage. Comme les autres organes, plus que tout autre sans doute, le cerveau est façonné par la sélection naturelle. Il ne représente que 2% du poids total du corps humain, mais consomme 20% de l'énergie disponible. Considérant ce haut coût énergétique, il semble bien improbable que l'évolution ait permis le développement d'un organe dont 90% de la structure ne servirait à rien... » (Ibidem, p. 123) 

 

 


Autre neuromythe largement utilisé : la théorie des deux cerveaux. L'hémisphère gauche serait spécialisé dans le langage et la pensée rationnelle alors que l'hémisphère droit serait le siège de la représentation de l'espace et des émotions. D'où ce genre de déclaration : « L'enseignement traditionnel est basé sur l'hémisphère gauche (analyse logique, rationalité, esprit critique, ...) et néglige l'hémisphère droit (images, créativité, intuition, émotions, rêves ...). Pour augmenter nos capacités cérébrales, la méthode vise à activer les deux hémisphères. » 

 

 


Même structure que le précédent dispositif : « Nous, suggestopédagogues, nous pouvons coordonner votre cerveau gauche rationnel avec votre cerveau droit artistique afin de faire de vous des super-apprenants. »

 

 


Cependant, cette conception remonte aux travaux des neurologues Geschwind et Galaburda dans les années 70, c'est-à-dire aux balbutiements des neurosciences et, qui plus est, se basaient en grande partie sur des sujets souffrant de lésions cérébrales. Aujourd'hui, les neuroscientifiques considèrent cette théorie comme obsolète et beaucoup trop simpliste pour expliquer le fonctionnement du cerveau.

 

 


Là encore, le rapport de l'OCDE est très clair : « (...) aucune preuve scientifique ne montre une corrélation entre le degré de créativité et l'activité de l'hémisphère droit. Une analyse de 65 études en imagerie cérébrale sur le traitement des émotions souligne qu'on ne peut pas associer cette tâche uniquement à l'hémisphère droit. De même, aucune preuve scientifique ne valide l'idée selon laquelle l'analyse et la logique dépendent de l'hémisphère gauche ni que celui-ci est le siège privilégié des mathématiques, de la lecture ou de l'écriture. A l'inverse, Stanislas Dehaene (1997) a montré que les deux hémisphères sont actifs pour identifier les chiffres arabes (exemples : 1 ou 2 ou 5). » (Ibid., p. 127)

 

 


En conclusion, je constate que la suggestopédie charrie tout un galimatias pseudo-scientifique. Toute la question est de connaître le degré d'implication des suggestopédagogues dans la transmission de ces fadaises.



Ce qui ne nous laisse guère que deux options : ou bien ils arguent sincèrement des neuromythes pour prouver la supériorité de leur méthode, ce qui en fait des cuistres désolants n'ayant pas la moindre petite idée de ce qu'est la science ; ou bien ils trompent les gens en conscience et ne sont alors que de détestables bonimenteurs vendant leur camelote. Voilà, faites votre choix.



Repost 0
8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 10:00



Constatant que les tenants de la suggestopédie nous lancent des tombereaux de chiffres à la figure tout en se référant à bon nombre de théories scientifiques, je souhaiterais consacrer quelques articles à analyser la valeur scientifique de cette méthode. Commençons par les chiffres.



 

On ne sera pas surpris d’apprendre que les premiers à le faire sont les sites commerciaux vendant des cours suggestopèdes où on n’hésite pas à déclarer aux clients : « Apprenez 3 fois plus vite ! ». D’autres, plus ambitieux encore, assurent que le rythme d’apprentissage sera « accéléré de 4 à 8 fois selon les personnes », d’autres, encore plus ambitieux que les plus ambitieux prétendent qu’avec leur méthode, on apprend « dix fois plus en dix fois moins de temps ». Là, c’est comme dans les tours de magie, vous pouvez choisir un numéro au hasard entre 3 et 10.



 

Mais ce n’est pas tout, certains suggestopédagogues soutiennent également que « le taux de mémorisation est de l’ordre de 93% juste après le cours, il est généralement de 100% trois mois plus tard ! Deux ans après, la mémorisation des étudiants descend à 70-80% par manque de pratique. » 



 

On conviendra que conserver 70 à 80 % de connaissance d’une langue après deux ans d’inactivité est proprement miraculeux, et nécessite quelques preuves. Malheureusement, les sectateurs de la suggestopédie ne se réfèrent que très rarement à une étude démontrant l’exactitude de leurs données.



 

Et quand tout de même ils nous rapportent l’une d’entre elles, c’est fait n’importe comment. Par exemple, sur ce document pdf, une étude n’est présentée que de manière partielle : « En 1965, une expérience fut tentée auprès de 15 personnes de 22 à 60 ans ; en une journée ces personnes mémorisèrent 98,08% des 1000 mots d’une langue qu’ils ne connaissaient absolument pas. » 



 

Voilà, c’est tout. Nous ne disposons donc d’aucune information sur le protocole utilisé et, dans ce cas, il est bien difficile de se faire une opinion sur la validité de cette expérience. De plus, les seules précisions qui nous sont fournies, à savoir le nombre et l’âge des sujets, nous amène précisément à douter des résultats de l’expérience tant il paraît peu sérieux de tirer des conclusions générales à partir d’un si petit nombre de sujets.



 

Une deuxième étude fait semblant d'être un peu plus rigoureuse, mais ne semble pas non plus répondre aux normes en vigueur dans les revues scientifiques. Et puis, détail éloquent, elle fut menée par Ludo Timmerman, simple... lecteur en anglais ! Titre qui paraît un peu léger pour réaliser une étude scientifique. Mais je vous laisse juge. 

 


Au final, les références que je cherchais étaient tout simplement localisées sur Wikipédia, dans l’article consacré à la suggestopédie. Cependant, je n’ai pu consulter aucune d’entre elles. Il m’est donc impossible d’accéder aux vrais chiffres et de les juger à l'aune des protocoles utilisés pour les obtenir.



 

En conclusion, je retiens l’étrange incapacité des suggestopédagogues à citer leurs sources, ce qui en dit long sur leur rapport à la science et à ses règles. Mais ça, sur les rapports entre la suggestopédie et la science, croyez-moi, comme on le verra dans les prochains articles, on n’est pas au bout de nos surprises.



 

Repost 0
3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 05:25

 


La suggestopédie est une méthode de langue conçue par le Dr. Lozanov, psychologue à l'Université de Sofia, qui accélérait de 3 à 10 fois le rythme d'apprentissage. Ce résultat serait atteint grâce à une ambiance de travail relaxante permettant de supprimer les inhibitions d'ordre psychologique qui diminuent les capacités du cerveau ainsi que par le recours à la musique classique.

 

 


Concrètement, les enseignants « suggestopèdes » dispensent leurs cours dans ce qui ressemble plus à un salon qu'à une salle de classe. Le professeur et les élèves sont assis en cercle dans des fauteuils confortables, avec des tapis, des rideaux aux fenêtres, des tableaux, etc. La « suggestion » étant que le cours est relaxant et agréable.

 

 


Au début du cours, les 12 ou 14 participants endossent une nouvelle identité (nom, profession, adresse, etc.). Les dix premières leçons prennent pour cadre un congrès sur L'homme et la nature consacré aux problèmes de l'environnement et de la pollution se déroulant à Paris. Ce jeu de rôle permet de travailler sur les situations de la vie quotidienne (à l'hôtel, au restaurant, au téléphone, dans la rue, dans les magasins, etc.).

 

 


Le support de chaque leçon est un dialogue de 800 mots dont la traduction se trouve en regard. Cette série de textes traite des thèmes de l'auto connaissance, des arts du pays de la langue cible (théâtre, cinéma, peinture, musique, etc.), de l'amour et de l'amitié, etc.

 

 


L'enseignant se livre à trois lectures de ces dialogues. La première lecture s'effectue avec une musique baroque (Corelli, Vivaldi, Handel) en fond sonore. Les élèves sont invités à laisser de côté leurs livres, à s'asseoir confortablement dans leurs chaises et à juste écouter la lecture en fermant les yeux. Le but étant que l'élève atteigne un état de relaxation favorisant la mémorisation. Cependant, si des élèves le désirent, ils peuvent suivre le texte.

 

 


Quant à l'enseignant, pendant environ quarante minutes, il lit le dialogue en se réglant, non pas sur le sens du texte, mais sur le rythme de la musique. Ainsi, selon les émotions évoquées par le morceau, sa voix prendra un ton solennel, s'apaisera jusqu'au chuchotement ou deviendra plus commune. Sa lecture doit se fondre dans le flot musical et faire en sorte que les phrases du texte coïncident avec les « phrases » musicales.

 

 


Après ce concert, le professeur lit encore une fois le texte pendant environ dix minutes, mais cette fois sur un ton naturel. Cette seconde lecture permet à l'enseignant de comparer grammaticalement et lexicalement la langue maternelle avec la langue cible. Les élèves peuvent prendre des notes et poser des questions dans leur langue maternelle, tout en sachant qu'on leur répondra en langue cible.

 

 


Après ces lectures, le dialogue est exploité afin de pratiquer le vocabulaire et les structures qui y sont contenus. Par exemple, l'enseignant peut donner un thème comme le voyage et proposer une situation simulée. Les élèves doivent alors imaginer ce que leurs personnages fictifs (ceux du Congrès sur l'homme et la nature) pourraient se dire dans un aéroport. Ainsi, par groupe, les étudiants écrivent des sketches où ils introduisent tous les mots trouvés dans l'activité précédente. Ces textes sont ensuite lus et commentés. Dans une dernière étape, les différents groupes jouent leur texte devant les autres, transformant ainsi la salle de classe, qui ne ressemble déjà pas beaucoup à une salle de classe, en un véritable atelier de théâtre.

 

 


A cela est associé d'autres jeux et d'autres sketches afin de permettre aux étudiants de sortir de leurs rôles habituels. Par exemple : pour un groupe de 12 étudiants, on demande à chaque participant de répondre à une des questions suivantes sur une petite carte : « Quand? ; Pourquoi? ; Pour faire quoi ? ; Avec quoi ? ». Ce qui donne trois réponses par questions, soit quatre séries de trois réponses. Ensuite, l'enseignant lit les phrases produites, dont l'enchaînement sera en principe absurde, sauf si un thème a été déterminé à l'avance. Enfin, le texte est divisé en plusieurs parties que chaque participant devra lire à haute voix.

 

 


Le cours s'achève sur la lecture du dialogue qui sera étudié le lendemain. Comme au début du cours, les étudiants doivent écouter le texte en position de relaxation. Après quoi le professeur quitte la salle en silence, laissant derrière lui une feuille expliquant que le cours est terminé et que les élèves doivent relire chez eux le texte pendant 15 à 20 minutes avant de s'endormir. Car Lozanov souhaite que ses étudiants s'endorment littéralement sur le dialogue avant qu'ils ne l'utilisent le lendemain. Le but étant de solliciter la partie inconsciente du cerveau lors de la nuit.

 


Repost 0

Présentation

  • : ACIDE FLE
  • : Blog d’un prof de Français Langue Etrangère (FLE) proposant ses idées de cours ainsi que ses réflexions sur le métier de prof.
  • Contact

Recherche

Archives

Pages

Liens